.jpg)
Tension et solidarité sur le campus de McGill
11:07
Sur le portail Roddick, en plein centre-ville, un symbole du conflit est dessiné : une silhouette de melon d’eau rappelle la guerre des Six Jours. Pas de présence policière en vue, seulement quelques Garda attendant impatiemment la fin de leur shift.
.jpg)
Un silence tendu enveloppe le campus de l’Université McGill, loin de l’effervescence habituelle de ses Frosh Week. Sous l’œil attentif des caméras, les étudiants aux revendications propalestiniennes s’activent, tie-wraps en bouche, à colmater les dernières fissures de leur forteresse, en déployant bannières, affiches et sacs poubelles.
.jpg)
Depuis la mi-avril, de Portland à New York, des tentes étudiantes ont commencé à s’installer sur différents campus en signe de protestation contre la situation à Gaza. Ce mouvement a trouvé son écho à Montréal, sur Sherbrooke, depuis vendredi dernier.
Sur place, on entend un mélange de voix françaises, arabes et surtout anglaises. Emmitouflés dans des keffiehs, les mains enfoncées dans les poches pour se protéger du froid, les sympathisants arborent fièrement les couleurs de la Palestine, résolus sous un ciel sans couleur.
.jpg)
Alors que la grande cavalerie médiatique joue du coude pour couvrir l’événement, les militants s’activent avec un zèle manifeste pour bloquer l’accès au lopin interdit. Deux gardes masqués se tiennent à l’entrée, surveillant attentivement les allées et venues. En retrait, ce qui semble être des guetteurs fait les cent pas autour de la foule, gardant un œil vigilant sur les alentours.
.jpg)
Enveloppés dans des ponchos de festival, des dizaines de militants organisent la barricade, déterminés à protéger l’intérieur le plus longtemps possible avec les moyens du bord. L’injonction annoncée et la menace imminente d’un démantèlement par le SPVM, à la demande de la direction, ont pris la forme d’un ultimatum chez ses occupants.
.jpg)
Du haut d’une terrasse donnant accès à la bibliothèque des sciences, je distingue environ une centaine de tentes, reliées entre elles par des palettes éparses et des cordes à linge improvisées. Un système de gestion des déchets est mis en place, tout comme des points de distribution alimentaire et de premiers secours. Ce petit village, jugé illégal, antisémite et hostile selon certains, évolue peu à peu en un écosystème fonctionnel.
.jpg)
11:45
Soudain, des cris éclatent en son sein, et immédiatement, un homme est expulsé par les occupants. Il défend avec véhémence sa présence, revendiquant sa place sur les terres de McGill, coiffé d’une casquette New Era ornée d’une étoile de David.
.jpg)
Bien que ses propos soient confus, son audace lui offre une tribune auprès des journalistes, bien que leur échange soit perturbé par les chants des manifestants derrière des parapluies.
.jpg)
12:07
Alors que j’essaie d’écrire ce texte sur une table de pique-nique, mes doigts se serrent à cause du froid piquant. Rien d’étonnant que les occupants demandent des réchauffe-mains sur leur canal Telegram.
.jpg)
Les alliés ne se font pas attendre, perpétuellement munis de provisions : Gatorade, mini muffins, couvertures et oreillers sont distribués. Une dangereuse émeutière me tend une banane, illustrant que les dons reçus dépassent les besoins immédiats.
La radio étudiante de l’université, CKUT, branche ses micros pour faire son émission en direct, sur place.
.jpg)
En marge du rassemblement, Cagoule 1 attire mon attention sur la diversité des tactiques utilisées dans un vaste spectre militant au rayonnement international. Cependant, selon lui, personne ne se fait d’illusions sur les possibles répercussions sur le conflit. Le pourquoi de leur action justifie le comment, même si cela peut sembler radical pour la direction de l’université. « Nous sommes prêts à être embarqués, notre cause est juste. »
.jpg)
13:45
Les journalistes qui partent sont aussitôt remplacés par d’autres. Les objectifs des photographes se lèvent et se succèdent. Certains parient même sur le moment où l’intervention du SPVM aura lieu.
Il pleut si fort que l’on pourrait se demander de quel côté se range dame Nature dans tout ce tumulte.
.jpg)
Cagoule 2, qui a monté sa tente dimanche matin, accepte de partager ses pensées. Il exprime sa frustration envers les politiciens et les institutions qui semblent abandonner le peuple palestinien. « Ils ne font rien, alors on prend les devants, nous, les étudiants qui ne souhaitent pas incarner les valeurs génocidaires. Il faut que ça dure pour le reste de la semaine, on n’a jamais été aussi organisés. Ça va devenir gigantesque », lance-t-il avec un enthousiasme bon enfant .
.jpg)
Cagoule 3, ne se fait pas d’illusions. « Ce que nous faisons aura une durée de vie très courte et ça n’arrêtera pas les massacres à Gaza. Mais aussi longtemps que durera notre blocus, cela permettra d’ouvrir les yeux sur la détermination sérieuse des étudiants sur cette question. Justice pour les opprimés », dit-il en ajustant son masque.
.jpg)
15:46
Le grand livre des heures tourne lentement ses pages sous l’averse. Rien ne fera cesser la caravane des dons, apportant chants de résistance, clémentines, barres tendres et masques N95.
« Vilain temps pour camper », se moque un étudiant en marchant. Deux autres le rejoignent, portant chacun une kippa. Ils ne disent pas un mot, se contentant d’observer silencieusement la foule.
.jpg)
Sur les campus américains, les arrestations musclées n’ont pas tardé. Plusieurs, ici, crient qu’ils devront les forcer à quitter. « Avant les matraques, il faut survivre au déluge! », lance un militant en plaisantant. Sous une grande tente bancale, une jeune femme voilée prend le porte-voix et y place son téléphone qui diffuse des chants palestiniens. La foule n’hésite pas à danser dans la boue.
.jpg)
Les bâches ondulent sous les rafales violentes, telles des vagues multicolores, tandis que les manifestants scandent « From the river to the sea », dans la rumeur d’un tambour. L’occupation frappe l’imaginaire. C’est bien sa plus grande force, car ici, en raison de la gravité de la situation au Moyen-Orient, l’euphorie collective semble soufflée par un vent de désespoir.
Nul ne sait ce que l’avenir nous réserve, tant à McGill que là-bas.
N’empêche, plusieurs se souviendront de ce moment où le maquis aura occupé l’Ivy.