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Suis-je guérie de mon alcoolisme?

Les hauts et les bas du retour du printemps et des terrasses.

17 avril 2024
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Il est difficile de se réjouir de la température des derniers temps lorsqu’on a une certaine conscience écologique. Par contre, pour vaincre cette toute nouvelle forme de dépression saisonnière, le temps doux et la possibilité de sortir ma collection de petits manteaux de printemps sur une plus longue période me remplissent de plénitude.

On le sait, au Québec, dès qu’arrive le changement d’heure, on vire. On est comme des papillons de nuit qui foncent dans les lampadaires. On cherche la lumière dans les autres, dans les parcs, sur les terrasses. Ma messagerie est remplie d’invitations hâtives de pique-niques, parce que dès qu’il fait en haut de 5 degrés, on agit comme s’il en faisait 25.

Dans toute cette frénésie post-solstice d’hiver, on tente de rattraper le temps perdu. On s’invite à prendre des verres, on laisse la déprime de côté et on va vers l’autre. Tout le monde est beau, tout le monde est fin, tout le monde a soif.

Quand ça se réchauffe

Montréal, au printemps, c’est un vibe. J’ai envie d’y participer, de me joindre à la fête. J’aurais envie de boire un Aperol spritz dans un coat en jeans juste pour faire accélérer la fonte des neiges.

Ça fait 4 ans que je ne bois plus. Il m’arrive parfois de me dire : ça va bien. Peut-être que je suis correcte, normale. Peut-être que je suis… guérie?

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J’ai longtemps bu pour médicamenter mon anxiété, mais si je ne me sens pas anxieuse peut-être que je peux boire comme une personne normale?

Je me crée un scénario dans ma tête dans lequel j’utilise les deux pires mots pour les personnes alcooliques : et si.

Sortir de sa tête

Les si mangent les rais, pis la santé mentale des personnes dépendantes.

Quand je me dis : et si, je perds contact avec ma réalité d’alcoolique. Je me crée un personnage, je m’invente des qualités et des aptitudes que je n’ai pas dans la vraie vie.

Tout ça n’est qu’un mensonge parce que je ne suis pas capable de boire comme une personne normale.

Je dois alors me sortir de cette idée selon laquelle un jour, je serai normale. Parce qu’aujourd’hui, je ne le suis pas. Et c’est la raison pour laquelle j’ai arrêté de consommer. Je me rappelle que je travaille sur moi, que je ne suis pas parfaite, mais que ce travail que je fais au quotidien me permet d’avoir encore des amis, un entourage, un travail que j’adore.

Quand je commence à tomber dans les spéculations d’univers parallèles dans lesquels je ne serais pas en sevrage, je fais la liste de toutes les choses que j’ai acquises grâce à mon rétablissement. Cette liste contient tout. J’ai tout acquis dans la sobriété.

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Ce sont ces mêmes choses que je pourrais perdre en un claquement de doigts.

On ne veut pas de Magasoule

Je me rappelle douloureusement de mes comportements sous influence. Je me rappelle que je ne peux donner aucune responsabilité à cette version de moi-même, Magasaoule, le personnage que je devenais lorsque j’étais paquetée. Elle était bien drôle et (la plupart du temps) sympathique, mais dans ses moments plus noirs, elle était capable de mettre le feu à du bois mouillé. Elle vivait en se nourrissant de malheur. Jamais elle ne serait capable d’être au volant de la vie que je suis parvenue à bâtir en arrêtant de boire. Elle péterait ma balloune.

C’est souvent quand ça va bien que nous, les dépendants, avons ce désir intrusif qui nous pousse à vouloir recommencer à consommer, juste pour voir. Le problème avec cette maladie, c’est que notre envie de nous tester nous ramène toujours quelque part de pire que ce que nous avons connu.

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Certains médecins considèrent la maladie de l’alcoolisme comme une maladie progressive. Elle nous mènera toujours plus loin que notre dernière cuite. Je pourrais passer de bons moments sous influence, mais je sais que le chemin pourrait être long avant que j’émerge des longs couloirs de mes expérimentations.

Je suis bien consciente que la rechute fait partie du processus. Qu’elle peut être bénéfique si elle nous permet d’avoir une compréhension plus profonde et une confirmation d’une maladie qui est difficile à diagnostiquer.

Dans les journées plus difficiles, je me permets d’attendre au lendemain avant d’aller boire un verre juste pour voir. Bout à bout, les jours donnent des années.

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Puis, quand je sors pique-niquer pour profiter du printemps montréalais, c’est avec mes outils préférés dans les poches. Je m’apporte plein de choses plaisantes à boire, je m’assure qu’il y a des consommations sans alcool à la terrasse que je vais visiter, j’en parle même à mes proches. Il y a tout le temps quelqu’un à table pour me dire : je ne te laisserai jamais te faire ça. Ça m’émeut à chaque fois, ce support de mes amis. Et je ne veux perdre ça pour rien au monde.

Surtout pas pour un verre, juste pour voir si.

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