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Vous avez jusqu’à demain pour cotiser à vos REER. Je n’ai aucune crédibilité en matière de finances personnelles, mais je vais quand même vous inciter à le faire.
La dernière chose dont j’ai peur dans la vie, c’est de manquer d’argent pour ma retraite. D’abord parce que je suis jeune et que la retraite est cette chose lointaine et abstraite à laquelle je ne me résoudrai peut-être jamais parce qu’au fond, j’aime tellement mon travail que j’ai déjà l’impression d’être constamment en vacances. Mais surtout parce que je regarde les vieux autour de moi et que je n’en vois pas un qui manque d’argent en ce moment. Pas parce qu’ils ont des fonds de pension blindés, les mêmes fonds auxquels, dit-on, nous, jeunes gens, n’aurons jamais accès, et des chèques du gouvernement à ne plus savoir quoi en faire.
Non. Je vois des vieux autour de moi qui ont travaillé toute leur vie, qui ont accumulé de l’argent parce que c’est ça qui arrive quand on travaille toute sa vie, qui se sont acheté une grosse maison avec leur argent, qui l’ont revendue parce qu’ils étaient trop vieux pour s’en occuper, et qui maintenant filent une petite vie pépère dans un manoir sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Même ma grand-mère, qui a été pauvre toute sa vie, s’en tire pas mal. Bon, elle est en CHSLD à cause de l’Alzheimer, qui la condamne à une mémoire de poisson rouge, mais elle, elle se croit à l’hôtel. Tous les jours à l’hôtel. Avec zéro économies.
Ce qu’il y a de bien avec l’Alzheimer, c’est qu’on a accès à tout le passé de grand-maman. C’est tout ce qu’il lui reste. «As-tu fait une bonne vie? Grand-maman?».
– Ah oui, dit-elle. J’ai fait une bonne vie. J’avais pas beaucoup d’attentes, mais j’ai eu une vie assez intéressante.
Je n’ose pas lui demander si elle se souvient que son plan A n’a pas fonctionné comme il aurait dû. Son plan A, c’était d’élever ses enfants à la maison pendant que son mari rapporterait pain et beurre et s’occuperait de cette chose masculine qu’était l’argent à l’époque. Il est mort à 40 ans, la laissant avec trois enfants et son très peu de débrouillardise. Grand-maman a ainsi vivoté avec très peu d’argent et beaucoup trop d’orgueil pour en quémander, puis a vu ses propres enfants s’acheter des maisons qu’elle n’aurait jamais pu s’acheter. Quand sa sœur, une vieille fille qui avait été secrétaire tout au long de sa vie active et qui, à notre grande surprise, avait accumulé des tonnes de bons du trésor, est morte, grand-maman est devenue riche. Malheureusement pour elle, c’était l’heure d’aller au CHSLD.
Mais dans sa tête, grand-maman est toujours riche : elle est à l’hôtel tous les jours.
Moi, mon plan A, je vous l’ai dit la semaine dernière, c’est de devenir biographe comme Georges-Hébert Germain et de vivre de redevances de droits d’auteurs. C’est aussi pour ça que ça ne m’inquiète pas, la retraite.
Si je mets de l’argent dans mes REER, c’est pas pour ma retraite. Je fais ça depuis qu’une gentille personne m’a expliqué que cet argent-là, tu le donnes au gouvernement ou tu le gardes pour toi. Qu’est-ce que tu choisis? Ben oui, pas plus folle qu’une autre, j’ai décidé de le garder pour moi. Depuis, j’ai une étonnante somme d’accumulée.
Je dis étonnante parce que moi, entre la cigale et la fourmi, je suis plutôt du style cigale en fait. Ma phrase de prédilection : «on va pelleter quand il va neiger». Heureusement pour moi, il y a le gouvernement qui m’encadre et qui m’aide à économiser des sous. Parce qu’en mettant des REER de côté, on m’a aussi expliqué que je pourrais acheter une première maison. Et que si mettons je faisais une mauvaise année, je pourrais utiliser mes REER comme salaire d’appoint. Crime, je n’ai même pas eu le temps de m’inquiéter pour ma retraite, et ça n’a rien à voir avec le caractère héréditaire de l’Alzheimer. Merci, gouvernement.
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