Germain Barre

Sommes-nous sexistes avec nos gadgets ?

Une compagnie pense que oui et propose une solution.

Avez-vous déjà remarqué que dans les films, les intelligences artificielles ont toujours une voix de femme séduisante (sauf dans le cas de HAL, évidemment)? Que ça soit un film d’horreur ou de science-fiction, on dirait souvent que les ordinateurs qui nous répondent pourraient travailler pour une ligne érotique (si les gens appelaient encore là). 

On voit pas souvent d’ordinateurs avec la voix de Pierre Lebeau, mettons. 

Mais est-ce que c’est sexiste? Pour certains, la réponse est oui. 

Et une agence américaine, Virtue (créée par le média Vice) a une solution : Q, la première voix non genrée.

Q, la voix non genrée

Annoncée en grande pompe à la mi-mars, Q est une voix qui vise à remplacer les voix utilisées dans des services comme Alexa, Siri, Cortana et Google Home. 

Q est en fait 5 voix différentes qui se retrouvent dans cet intervalle entre le monsieur et la madame. 

Q a été développée en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Copenhague. On a fait écouter à plus de 4600 Européens une variété de voix modifiées électroniquement en leur demandant de les classer en évaluant lesquelles étaient plus masculines ou féminines. 

On a ainsi réussi à déterminer un intervalle de fréquences qui se retrouvaient dans l’entre-deux entre le féminin et le masculin. 

Le résultat? Q, qui est en fait 5 voix différentes qui se retrouvent dans cet intervalle entre le monsieur et la madame. 

Pourquoi une voix non genrée? 

Q a été dévoilée dans le cadre des festivités de la fierté de Copenhague. Il s’agit donc, dans un premier temps, d’inclure les personnes qui se considèrent non binaires. 

Si on offre parfois l’option entre une voix masculine ou féminine, on offre rarement, voire jamais, l’option d’une voix non binaire. 

L’idée première, c’est évidemment de fournir une voix aux personnes non binaires qui leur ressemble, et de les inclure dans l’environnement technologique. 

Si ça vous paraît un peu absurde, dites-vous que ça nous agacerait si en tant que Québécois, notre GPS nous disait constamment : «Du coup, tu vas tourner à gauche après le stade de foot ». On est humains, on aime tous se reconnaître dans nos interactions de la vie de tous les jours, même celles avec une machine. 

Mais cette voix non genrée veut aussi répondre à une autre préoccupation : le sexisme, omniprésent jusque dans le choix des voix électroniques. 

La charge mentale des femmes virtuelles

On n’y pense pas beaucoup, mais c’est insidieux : le choix du sexe de nos voix virtuelles n’est pas innocent. 

On n’y pense pas beaucoup, mais c’est insidieux : le choix du sexe de nos voix virtuelles n’est pas innocent. 

Si vous y portez attention, vous remarquerez un phénomène frappant : quand il s’agit de choses sérieuses ou autoritaires (services bancaires, gouvernementaux, assurances), on utilise une voix masculine. Mais quand il s’agit d’assistants virtuels, de choses qui sont à notre service, on utilise une voix féminine. 

Là, j’entends certains d’entre vous soupirer : « Bon, URBANIA part encore en peur avec ses affaires de SJW… » 

Sauf que c’est prouvé (pas qu’on est SJW, qu’on préfère les voix féminines). Selon Clifford Nass, professeur à l’Université de Stanford et auteur du livre The Man Who Lied to His Laptop : What Machines Teach Us About Human Relationships, nous avons tendance à préférer les voix féminines, à les trouver plus rassurantes… et plus disposées à un rôle de service.

En fait, de façon assez étonnante, l’auteur cite un exemple particulier où les clients ont préféré une voix masculine : dans les années 90, BMW a installé un système de navigation sur ses voitures Série 5, dotées d’une voix de monsieur. 

Les clients allemands ont appelé en masse : ils refusaient de se faire donner des directions par une femme. 

Est-ce que le choix des voix masculines ou féminines est sexiste? Est-ce que Q peut vraiment régler le problème? Toute cette histoire n’est-elle pas un coup de publicité de la part de l’agence de pub de Vice? 

Peut-être. 

Mais reste que Q nous amène à nous poser des questions qui en valent la peine. Et Q le fait d’une voix ni féminine ni masculine.

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