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J’aime mon travail. J’ai la chance de le trouver assez stimulant et gratifiant pour ne pas haïr les dimanches soir. Et j’en suis d’autant plus reconnaissante depuis mes congés parentaux pendant lesquels, je l’avoue, je me suis ennuyée de mes collègues. Cela dit, depuis quelques années, une usure subtile commence à se faire sentir.
Je travaille fort chaque jour, et même si les années d’expérience s’accumulent, mon budget, lui conserve la même taille. Mes REER font un pitié. Le prix du fromage cottage me rebute. Je me porte bien financièrement, mais sans plus. Au fond, ce qui m’use, ce n’est pas juste l’augmentation du coût de la vie ; c’est aussi ce sentiment d’insatisfaction, de frustration, voire carrément de honte, parce que mon travail n’est pas valorisé et ça se répercute sur mon salaire.
Jour après jour, mon emploi me donne de plus en plus l’impression d’avoir vendu mon âme au diable. Pis avec un gros rabais, à part de ça.
Le monde est-il injuste envers les honnêtes travailleurs? Suis-je trop lâche pour me battre et obtenir ce qui me revient? Ou au contraire, mon égo surestime-t-il ma valeur en tant qu’employée? Aurais-je été plus heureuse si j’étais devenue notaire?
Bienvenue dans mon petit flot de ruminations.
La réponse évidente, c’est que si on travaille, c’est pour gagner de l’argent.
Cela dit, plusieurs études démontrent qu’un tiers d’entre nous continuerait de travailler, même si, du jour au lendemain, des milliers de dollars devaient nous tomber dans les poches. Notre emploi fait partie de notre identité, il nous donne l’impression d’être utiles et compétents, nous permet de socialiser, et fait passer le temps, tout simplement.
Vous me direz sans doute que toutes ces raisons sont bien plus nobles et importantes que l’argent, alors pourquoi chialer? Parce que si mon emploi est supposé définir mon identité, mon salaire, lui, me fait vraiment sentir cheap, en ce moment.
Et d’après ce sondage de l’institut Gallup, mon sentiment est pas mal généralisé. En 2024, au moment de l’étude, les deux tiers des répondants aimaient leur travail, mais de ce ne nombre, moins de la moitié étaient satisfaits de leur salaire.
Le marché du travail n’est pas un espace neutre où chacun est payé à sa juste valeur. C’est un rapport de force, parfois invisible et souvent injuste. Il est donc très important que nous, les chialeurs, on se souvienne que notre valeur n’est pas définie par un chiffre décidé par quelqu’un d’autre.
Je reconnais donc une part de responsabilité pour mon insatisfaction salariale, de par mon manque de confiance et ma réticence à négocier. Pour le reste, c’est la faute du système.
Pour finir, non, je n’aurais pas fait une bonne notaire. Tout ce que je demande au bon Dieu (et à la CNESST), c’est un travail qui ne me vide pas plus vite qu’il ne me fait vivre. Pour le moment, je me valorise avec des paroles d’affirmations positives dans le miroir, mais un petit 10 $ de plus sur mon taux horaire, ça ferait aussi la job.
Et si je dis ça, ce n’est certainement pas pour vous remonter le moral et qu’on continue tous à se faire exploiter en échange d’un salaire misérable : la confiance en soi et comment on perçoit notre propre valeur influencent notre rémunération. Séparer notre salaire de notre valeur en tant que personne, c’est un outil pour augmenter notre rémunération. Parlez-en aux personnes qui grandissent dans une société où ils sont minoritaires, ainsi qu’aux personnes socialisées pour prendre soin des autres gratuitement au lieu d’avoir de l’ambition.
Comment négocier un meilleur salaire ou changer de job pour améliorer son sort, quand parler de rémunération est tabou et que le marché de l’emploi n’a aucune transparence salariale? En France, dès le mois prochain, les entreprises seront tenues d’afficher la rémunération sur leurs offres d’emploi. En entrevue d’embauche, on ne demandera plus aux Français un peu stressés, quel salaire ils pensent mériter pour leurs services, ce qui les faisait immanquablement sous-enchérir, dans l’espoir d’être engagé (puis ruminer jusqu’à la fin de leurs jours, car ils ne pas capables de se payer du fromage cottage). Selon moi, c’est une révolution positive et absolument nécessaire qui devrait avoir lieu partout dans le monde.