Solidarité féminine : de la pin-up à l’androgyne

Pour diverses raisons, j’ai récemment été amenée à réfléchir sur ma « performance » de la féminité. Principalement sur mon rapport à la coquetterie mais aussi, de manière plus générale, sur l’ensemble de mes comportements genrés.

Je ne suis pas une coquette, et je mentirais si je disais que je ne pratique pas sciemment une contre-coquetterie parfois irrévérencieuse. J’ai horreur du « décorum-sapin-de-Noël » qu’on impose aux femmes, dans les contextes formels. Franchement, je perçois le fait de se conformer aux standards de coquetterie de la culture de masse comme de l’asservissement volontaire. Et souvent, j’ai l’impression désagréable que les femmes qui s’y prêtent ont intériorisé ce « plaisir de plaire » par crainte d’être exclues, avant toute chose. S’habiller comme dans les vitrines et les magazines pour rasséréner la petite fille en nous qui tremble à l’idée d’être tenue à l’écart. C’est assez dérangeant. Je crois également que manifester sa féminité en reprenant les codes du marché de consommation et des médias constitue une performance du genre plus ou moins authentique. Je suis de celles qui qualifient les balises de la féminité fixées par la culture de masse d’exclusives et aliénantes, parce qu’elles maintiennent une conception strictement bipolaire du sexe (homme ou femme, sans nuance). J’aime l’idée de nuancer les genres. De les définir selon un continuum plus qu’une dichotomie. J’ai aussi horreur de cet « esthétisme commercial » de la femme, qui correspond au plat reflet d’un certain désir mâle à l’emporte-pièce. Cette conception patriarcale de la beauté, elle me saoûle. La femme, élégante, douce et docile. La femme qui n’a de piquant et subversif que sa propension à mettre de l’avant, plus ou moins subtilement, ses attributs sexuels. Beurk. Mais tout ça, c’est bien subjectif. Et si je vous expose cette liste un peu barbante de « mes » opinions, qui valent somme toute bien peu de chose, c’est justement pour souligner qu’il s’agit d’une posture morale dont on peut débattre des heures durant, même (et surtout) entre féministes proclamées. Or, j’en suis venue à un constat. Constat qui, disons-le, comporte un mea culpa. Même si tout ce que je viens d’exposer me fait réellement grincer des dents, j’en viens de plus en plus à penser qu’il me faudra, comme bien des amigas qui « partagent mes vues », apprendre à combattre certains préjugés. Vous savez, cette tendance un peu méprisante à voir les femmes particulièrement coquettes et fifilles comme des inconscientes qui gagneraient à enfiler enfin leurs lunettes de « vigilance genrée ». Parce que si on s’entend généralement pour avoir le slut-shaming en horreur, il serait hypocrite de ne pas étendre ce principe à l’acceptation, dans un cadre féministe averti, des girlies en règles. Après-tout, ce n’est pas se rendre service, entre femmes, que d’assimiler systématiquement qu’une fille soit « nunuche » ou « pas sérieuse » si elle démontre un intérêt marqué pour la mode et les cosmétiques, par exemple. D’un œil pragmatique, c’est aussi inapproprié que ces jugements destructeurs formulés trop vites (« Boutche » , « gars manqué », « négligée ») à l’endroit des filles qui se refusent à toute coquetterie. Bien sûr qu’il faut garder en tête que le choix des codes qu’on perpétue n’est pas impuni. Si anodins puissent-ils paraître. D’abord parce que le privé est politique, davantage même que les autres sphères de l’existence, puisque cette dernière se situe en amont des autres. Les comportements qu’on y adopte et les principes qu’on y choisit d’entériner sont donc lourds de conséquence. En revanche, pour une plus grande solidarité féminine, il faut accepter qu’il n’y ait pas de « morale hégémonique » de l’esthétisme et de la représentation féminine. Respecter le continuum des genres et de leur manifestation dans son intégralité, c’est accepter aussi le pôle de « l’ultra-féminité », de la « pin-up » s’il le faut. Même si c’est un pari risqué. Personellement, j’y travaille. Mais surtout, j’aimerais vous entendre à ce sujet. Suis curieuse. Peut-on, justement, se permettre de « tout accepter », sans baisser notre vigilance? *** Et moi, sur twitter, c’est @aurelolancti

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