Catherine Legault

Un thé iranien et un bouquin

On a tous nos p’tites adresses quand vient le temps de proposer un endroit exotique où casser la croûte, qu’il s’agisse de soupe tonkinoise ou de poulet tandoori. Le Lab URBANIA tripe autant bouffe que vous et a décidé d’aller à la rencontre de ces propriétaires de restos d’ailleurs qui ont choisi de combler les appétits d’ici.

Lorsque Hemela Pourafzal me raconte son arrivée au Québec en 1987, sa première tranche de vie, c’est Montréal ensevelie sous les flocons.

La propriétaire Hemela Pourafzal et sa fille Nina dans le café.

“Quand je suis arrivée de Nice, c’était l’hiver. Avec toute cette neige, je cherchais Montréal. Et puis quand le printemps est arrivé, j’ai vu : c’était un autre monde.”

Je sais pas si c’est le thé à la cardamome qui me fait de l’effet, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle a une belle poésie, Madame Pourafzal. Et on la retrouve dans les moindres coutures du café iranien Byblos de la rue Laurier Est.

Si vos pas vous mènent au café de Hemela, vous tomberez sur une splendide murale où se mêlent les teintes de rouge Sardaigne, de bleu de Prusse, de sable et de sapin. C’est à son frère Hamid qu’il faut donner un high five. Ses cadres ornent d’ailleurs tous les murs du café.

La fameuse murale de tapisserie choisie par Hemela Pourafzal.

Machine à thé et shisha.

De café chinois à café iranien

Avant d’atterrir à Westmount, Hemela Pourafzal a quitté l’Iran pour l’Europe à la fin des années 70, non pas pour ouvrir son restaurant – bien qu’elle m’avoue avoir nourri ce rêve toute sa vie –, mais pour travailler… dans un Institut Pasteur de bactériologie. Biologie médicale, omelette au feta : même combat.

C’est l’un de ses frères, déjà installé au Québec, qui lui a fait troquer la chaleur de la Côte d’Azur contre le temps froid de Montréal, afin de l’aider à ouvrir son restaurant. “J’ai ramassé tout ce que j’avais et je suis partie. Mais c’était à une seule condition! Que je puisse ouvrir mon restaurant par la suite.”

Une partie de la salle à manger du Byblos.

Après avoir fait ses premières armes dans l’enceinte du Mei Le Café chinois, le restaurant asiatique de son frère, Hemela Pourafzal était fin prête. Mais son champ de prédilection, c’était pas les dim sums; c’était la bouffe iranienne. “Le problème, c’est que dans beaucoup de restos iraniens, on mange que des kebabs et des brochettes. Des brochettes, des brochettes, et encore des brochettes!”, dit-elle en levant les bras au ciel. Est-ce que j’ai mal compris, ou on mange que des brochettes?

“Je tenais à faire quelque chose qui rappelle ce qu’on mange à la maison, en Iran. La cuisine des mamans. Des plats mijotés, des plats parfumés.”

La sentez-vous, la poésie?

Cuisinière iranienne au travail.

“Les gens du quartier sont venus m’encourager. Parce que les Québécois sont très curieux. Et une chance qu’ils le sont!”, souligne la propriétaire.

Portrait de famille

À l’autre bout de la table où Hemela me raconte son histoire, une femme s’empresse de corriger les dates lorsque la mémoire de Mme Pourafzal fait défaut. Et la petite prise de bec (pleine de tendresse) qui s’ensuit révèle une autre ramification de l’arbre généalogique. C’est Nina, sa fille, qui travaille au café. “Et celui qui vous a accueilli, c’est mon fils”, me lance-t-elle.

Hemela a conçu le menu – 26 plats et au moins une cinquantaine de tapas de sa création. Nina s’occupe plutôt de la comptabilité.

Plusieurs tableaux d’Hamid Pourafzal enjolivent les murs du Byblos.

 L’amour des livres

Au premier pas dans le café, le nom “Byblos” prend tout son sens.

Hemela Pourafzal aime les bibliothèques. C’était un impératif pour l’ouverture de son café. “J’ai donné carte blanche à Jean-Claude Germain pour qu’il trouve des livres afin de garnir les bibliothèques du restaurant”, me raconte-t-elle, en m’apprenant que le dramaturge fût l’un de ses locataires par le passé. La poésie, je vous l’ai dit.

“J’aime quand les gens viennent ici, prennent leur temps, prennent un livre… C’est un concept qui me plaît”, m’explique Hemela. Une ambiance qui lui fait quitter sa résidence, juste au-dessus du café, pour venir y passer ses journées.

Quelques clients profitant du beau temps pour prendre le thé aux abords des grandes fenêtres ornées de plantes.

Hemela Pourafzal m’aura dépeint l’Iran comme un pays où les femmes sont fortes. Un pays où l’on prend aussi le thé du matin au soir.

Et en quittant ce beau petit cocon d’exotisme qu’elle a créé, le soleil plein la gueule, je note : Le Byblos, c’est apprécier un thé chaud même la canicule dans le tapis. #ThéDayEveryday

Byblos Le Petit Café
1499 Laurier Est, Montréal

Pour lire un autre reportage du #LabURBANIA : “Un après-midi dans la communauté sikhe”

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