Stéphanie Aubin

Profession : compteur de records

Sylvain Richard ne bat pas de records : il en est le gardien.

Avec son chronomètre, Sylvain Richard peut transformer un athlète en champion du monde et changer sa vie pour toujours. Entrevue  avec un gars « top chrono ».

CHRONOMÉTREUR SPORTIF, C’EST UN DRÔLE DE MÉTIER. QU’EST-CE QUI T’Y A AMENÉ ?

J’ai commencé à 9 ans, en chronométrant pour le hockey mineur en Abitibi, où j’ai grandi. Pour moi, c’était un moyen de faire de l’argent de poche. Tranquillement, j’ai mené mon petit bonhomme de chemin dans la région. J’ai même eu la chance d’être assigné aux parties des Huskies, l’équipe de la Ligue de hockey junior majeur de Rouyn-Noranda. Le cyclisme et les autres disciplines, c’est venu plus tard, quand je suis venu à Montréal pour les études. J’ai toujours eu de l’intérêt pour le sport, la techno et le voyage, et ce métier me permet de combiner les trois.

ON A L’IMPRESSION QUE LE CHRONOMÉTRAGE DES ÉPREUVES SPORTIVES EST COMPLÈTEMENT AUTOMATISÉ. À QUOI SERS-TU, EXACTEMENT ?

Ma première tâche est d’installer l’équipement avant la compétition : configurer les chronomètres, vérifier le « filage », installer la caméra pour le photo-finish Ça peut prendre de 30 minutes à quelques jours, selon le niveau de compétition. Pendant l’épreuve, ma jobvarie en fonction du type de sport, mais en gros, je génère les temps officiels, je départage les égalités et, bien sûr, j’homologue les records s’il y a lieu.

AS-TU UNE SPÉCIALITÉ, OU TU PEUX CHRONOMÉTRER N’IMPORTE QUELLE COURSE ?

J’œuvre principalement en patinage de vitesse, en cyclisme, en paracyclisme et en athlétisme. Je travaille dans des compétitions québécoises, mais aussi à l’international et même aux Jeux olympiques et paralympiques, où je suis responsable des graphiques pour la télé. Les petits « WR » ou « OR » qui s’affichent à l’écran lorsqu’un record mondial ou un record olympique est battu, c’est moi, ça !

JUSTEMENT, QUEL EST TON RÔLE QUAND UN NOUVEAU RECORD EST ÉTABLI ?

Premièrement, je dois revérifier le matériel pour m’assurer qu’il a bien fonctionné et que le temps enregistré est bien exact. Ensuite, j’imprime les résultats et le photo-finish (s’il y a lieu), puis je les remets à un officiel à des fins d’homologation. On signe le tout afin de rendre le record officiel auprès de la fédération du sport concerné.

TU DOIS EN VOIR ASSEZ SOUVENT. EST-CE QUE ÇA T’IMPRESSIONNE ENCORE ?

J’ai une cinquantaine de records à mon actif et, chaque fois, c’est spécial. T’as ce petit feeling quand la foule attend le résultat. Et quand tu pèses sur Enter, que le temps s’affiche et que le monde se lève pour applaudir, c’est une sensation indescriptible. C’est thrillant.

ES-TU PLUS STRESSÉ QUE TES MACHINES DÉFAILLENT QUAND TU TRAVAILLES SUR UNE COMPÉTITION DE HAUT NIVEAU ?

J’ai eu l’honneur de chronométrer les sélections pour l’équipe nationale canadienne de patinage de vitesse en vue des Jeux de Sotchi et de Pyeongchang. C’est quand même toujours une source de stress. Tout doit être parfait, parce que pour les athlètes, ça passe ou ça casse. S’ils se qualifient, ça veut dire plus de commanditaires, plus de visibilité. Et rendu là, ils sont extrêmement prêts physiquement, donc c’est clair qu’il va y avoir des records. En bon québécois, faut être sur la coche !

AS-TU DÉJÀ FAIT UNE ERREUR ?

Non, et ça arrive rarement. L’erreur la plus dramatique est arrivée à Doha, au Qatar, en 2006. Un sprinteur américain a été nommé nouveau recordman du 100 mètres quand le chronométreur a arrondi son temps au centième de seconde inférieur au lieu du centième supérieur. Par contre, ça m’est arrivé d’avoir une égalité parfaite, et pas juste une fois !

QUE FAIS-TU, DANS CE TEMPS-LÀ ?

C’est sûr qu’on a un pouvoir vu qu’on lit les résultats, mais on est toujours protégés par la preuve. On ne peut pas tricher : les résultats parlent toujours pour eux-mêmes. Maintenant, on peut donner deux médailles aux compétiteurs qui font une égalité parfaite. Avant, en cyclisme, les compétiteurs en égalité devaient faire un sprint d’un kilomètre pour départager le gagnant. Un sprint après une course de 200 km, ça n’a pas d’allure !

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