Techno : trois raisons d’avoir foi en 2020

L'année qui s'en vient est flambant neuve.

2019 n’a pas été de tout repos, au royaume de la techno. On s’est fait voler nos données chez Desjardins, les plus gros joueurs du Web n’ont toujours pas payé de taxes et Samsung a cru bon de créer un cellulaire qui se plie. Peut-on oser espérer mieux, pour 2020? Semblerait que oui. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des observateurs et des observatrices de ce champ important de notre vie. Voici en quoi, à leur avis, l’année qui s’en vient est flambant neuve…

Rééquilibrer le pouvoir

Catalina Briceño est spécialiste des transformations numériques, professeure invitée à l’UQAM et autrice. La lire, c’est reprendre un peu espoir.

« Je suis encouragée par la vague d’interventions et de règlementation qui se discutent à l’échelle internationale pour encadrer les géants du Web en matière de protection des données, de transparence des algorithmes, de désinformation, d’équité fiscale et de protection des enfants. Sur ce dernier point, je me réjouis des récentes amendes imposées à TikTok et YouTube, puis de la décision de Google de faire respecter la COPPA (Children’s Online Privacy Protection Rule) sur sa plateforme dès janvier 2020. Selon PwC, un tiers des utilisateurs réguliers du Web dans le monde sont des enfants d’âge mineur. Dès cette année, on va voir se multiplier la 5G, l’intelligence artificielle et l’Internet des objets… Il est temps de rééquilibrer le pouvoir que les grands joueurs technologiques exercent sur nos vies et de protéger les nouvelles générations d’utilisateurs. »

Se ressaisir

Matthieu Dugal, journaliste à la barre de Moteur de recherche et Couple de nerds, poursuit dans la même veine.

« On est entre dans l’âge adulte de notre rapport aux réseaux sociaux! On commence à avoir une prise de conscience quant à l’impact de notre présence en ligne, tant pour notre santé psychologique qu’aux plans environnemental et démocratique. Les belles plateformes sur lesquelles on rit et partage des mèmes, elles sont destinées à faire du cash en monétisant nos comportements et je pense qu’on le comprend de plus en plus. »

«On est entre dans l’âge adulte de notre rapport aux réseaux sociaux! On commence à avoir une prise de conscience quant à l’impact de notre présence en ligne, tant pour notre santé psychologique qu’aux plans environnemental et démocratique.»

Et si on commence à le réaliser, c’est parce qu’il s’agit d’un discours davantage présent dans la sphère culturelle. L’animateur recommande d’ailleurs la lecture des ouvrages The Age of Surveillance Capitalism de la chercheuse Shoshana Zuboff et Mindf*ck, de Christopher Wylie (lanceur d’alerte derrière le fiasco Cambridge Analytica), deux œuvres qui nous rappellent que tôt ou tard, on devra règlementer cette industrie.

« Non seulement on n’a pas le choix d’intervenir, c’est aussi possible, ajoute Matthieu Dugal. On n’accepterait jamais qu’une autre industrie soit aussi peu réglementée que le Web, or on est tous un peu complices de cette situation parce qu’on a un besoin de communiquer en ligne. Ainsi, mon expression-clef pour 2020, c’est : sobriété numérique. Il va falloir en développer une! Ça va passer par la réglementation oui, mais également par l’observation de nos propres comportements en ligne. »

Faire le bien

Anne-Sophie Letellier, co-directrice des communications chez Crypto.Québec, souhaite quant à elle porter notre attention vers une importante initiative américaine : le projet Callisto.

« Callisto, c’est une plateforme numérique qui veut outiller et protéger les survivant.es d’agressions sexuelles. Constatant que les agressions sont fréquentes, peu dénoncées et que les processus de dénonciation s’avèrent particulièrement éprouvants sur les plans personnels et professionnels, l’entreprise a voulu créer une plateforme où la sécurité, le consentement et le contrôle des survivant.es sont au coeur de la démarche. Outre le fait qu’il s’agisse d’un projet hyper intéressant et utile, il se démarque parce que ses conceptrices ont fait un travail en amont pour comprendre les réalités sociales, juridiques et émotionnelles liées à ces situations, et ont utilisé la technologie pour venir en mitiger les risques. C’est une approche qui est trop rarement utilisée dans les entreprises technologiques, où l’on tente souvent de régler des problèmes avec le buzzword de l’heure, sans vraiment comprendre les dynamiques et les problèmes de fond. La plateforme n’est pas encore disponible au Canada, mais elle demeure très inspirante, tant sur le fond que sur la forme. »

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