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Superstore, qui suit les employés d’un magasin de style Wal-Mart, est l’une de mes sitcoms américaines préférées.
Dans l’un des épisodes, Mateo, un commis sassy à souhait, passe sa journée dans la salle de pause à se mêler des conversations de tout le monde. Éventuellement, un des personnages lui demande :
– Coudonc, Mateo, as-tu passé la journée dans la salle des employés?
– Oui. Ça me le tentait pas, aujourd’hui. (La traduction est de mon cru. Superstore ayant été diffusé à NBC, vous comprendrez que les personnages ne disaient pas souvent « coudonc ».)
J’adore cette blague, parce que c’est la version poussée à l’extrême d’une pratique qu’on connaît tous, soit celle de s’offrir une journée où l’on est le moins productible possible, question de se reposer sans gaspiller une précieuse journée de congé.
Je dis « on », mais rassurez-moi : je ne suis pas le seul à faire ça, hein? On décide tous parfois de se pogner le beigne sur les heures de job, non?
(En lisant cet article, mes patrons de Quatre95 seront très contents de leur décision de me payer à l’article et non à l’heure.)
Comme tout ce que l’humanité a de meilleur et de pire à offrir, le concept des soft off days a été popularisé sur TikTok.
C’est quoi, un soft off day? C’est un jour où on rentre travailler, mais au cours duquel on se contente de faire le strict minimum. On fait acte de présence et c’est pas mal ça.
Bon, plusieurs des Tiktoks devenus viraux parlant du concept s’appliquent surtout au télétravail et font mystérieusement promotion d’un outil IA qui prendrait des notes à notre place lors des réunions Zoom. Notre petit doigt nous dit que le concept semble un petit peu fabriqué à la base.
Il n’en demeure pas moins que le concept a trouvé écho chez des milliers de commentateurs qui ont avoué faire la même chose… et d’autres qui ont trouvé ça très fâchant.
Les partisans des soft off days, eux, se défendent en disant qu’il ne s’agit pas de paresse, mais bien d’une façon de préserver sa santé mentale. Quand on est épuisé, qu’on se sent surmené, prendre une journée relaxe, ça peut faire du bien et aider à revenir avec plus d’énergie.
Pour certains, ça facilite aussi le retour au travail après les vacances. Une utilisatrice TikTok en témoigne (traduction libre) : « J’adore les soft off days. Ça m’aide à surmonter la déprime de devoir retourner au travail. »
Ces journées de congé que l’on s’accorde soi-même ne seraient toutefois pas une mauvaise chose. Pour revenir à l’article paru dans Fast Company, la psychothérapeute Angela Williams soutient qu’« utiliser les heures de travail à la maison pour accomplir des tâches ménagères ou même pour s’adonner à un hobby permettent d’équilibrer un peu notre charge mentale et d’atteindre un meilleur équilibre ».
Il faut aussi être réaliste et comprendre que, même si plusieurs employeurs offrent des journées de congé, ces journées de congé, il faut souvent les justifier ou les demander d’avance. Ce ne sont dpas tous les employeurs qui seront réceptifs si un employé se lève un matin et décide de ne pas rentrer au boulot parce qu’il n’en a « pas envie ».
Il ne faut alors pas s’étonner que les employés s’arrangent par eux-mêmes.
Et ce n’est pas nouveau. Demandez à vos parents s’ils ont déjà eu des journées au bureau où ils ont passé plus de temps à la machine à café qu’à remplir des formulaires, ou à votre oncle s’il n’est pas déjà retourné directement à la maison après une rencontre avec un client parce qu’« il restait juste 2h à la journée, ça valait-tu vraiment la peine de rentrer au bureau pour repartir tout de suite après? ».
On n’invente rien.
En ce qui concerne les débats sur le retour au travail en présentiel, il est peut-être temps de se questionner collectivement sur le rapport des employeurs au travail accompli par leurs employés. Est-ce qu’on engage des employés pour qu’ils accomplissent certaines tâches, ou on engage des employés pour contrôler comment ils occupent leur temps, 40 heures par semaine?
Si le travail est fait, qu’est-ce que ça change s’il a été accompli en 22 heures, en 32 heures ou en 40 heures? Évidemment, on ne parle pas ici des les métiers où la présence est requise. On ne recommande donc pas aux enseignants de quitter l’école à 11h le vendredi parce que les devoirs de la semaine sont finis.
Si le rapport est bel et bien sur le bureau lundi matin, pourquoi ne pas laisser le monde aller prendre une marche au parc par un beau vendredi après-midi ensoleillé?
Poser la question, c’est y répondre (mais je ne suis qu’un pauvre employé!).
Pour leurs détracteurs, les soft off days ne sont qu’un nouveau nom pour un concept vieux comme le monde : le vol de temps. Et ce genre de comportements donneraient mauvaise réputation au télétravail et encourageraient les employeurs à forcer le retour au travail en présentiel (notons que les études démontrent que les télétravailleurs seraient tout aussi productifs, sinon plus, que leurs collègues qui se déplacent au bureau).
Pour certains, il s’agit également d’une façon de compenser pour un salaire qu’ils jugent insuffisant. Emma, une travailleuse interviewée pour un article sur la sujet paru dans Fast Company, expliquait cette tendance ainsi : « Je prenais des soft off days pour compenser mon salaire insuffisant ; ça me permettait de mieux accepter le fait que je gagnais moins vu que j’avais beaucoup de liberté et de flexibilité. »
Cette insatisfaction salariale n’est pas rare chez nous non plus ; selon un sondage commandité par H&R Block et publié le mois dernier, 49 % des Canadiens seraient insatisfaits de leur rémunération.