Sex and the City fête ses 20 ans, « and I couldn’t help but wonder… »

Lorsque Sex and the city a débuté, le 6 juin 1998, j’avais 12 ans. J’étais loin d’être le public cible de cette comédie dramatique sur le sexe diffusée sur HBO, une chaîne de télévision payante américaine. À cette époque, je ne savais pas encore que SATC aurait non seulement un impact sur la télé que nous allions tous regarder dans les années à venir, mais qu’en plus d’en être un télévisuel, le phénomène en serait également un de société.

Dix ans plus tard, j’avais vu tous les épisodes et je ne voulais rien de moins que de vivre dans cette série. J’enviais cette fabuleuse vie à Manhattan, en talons hauts avec un Cosmo à la main, alors que moi je buvais de la bière au Saint-Éli après un cours à l’UQAM. Les personnages étaient mes amies et, comme la plupart des fans, je me reconnaissais tellllllement en elles. J’admirais la force de caractère et l’ambition de Miranda. Je comprenais l’appétit sexuel de Samantha. Je me savais secrètement-pas-si-secrètement romantique et rêveuse comme Charlotte. Et j’étais Carrie, avec toutes ses boucles, ses qualités et ses imperfections.

Vingt ans plus tard, le coffret DVD que j’ai acheté lors de la fermeture d’un club vidéo ramasse la poussière, j’ai pleuré de joie au cinéma lors des génériques des deux films qui étaient vraiment mauvais en fin de compte, j’ai fait 372 quiz Buzzfeed sur la série (et bonne nouvelle, je suis toujours Carrie !) et j’ai comparé, comme tout le monde, SATC à Girls.

Oui, le temps a passé… et pas mal tout a été fait ou dit sur Sex and the city. Pour le 20e anniversaire,  voici un rappel des faits et surtout quelques souvenirs.    

Son impact sur la télé

En 1998, tout le monde regardait des films. En 2018, tout le monde écoute Netflix. En deux décennies, plusieurs changements ont eu lieu dans l’univers culturel dont ces trois phénomènes. D’abord, il y a eu le début des émissions de grande qualité qui sont devenues une forme d’art et de divertissement tout aussi appréciée que le cinéma. Puis, ces bonnes séries, ont changé pour de bon la façon de produire de la fiction télé. Et enfin, les habitudes de consommation télévisuelles et surtout les services d’abonnements sur différentes plateformes ont pris de plus en plus de place.

Quand on pense aux titres qui ont massivement participé à ce mouvement, une chaîne et trois séries reviennent à tout coup : Six feet under (en 2001 sur HBO), The Sopranos (en 1999 sur HBO) et, bien sûr, Sex and the city (en 1998… sur HBO). Alors si 20 ans plus tard vous croyez encore que SATC n’est qu’une série de filles un peu quétaine, vous êtes dans le champ. Son influence est indéniable.

Sex and the city c’est six saisons (de 1998 à 2004), 94 épisodes, sept Emmy Awards et huit Golden Globes.

C’est également la naissance des personnages anti-héros féminins. Carrie n’étant pas l’archétype de la femme heureuse et chaleureuse, mais plutôt celle de l’anxieuse égocentrique qui prend des mauvaises décisions, elle a pavé la voie aux Meredith Grey (Grey’s Anatomy), Hannah Horvath (Girls) et Valérie Danault (Lâcher prise) du petit écran.

Carrie n’étant pas l’archétype de la femme heureuse et chaleureuse, mais plutôt celle de l’anxieuse égocentrique qui prend des mauvaises décisions, elle a pavé la voie aux Meredith Grey (Grey’s Anatomy), Hannah Horvath (Girls) et Valérie Danault (Lâcher prise) du petit écran.

Sex and the City a aussi contribué au fait qu’il était dorénavant plus naturel d’entendre des jurons et du langage cru plus proche de la réalité, à la télé. Samantha disait le mot « fuck » plusieurs fois par épisode. On ne pouvait pas en dire autant d’aucune des dames de Golden Girls. On a aussi eu droit à de nombreux « pussy », à Miranda intriguée : « He licked my butt (…) are we doing this now ?» ou encore au banquier qui criait : « You fucking bitch, you nasty whore » lorsqu’il avait un orgasme grâce à Charlotte. Aujourd’hui, il n’y a pas une émission où on n’entend pas sacrer.

Est-ce que c’est la seule raison pour laquelle on est passé de « viande à chien » à « criss » entre la première et la deuxième version des Pays d’en haut ? Bien sûr que non. Mais ça a fait partie de l’évolution.

