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Si Pitchfork avait été une radio québécoise…

Ça aurait été CISM.

Depuis son apparition sur la bande FM en 1991 — 4 ans avant la naissance de Pitchfork à Chicago —, la radio de l’Université de Montréal a permis de révéler de nombreux talents québécois.

En 25 ans, le monde de la musique a beaucoup changé, mais CISM a su s’adapter à ces changements, tout en restant fidèle à ses ambitions des débuts : servir de haut-parleur à la scène alternative.

Retour sur un quart de siècle de musique émergente avec le directeur de la programmation, Étienne Dubuc.

URBANIA : CISM a toujours eu un côté “dénicheur de talents”. Quels sont les artistes qui, selon toi, ont le plus marqué l’histoire de la radio?
Les Trois Accords, c’est un peu grâce à eux que les gens ont compris le mandat de CISM. Ils ont explosé dans le monde commercial, mais avant ils avaient déjà fait forte impression à CISM avec leur chanson Hawaïenne.

Par la suite, on a aussi beaucoup encouragé Karkwa, avant qu’ils gagnent le prix Polaris. Plus récemment, Bernard Adamus est quelqu’un qu’on a pas mal poussé. Il a réussi à rapidement toucher un plus grand public. Aujourd’hui, les artistes alternatifs ont tendance à rester moins longtemps dans la marge qu’au début des années 90.

URBANIA : Quelle a été la période charnière dans l’évolution de la radio?
Au début des années 90, on avait une vision un peu plus large de la musique qu’on jouait. Mais assez rapidement, il y a eu un remodelage, autour de 1994 et 1995 pour aller vers des trucs plus émergents. Et c’est l’explosion de la scène montréalaise de 2002 à 2006, avec Malajube, Les Trois Accords, Arcade Fire, qui a beaucoup aidé CISM à s’établir comme une référence dans la musique alternative, en servant de tremplin pour tous ces groupes. C’est à peu près aussi à ce moment que CISM a arrêté de faire de l’information régionale avec des bulletins de nouvelles aux 2 heures, pour devenir une radio beaucoup plus musicale.

URBANIA : Comment définirais-tu le son de la marge?
Je te dirais que c’est un son sans compromis qui transmet un vrai désir de créer quelque chose d’unique, et une vraie passion. C’est tout le contraire d’un produit fait dans un moule. On recherche jamais une perfection au niveau de l’enregistrement. Même si ce n’est pas parfait, ça nous dérange pas forcément du moment qu’il y a quelque chose de très personnel, un angle intéressant dans la composition et dans les textes.

URBANIA : Quels sont vos derniers coups de cœur en 2016?
Au niveau du hip-hop, il y a des gens comme Brown ou Rednext Level qu’on encourage pas mal. Il y a aussi un groupe Les Hôtesses d’Hilaire qui a déjà quelques années d’expérience derrière la cravate. Mais ils ont vraiment touché quelque chose avec leur dernier album, Touche-moi pas là, le 3e en 3 ans. Depuis quelques mois, on joue souvent Mon Doux Saigneur. Il n’a pas encore d’album complet, mais on sent quelque chose chez lui.

URBANIA : On retrouvera certains de ces artistes aux concerts que vous organisez à Montréal pour vos 25 ans…
Exactement, c’est un mini-festival sur 3 soirs. Ça commence le 31 mars, avec We Are Wolves au Divan Orange. Ce sont des pionniers de l’émergence montréalaise, avec une dizaine d’années d’expérience. Ils ont une des chansons les plus jouées à CISM, Magique. Le 1er avril, à la SAT, on a Loud Lary Ajust, qui est l’un des plus gros phénomènes hip-hop au Québec dans les 2-3 dernières années. Il y a aussi ce soir-là Brown et Rednext Level, qui ont déjà fait quelques shows à Montréal. Et le 2 avril, on a Galaxie, Les Hôtesses d’Hilaire et I.D.A.L.G.

À l’image de CISM chez nous, Pitchfork est devenu aux États-Unis, une référence musicale incontournable. En 20 ans et quelques, ce simple blogue créé par un étudiant du Minnesota, Ryan Schreiber, a servi de tremplin à de nombreux artistes, tels les Canadiens d’Arcade Fire qui ont explosé sur la scène internationale grâce à Pitchfork.

Réalisée par le journaliste Fabien Benoit, la série Dig it!, à retrouver en exclusivité sur URBANIA, a consacré un épisode à ces “prescripteurs du cool”.

Pour lire une autre entrevue de Malik Cocherel : “Entretien avec une dominatrice”

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