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C’est ce que les gens qui se succèdent depuis des années à Québec semblent penser. Qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, ils nous prennent pour de la marchandise électorale.
Et on vote pour les partis d’alternance, d’élection en élection, par habitude ou par inertie. Il faut pratiquement un miracle démocratique pour porter un parti au pouvoir une première fois. Allumons des lampions (ou plus simplement, votons nouveau).
À l’interne, que disent les partis au pouvoir quand on les critique? Que c’est facile de chiâler quand on n’est pas au gouvernement. Ils n’ont peut-être pas complètement tort, mais c’est trop facile d’utiliser cette excuse pour ne rien faire qui vaille. Et c’était encore plus facile lorsqu’ils le faisaient eux-mêmes, dans l’opposition, alors qu’ils critiquaient machinalement tout ce que le gouvernement en face d’eux faisait, dans une optique purement électoraliste. Rien de bon. Jamais. Aucune bonne nouvelle durant tout le mandat de ceux qui sont au pouvoir à leur place. Une fois au pouvoir, pour se défendre, rappeler inlassablement que c’était pire sous l’autre régime. Quel politique inspirante.
Vous vous souviendrez qu’en pleine campagne électorale, l’argument principal des partis d’alternance était de dire qu’il fallait absolument éviter que l’autre parti soit au pouvoir. De un, ça démontre la faiblesse des idées quand on n’a rien à proposer et qu’on se contente d’inviter au vote stratégique en disant que l’autre est tellement trop mauvais. De deux, ça rend encore plus incohérent un gouvernement qui s’appuie maintenant sur son statut de minoritaire pour gérer selon ce que souhaite l’opposition, évidemment pour ne pas être renversé. L’opposition est justement composée maintenant de ceux qu’il fallait à tout prix éviter au pouvoir, mais qu’à cela ne tienne, on gèrera selon leurs goûts pour ne pas leur déplaire et perdre le pouvoir. Des tartes on nous prend pour.
Quand un parti minoritaire est prêt à oublier sa plateforme pour ne pas trop déplaire à l’opposition, c’est qu’il place sa présence au pouvoir comme une fin en soi, sans égard à ce que ce pouvoir serait censé lui permettre de faire puisqu’il ne l’utilise pas. Si les principes passaient avant la jouissance du pouvoir, le gouvernement tenterait de mettre en place les mesures qu’il a promises en campagne électorale. Et si un parti est si sensible à la possession du pouvoir, il sera vraisemblablement faible devant certains lobbys qui peuvent faire miroiter un coup de main dans la poursuite dudit pouvoir. C’est mauvais signe.
Toute cette longue introduction pour parler du décevant régime de redevances annoncé hier par le gouvernement. On est loin, très loin de ce qui avait été promis en campagne électorale et de ce qui se rapprochait du début d’un commencement de gros bon sens en ce qui concerne nos richesses naturelles. Quand il était dans l’opposition, le réflexe du parti maintenant au gouvernement était de descendre un régime de redevances qui ne donnait pourtant pas vraiment moins d’entrées fiscales que celui annoncé hier.
« Il ne faut pas faire fuir les investisseurs », nous dit-on… Mais allons-nous cesser de céder au discours trop évident de ceux qui mettent directement dans leur poche, sous forme de redevances trop basses, chaque mollesse, chaque attente et chaque recul du gouvernement dans la réappropriation de nos ressources naturelles?
« Les prix mondiaux des métaux sont bas », nous dit-on, graphiques à l’appui. Ça change quoi au principe que ces ressources sont à nous? Les prix sont bas partout dans le monde en même temps. Ce n’est pas comme si la minière pouvait quitter le Québec pour aller extraire le même minerai ailleurs dans le monde pour y bénéficier d’un prix de vente plus élevé.
On revient, encore et toujours, au courage politique de penser d’abord aux intérêts collectifs. Ce courage manque depuis trop longtemps au Québec. Il a été remplacé par l’envie du pouvoir lui-même, qui a toujours existé, mais qui est maintenant omniprésent au sein des partis professionnels.
Je le rappelle souvent parce que c’était beau: dans les années 60, le gouvernement du Québec s’est tenu debout pour l’intérêt collectif et n’a pas cédé aux mêmes arguments corporatistes qui font peur aux élus d’aujourd’hui. Ça a donné Hydro-Québec, que personne ne regrette.
Si nous sommes assez tartes collectivement pour réélire sans arrêt les politiciens qui alternent au pouvoir dans la même dynamique, nous sommes cuits. Une tarte trop cuite est une tarte brûlée. J’en ai marre, j’ai envie d’un fruit frais et je ne suis pas le seul. C’est pour ça qu’un peu partout, des gens sont en train de planter des arbres fruitiers qui poussent lentement mais sûrement. L’avenir aura meilleur goût, je le sens.
« Vous avez changé deux fois notre régime fiscal, c’est très mauvais pour nous », disent les minières. Oh horreur, je leur annonce que toutes les firmes, dans tous les secteurs d’activité économique, voient leur régime fiscal changer pratiquement annuellement avec le dépôt du budget. L’effet varie d’un secteur économique à l’autre, bien sûr, mais il est de la prérogative du gouvernement de décider du régime fiscal en place, ce n’est pas aux industriels et leurs lobbys de le faire.
« Le Québec est marginal dans la production mondiale », ont commencé à nous répéter les minières et le gouvernement, visiblement en inquiétante symbiose. Nous possédons per capita immensément plus de ressources minérale que la moyenne des pays du monde. Appelez ça marginal si vous le voulez, pas moi. C’est une source fabuleuse d’enrichissement collectif pour peu qu’on s’assure de ne pas laisser passer le train. Bizarre aussi que le Québec ait récemment été classé premier au monde pour et par les compagnies minières comme endroit où faire affaires. Évidemment, quand c’est presque gratuit, le client ne rechigne pas trop.
On le voit bien, il y a un malaise évident au sein même du gouvernement entre ceux qui voulaient plus et ceux qui ont offert moins. La meilleure façon de ne pas avoir de chicane dans un caucus au lendemain d’une élection, c’est simplement de faire ce qui était dans la plateforme. Personne ne pourra se plaindre. Ni la population, ni les élus. C’est pourtant pas compliqué. C’est d’autant plus ironique de voir le gouvernement se balader avec son nouveau slogan, utilisé mille fois dans le passé par des gouvernements-marketing: « On fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait ». Précisément, quand on dit n’importe quoi pour arriver au pouvoir, on fait n’importe quoi quand on y est.