Et, surtout, en plus de parler de sexualité, SATC en montrait. C’est le début de la normalisation de scènes de nudité et de relations sexuelles un peu plus explicites dans les séries télé. En 1998, à part en regardant Bleu Nuit, on ne pouvait voir pratiquement nul à part ailleurs à la télévision des couples baiser ou des femmes se faire plaisir en solo. Maintenant dans quelle émission on ne voit pas de scènes de sexe ? Il y a eu évidement Girls et Master of Sex, mais aussi Orange is the new black, Game of thrones, ShamelessTrop., Cheval-Serpent, Fugueuse. C’est partout.

Son impact sur la sexualité féminine

Des tonnes d’articles, des thèses universitaires et même des études économiques ont démontré que la série a un impact sur la façon dont plusieurs ont ensuite vu leurs relations amoureuses, l’amitié féminine, la mode et l’achat des produits de luxe.

Mais le principal impact social de Sex and the City, c’est d’avoir brisé des tabous et d’avoir abordé des sujets encore peu discutés en lien avec la sexualité féminine. Tu penses à qui quand tu te masturbes ? Épiles-tu ton pubis ou pas ? Es-tu excitée quand tu entends tes voisins faire l’amour ? Ah ouais, un vibrateur ça coûte 92$ ? Ménopause, ITSS, avortement, fertilité, allaitement, cancer du sein, fellation, relations homosexuelles (bien que trop peu abordées) … tout ou presque a fait l’objet d’un épisode ou d’une scène mémorable.

Ces questions ont l’air banales, voire même risible de nos jours. Surtout lorsqu’elles sont écrites par URBANIA. Mais plusieurs personnes et surtout beaucoup de femmes n’avaient jamais entendu parler de sexe aussi ouvertement et sans gêne avant.

20 ans plus tard, ça fonctionnerait ou pas ?

Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha sont quatre célibataires ouvertes, autonomes financièrement (même si cet aspect demeure intriguant) et indépendantes. Mais elles sont aussi blanches, riches, minces et hétérosexuelles. Cette série ne représente donc qu’une infime partie de ce que peut (et devrait idéalement) être le féminisme.

Bien que j’aie adoré cette série et qu’elle m’ait procuré beaucoup de plaisir à travers les années, je suis tout de même très critique envers de nombreux aspects de Sex and the city. Est-ce que ça a bien vieilli ? Oui et non. Si les références à internet ou aux ordinateurs sont plutôt drôles, d’autres épisodes, dont celui où Samantha insulte ses voisines trans, ne passeraient pas à notre époque.

On a beaucoup parlé, à l’époque, du féminisme présent dans cette série. Mais ce féminisme est assez vanille. Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha sont quatre célibataires ouvertes, autonomes financièrement (même si cet aspect demeure intriguant) et indépendantes. Mais elles sont aussi blanches, riches, minces et hétérosexuelles. Cette série ne représente donc qu’une infime partie de ce que peut (et devrait idéalement) être le féminisme.

Sex and the city a défoncé des portes et déclenché des débats, mais, au final, son histoire ne s’éloigne pas tellement du conte de fée. On n’a qu’à penser à la finale. (Même si oui, j’ai pleuré.) De plus, la série ne passerait pas le Test Bechdel puisque les héroïnes parlent con-stam-ment des hommes. Il y a beaucoup de sexe et de désinvolture dans leurs histoires, mais elles se retrouvent ou souhaitent se retrouver principalement dans des modèles très conventionnels : une relation amoureuse qui fonctionne, un mariage, la maternité. Et, on va se le dire, elles ont beaucoup de mal à se passer des hommes.

Comme Carrie qui entretenait une relation dysfonctionnelle et malsaine avec Mr. Big. (Humm… Comme j’ai pleuré de joie quand elle a fini avec lui, ça en dit long sur moi.)

Charlotte qui cherchait encore et toujours le grand amour pour être heureuse.

Même Miranda, plus réaliste, partageait les angoisses de ses amies.

Il n’y a que Samantha qui ne voulait rien savoir des conventions sociales.

Malgré son ton résolument moderne pour l’époque, est-ce que cette série connaîtrait le même succès si son premier épisode était diffusé le 6 juin prochain ? Encore une fois, oui et non. Les choses ont évolué depuis vingt ans… mais il reste que les enjeux et les émotions qui nous préoccupent en 2018 sont assez similaires et parfois exactement les mêmes que ceux qui habitaient ces personnages en 1998. La place des femmes, nos relations amoureuses, notre sexualité, nos amitiés, notre quête d’identité. La série n’avait assurément pas toutes les réponses, mais comme personne ne les encore trouvées, il est encore possible de s’amuser en regardant les vieux épisodes. Absofuckinglutely.

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