The Morning Show : une série sur le silence et la culture du viol

À regarder en rafale pendant les vacances.

Avec sa distribution à tout casser, son sujet on ne peut plus dans l’air du temps et ses nombreuses nominations aux Golden Globes, The Morning Show est la série américaine du moment. Diffusée sur Apple + depuis le début novembre, cette série nous plonge au cœur d’un scandale d’inconduite sexuelle dans le milieu médiatique. 

Mais attention, là où ça fait changement, c’est que l’histoire ne tournera pas autour de la possible culpabilité de l’accusé, mais plutôt autour du système qui lui a permis d’agir sans conséquence pendant aussi longtemps. En filigrane à tout ça, la série aborde la notion de consentement, le flou autour de la définition même d’un viol, les relations de pouvoirs et le climat toxique propice à l’abus psychologique qui règne dans le milieu des mornings shows Américains. 

Oui c’est dense, je ne vous le cacherai pas. 

Un Steve Carell aussi magistral que détestable

Mitch (Steve Carell) est un exemple de réussite. Il est marié, père de famille et animateur du morning show le plus écouté aux États-Unis. Il est apprécié et estimé de ses collègues, il se sent aimé et admiré au quotidien. À 50 ans, il se demande ce qu’il pourra réussir d’autre. Cette pensée l’angoisse et le rend fier en même temps. Puis, du jour en lendemain, tout s’écroule. 

« Toutes mes affaires extra-conjugales étaient consensuelles », peut-on l’entendre s’exclamer dans les premières minutes du premier épisode.

Mitch fait l’objet d’une enquête pour inconduite sexuelle suite à une série de plaintes anonymes de la part de ses collègues. Il perd son emploi et sa femme. « Toutes mes affaires extra-conjugales étaient consensuelles », peut-on l’entendre s’exclamer dans les premières minutes du premier épisode. L’accusé est dans l’incompréhension la plus totale, mais autour de lui, le malaise plane. 

Sur le plateau, personne ne semble réellement surpris. Alex (Jennifer Aniston), sa co-animatrice et meilleure amie, fait mine de l’être, mais ce n’est que du bluff. Elle ne veut pas se faire pointer du doigt et risquer que son image soit ternie. Celle-ci devra d’ailleurs se battre avec les hauts placés du réseau pour garder sa place d’animatrice. C’est sa nouvelle co-animatrice, Bradley (Reese Witterspoon), une journaliste idéaliste en quête de la vérité ultime qui amènera l’intrigue à un autre niveau en investiguant la question suivante : qui savait que Mitch était un prédateur sexuel? 

Un réalisme saisissant

Le scénario dresse un portrait fidèle d’une réalité qui semble nous être commune. La culture du silence qu’il met en lumière peut exister au sein des employés d’une pharmacie autant que dans une école ou dans une équipe de production télévisuelle. Et c’est précisément pourquoi le personnage de Mitch est aussi efficace : il n’a pas les caractéristiques du grand méchant loup.

Mitch est un American Dad dans les règles qui ose probablement se dire féministe. Très adapté à une société pré — #moiaussi, il fait encore des petites jokes de mononcle ici et là, mais il semble avoir un bon fond malgré tout. Il a quelque chose d’attachant qui fait que l’on peut comprendre pourquoi son entourage lui pardonne de nombreux moments de malaises en les mettant sur le compte d’un sens de l’humour particulier. 

Après la mi-saison, lors de l’épisode anthologique qui nous amène sur le plateau du Morning Show avant la descente aux enfers, on constate à quel point Mitch ne se voit pas tel qu’il est. C’est à dire comme un coupable. 

Encore une fois, les textes ne font pas dans l’exagération ce qui fait que ça frappe fort dans l’imaginaire. Ses comportements toxiques sont évidents en 2019, mais avant le #moiaussi, on n’a aucun doute qu’ils auraient passé comme dans du beurre. C’est d’ailleurs pourquoi il ne s’est pas fait prendre avant. Mais avant la fin de l’épisode, on se rend compte que Mitch n’est pas le prédateur inoffensif dont il a l’air. Sans être Harvey Weinstein, il se classe pas mal haut en leurs rangs. 

Pas un fait vécu

Les théories quant à la vraie histoire derrière la série abondent. La plus populaire étant que le personnage de Mitch serait inspiré de Matt Lauer, l’animateur déchu du Today Show accusé de viol deux ans auparavant. Toutefois, selon les dires des acteurs, l’intrigue du The Morning Show est basée sur une multitude de scandales. 

Selon les dires des acteurs, l’intrigue du The Morning Show est basée sur une multitude de scandales. 

Comme je le mentionnais ci-haut, The Morning Show dresse aussi un portrait peu flatteur de l’univers des shows du matin aux États-Unis. C’est donc plutôt le livre « Top of the Morning » de Brian Stelter, qui aurait servi d’inspiration. Ce dernier porte sur la vraie histoire de la guerre des cotes d’écoute entre les émissions Today et Good Morning America. 

Cœurs sensibles, faites attention

Sur une note plus éditoriale, The Morning Show m’a beaucoup plus, mais m’est aussi beaucoup rentré dedans. En fait, c’est l’universalité du personnage de Mitch et le réalisme de ses interactions avec les femmes qui m’a fait beaucoup réfléchir. Sans vouloir vendre de punch, il est du genre à revirer facilement la situation de bord lorsqu’il est confronté. Lors de cette scène, l’écho est fort. J’ai eu l’impression d’avoir été, d’avoir entendu ou d’avoir assisté à des centaines de manifestations de ce genre de discours : « T’as pas dit non, alors c’est oui. T’avais juste à me dire non et j’aurais arrêté ». Ça m’a donné envie de sacrer et de pleurer en même temps. 

Bref, The Morning Show vaut les 5.99 $ que ça coûte pour s’abonner un mois à Apple +. Pour un divertissement de qualité et pour de bonnes pistes de conversations autour de la table à Noël, c’est à voir! 

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