Survie 101 : un gars du Mile End s’est perdu dans l’bois

Manger des huîtres, mettre le feu à sa cabane, re-manger des huîtres.

Il y a quelque temps, on a reçu un message weird sur notre page facebook. Certes, on en reçoit une douzaine chaque semaine, mais celui-là a retenu notre attention. C’était un dénommé Françis Riendeau, qui nous apprenait qu’il était seul dans les bois, loin de son Mile End chéri et qu’il ne mangeait rien que des huîtres dans le coin de Vancouver.

On se demandait comment un gars du Mile End était prêt à vivre seul dans les bois, avec le strict minimum.

Lisant ça, notre premier réflexe fut d’alerter les autorités… mais après réflexion, on s’est dit que ça ferait un bon texte. Donc, démerde-toi Francis, un loup ça peut être gentil aussi… ?

On se demandait surtout comment un gars du Mile End, plutôt habitué au confort moderne d’un shawarma disponible n’importe où, à n’importe quelle heure était prêt à vivre seul, dans les bois, sans facebook. (Spoiler: il va quand même sur Facebook.)

Très vite, on devine les raisons derrière ce départ vers l’inconnu: Francis en a marre d’être monteur. Il est en plein changement de carrière. Puis sa copine l’a crissé là. Le gars avait besoin d’air. Plus de job, plus de blondes, la situation rêvée pour crisser son camp et explorer les contrées lointaines du Canada.

Partir dans l’ouest sur l’île de Salt Spring et faire un Daniel Boone de lui-même!

Il est parti juste sur une gosse avec 2 bobettes, 2 paires de bas de laine, 2 t-shirts, 1 manteau coquille souple, 1 costume de bain, 1 serviette de plage et une coupe de lighters. Quelques vidéos tuto, visionnées sur Youtube pour savoir comment construire une cabane, des vieux souvenirs de scouts pour savoir faire des noeuds bien solides, puis son char pour rouler jusqu’à Vancouver. C’est tout.

Il ne nous l’a pas dit, mais y’a aussi un sacré grain de folie à avoir pour franchir le pas.

Quand on lui demande s’il a peur de tomber nez à nez avec un ours, Francis nous répond: «J’ai regardé un p’tit 5 minutes sur le web question de savoir s’il y avait déjà eu des histoires d’un homme québécois entre 30-35 ans s’étant fait bouffer par un ours… Je n’ai rien trouvé à ce sujet donc pas de raison d’avoir peur!» 

Une chance, la forêt de Salt Spring offre du bois sec en abondance.

Se bricoler un p’tit chez-soi dans l’bois.

Arrivé sur place, le survivor en herbe ne perd pas de temps et se construit une cabane en 4h avec des branches et une toile (ça a l’air que c’est de la cabane de tuto Youtube). Qu’on s’entende sur la définition de cabane: quelques branches puis une toile posée par-dessus, rien à voir avec un beau tipi. Puis il ramasse du bois sec dans les alentours. Il est chanceux, la forêt de Salt Spring en offre en abondance.

Il y a bien une chose qui nous intriguait plus que les autres dans cette aventure: comment ne pas s’emmerder, là tout seul dans la forêt? Bon la cabane restera à améliorer, y’a un beau tas de bois secs, des huîtres et des pièges à construire. Mais après? Que faire? Se trouver un ballon et l’appeler Wilson?

«Je me suis mis dans un bordel pas possible j’ai l’impression.»

Une journée typique de survie dans l’bois, ça ressemble à quoi?

On a demandé à Francis de nous décrire la journée type d’un survivor pour confirmer si oui ou non, un survivor ça s’emmerde?

6:00-7:00 : Réveil et ré-allumage du feu. Petit déjeuner très simple. Des toasts au beurre de peanuts et du café instantané.

8:00 : Je vais chercher du bois pour la première fois de la journée, afin d’alimenter le feu.

9:00 à 12:00 : Je termine la construction de ma cabane ou je me construis un banc, ça dépend des jours.

13:00 : Je vais à la plage pêcher des huîtres et j’en profite pour me laver dans l’eau glacée. La température est généralement entre 7 et 8 degrés, on vous laisse imaginer la température de l’eau…

15:00 : Ré-allumer le feu et retourner chercher du bois sec dans la forêt (pour la deuxième fois de la journée).

16:00 : Préparation du souper. Ouin, enfin, ouverture des huîtres et une canne de légumes ou un bol de gruau pour les grandes occasions.

17:00 : Le repas tant attendu, sur le bord de l’eau.

18:00 : Je bois un thé autour du feu et j’écris mon journal de bord (pour que URBANIA sache que j’suis toujours en vie).

19:00 : Je m’installe dans mon «lit», enfin dans mon duvet sur le sol et je lis jusqu’à ce que je m’endorme.

20:00 à 7:00 : Le froid me réveille toutes les 3-4 heures et je dois me lever pour mettre du bois toute la nuit. J’entends aussi des craquements pas très loin et des hurlements en échos venant du haut de la colline et j’ai peur.

Et après une semaine?

Partir seul dans l’bois ça vraiment pas l’air compliqué en fait. Il suffit de regarder Youtube et aimer les huîtres. Bon faudrait éviter de se faire le même genre de trip dans un parc à Détroit, mais Salt Spring a l’air d’avoir tout ce qu’il faut, de la nourriture, du bois en abondance et surtout … fuck all personne.

Après deux semaines, le p’tit gars du Mile End survit très bien dans le monde sauvage «Je me suis mis dans un bordel pas possible j’ai l’impression, mais c’est comme si ce mode de vie avait toujours fait partie de moi».

Ce n’est peut-être pas le meilleur survivaliste, mais bon l’essentiel en survie, c’est de survivre non?

Même s’il avoue qu’il ne s’habitue toujours pas aux craquements et aux hurlements qu’il entend la nuit (chose que l’on peut comprendre), l’aventure parait relativement facile dans la bouche de Francis. Mis à part, que «l’écoeurantite des huîtres n’a jamais été aussi proche».

Ce «pseudo homme des bois», comme il aime s’appeler, a conscience qu’il n’est pas le meilleur survivaliste, mais bon l’essentiel en survie, c’est de survivre non? Jusque là, il s’en sort parfaitement.

Tout va bien pour lui, même si ses chaussures ont pris feu!

Sa cabane est un peu bancale et… elle a pris feu, sa paire de chaussures aussi d’ailleurs. Il ne chasse pas l’ours, mais les lièvres et les oiseaux. Il ne mange pas des gros saumons cuits au feu de bois, mais des huîtres. MAIS BON IL SURVIT.

Après deux semaines à discuter avec Francis, on commence à se demander s’il n’y resterait pas toute l’année à Salt Spring? Tout va bien pour lui et quand ses chaussures ont pris feu, il avait le sourire. Aux dernières nouvelles, Francis vit maintenant sur un vieux bateau qu’il a dégoté dans les alentours et il n’est pas prêt de revenir dans le Mile End. Il a aussi fait une page facebook pour rassurer tout le monde!

Morale de l’histoire: Il n’y a pas de bons ou de mauvais survivors, il y a des survivors vivants et des survivors morts.

Pour lire un autre texte de Fabien Kerneis: «Ça ressemble à quoi une maison de 300 000$ à travers le Québec?».

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