Si je perds connaissance, stp, aide-moi donc

Il est de ces moments où l’on se sent très seul. Comme quand on s’évanouit dans le métro et que pas le yâbe intervient.

LA ROUTINE.

C’était il y a deux ans. J’étais, comme à chaque année, mue par ce puissant désir/frénésie d’acheter mes cadeaux de Noël au Salon des métiers d’art. Déjà, c’est pas une bonne idée. Pour moi. Mes proches. Ils ne comprennent jamais mes choix de racks à brosse à dents moulés à même les gonades d’un monsieur qu’on connaît pas. Le bonheur que j’ai à encourager la petite dame qui tilte de la paupière en m’expliquant le procédé de fabrication de ses supports à bananes dans son sous-sol de Blainville.

Bien sûr, je fais toutes les foires à la page. Je suis hystérique. Mais on dirait que je ne peux me résoudre à abandonner ce pauvre Salon. Pauvre caille. Il est si seul, avec ses petits sacs de taille en pelures de goyave et ses semelles de toupette d’Alpaga. JE VEUX LUI PORTER SECOURS (j’ai mon RCR).

Et chaque année, je fais une pierre (marcotte) deux coups: je donne du sang.
Oh, je ne suis pas SI courageuse et assidue à la Héma-Québec. C’est juste facile, parce que la clinique est juste là. Là, là. À côté des marches qui mènent aux semelles thermiques. C’est presque égoïste. À chaque don, les petites préposées à la main tremblante sont tellement reconnaissantes. Je me sens comme un Prince à New-York. Et j’ai l’impression de sauver les Philipines à moi seule chaque fois qu’elles m’accueillent. Ça me rend pas mal fière-pet. Et après, je mange un biscuit.

Toujours est-il, donc, qu’après ma tournée de kiosques à poterie, je m’y suis arrêtée, fidèle, petite veine de bras gorgée de complaisance, PRÊTE À DONNER LA VIE.

Comme d’habitude, toute a ben été.

La madame a pas trouvé ma veine tusuite. Y’a fallu que je pétrisse un papier brun jusqu’à dissolution complète dans ma sueur de paume pour réussir à me stimuler le flux. Trop de temps plus tard, la fiole était pleine.

Oh que je marchais drette. Tête haute, poitrail au vent, je vous dis que mon devoir de citoyenne, je venais de le faire. TASSEZ-VOUS, QUE JE MANGE MA BARRE TENDRE.

Les petites dames y tiennent tant.
Même si j’ai jamais faim. Même si le jus est tablette. Ça fait partie du rituel.

–    Ne faites aucun effort physique dans les prochaines heures, ma belle fille.
–    Oui, oui, madame. Je sais. Je connais ça, les dons de sang.

*regard complice*

Sur le point de quitter, un spasme de folie consommatrice s’empare de mon pelvis et sans que j’aie le temps de me rendre compte de ce qui se passe, je suis après acheter un pouf.
Ça me prenait un pouf. Allez savoir.

Ça fait que pouf trop cher aux bras, je quitte le Salon. Il est pas si lourd.  Ça le fait. C’est pas tant un effort physique. Je marche le long couloir du métro Place Bonaventure. Je me trouve pas-pire.

J’entre dans le métro. J’ai chaud. Ça doit être ma coiffe moscovite. Me me dégreye.
Et un début de déni s’installe délicatement dans ma nuque. Soudainement, je feel pas bien. Mais je fais semblant de rien. Je sais pas ce qui m’arrive, mais je sais que c’est pas une bonne affaire.
JE ME SENS DOUCEMENT QUITTER.

Je m’accroche. Y’est pas né celui qui va me swinger vers la lumière.
Je sue de la moustache, ma station arrive bientôt. Garder les yeux ouverts.
Touuuute va ben aller (ÇA VA PAS PANTOUTE).

Laurier. Je sors, vascillante, accrochée à mon pouf comme la misère su’l pauvre monde.
L’escalator est en panne. Of course.

J’entreprends donc l’ascension à la mitaine. Avec mon sapristi de pouf. À chaque marche, la pression monte dans ma tuque. Je vois des picots. C’est la première fois que je vois des picots. Les picots, c’est pas bon signe. C’est tout ce que je sais. Mais je suis au milieu de l’escalier, c’est pas le temps de perdre la carte.

Je poursuis ma montée, pas toute à moé. Y’a du monde à’messe. Ça se poussaille. C’est «en beau caltor que l’escalator fonctionne pas». Ne manque qu’une toune de Tricot Machine pour souligner toute la féérie du beau moment que tout le monde est après passer.

Arrivée de peine et de misère en haut, ça y est. JE ME SENS PARTIR.

Je ne panique pas, mais shite de marde, j’ai pas le goût de perdre connaissance dans le métro.
Aux tourniquettes. Avec mon esti de pouf à marde.

Puis, mes genoux lâchent. Je tombe. Mais doucement.
Je suis du genre qui veut pas déranger. Ça fait que je tombe à demi, SUR LE POUF. Un évanouissement empreint de grâce au milieu du métro Laurier.

Ben viande à chien, y’a pas un chat, NULLE ÂME, qui m’a aidée. Qui m’a demandé si mes blues passaient dans’ porte. T’auras jamais vu du monde habilement contourner un corps mort de même. Bon. j’avais certainement pas l’air d’un prix Nobel. Mais je pense pas que j’avais l’air dangereuse. Ou atteinte de la peste noire. Juste d’une fille en manteau de cachemire qui est après mourir un peu. Qui a peut-être besoin des paramédics.

J’ai dû rester là cinq bonnes minutes, échouée.
C’est long, cinq minutes, au milieu de la place – et quand je dis au milieu, c’est que j’étais VRAIMENT dans le chemin de toute le monde, stratégiquement affalée DANS les tourniquettes, ou presque. Et je vous dis qu’on me contourna avec l’habileté d’un athlète. Pour ça, des médailles d’or de l’évitement se sont perdues, c’te veillée-là.

Je savais ce qui m’arrivait. Je restais calme. Je me demandais juste combien de temps j’allais être prise dans c’te fâcheuse posture. À pas être capable de me relever. PARMI TOUS CES GENS.

Ça fait qu’aujourd’hui, j’ai une petite pensée pour cet itinérant qu’on enjambe en sacrant. Pour la madame qui descend les marches seule avec son gros pousse-pousse rempli de bébés. On est-tu si pressés que ça? Y a-t-il TANT urgence de faire fi de son prochain? On le fait pourtant avec tant de savoir-faire. Et quand tu le vis, c’est frappant en crime bine, je vais vous dire.

Le jour du pouf, j’aurais pu être après mourir, viarge.

Mais bon. Malgré cette mésaventure, talleure, je retourne donner du sang. Et si je sacre le camp sur la place publique, j’espère ben que tu vas me ramasser.

La bise.

Ps tendresse :: si tu donnes du sang, va pas charvoyer un pouf, après. C’est PAS une bonne idée.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

La leçon de l’esti de gros rat dégueulasse

Ça prend parfois un gros criss de rat dégueulasse dans notre vie pour nous enseigner quelques petites leçons, aussi traumatisantes soient-elles.

Dans le même esprit