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URBANIA et le parcours d’art public PASSAGES INSOLITES s’unissent, dans le cadre de sa 9e édition, afin de souligner la pertinence de l’art engagé dans la société, plus particulièrement face à la crise des migrant.e.s.
L’art politique a toujours été un vecteur de communication important pour les mouvements d’opposition et les groupes politiques engagés. Une des forces de la culture sous toutes ses formes est qu’à sa façon, elle fait acte de porte-voix quand vient le temps d’évoquer les enjeux sociaux et de dénoncer l’injustice, en plus de témoigner de la mémoire humaine.
La crise des migrant.e.s est grandissante. L’ONU estime qu’il y a actuellement 26 millions de réfugié.e.s dans le monde, le nombre le plus élevé enregistré depuis la Seconde Guerre mondiale. Chaque année, des centaines de personnes périssent en tentant d’effectuer les traversées maritimes et terrestres dangereuses pour échapper au climat de guerre de leur pays – un enjeu terrifiant soulevé par de nombreux et nombreuses artistes, qui par leur travail dénoncent son impact sur l’humanité depuis des décennies.
Voici donc quelques œuvres marquantes qui, au fil de l’histoire, ont su témoigner de la réalité des réfugié.e.s.
L’artiste multidisciplinaire Ai Weiwei est né en Chine en 1957. Créateur et architecte reconnu internationalement pour son art à connotation politique, il est considéré comme un pilier de la liberté d’expression en Chine. Il étudie l’art à New York à la fin des années 1980, où il se fait un nom grâce à sa démarche activiste et ses œuvres criantes. Rapidement reconnu comme une figure incontournable de l’art subversif, il expose ses créations partout dans le monde depuis les années 1990.
En 2016, Weiwei crée une œuvre saisissante, qui souligne le désespoir des réfugié.e.s qui mettent leur vie en danger en mer pour tenter d’échapper aux violences de la guerre. L’artiste récupère 14 000 gilets de sauvetage jetés autour de Lesbos, une île grecque reconnue comme étant une porte d’entrée vers l’Europe pour les réfugié.e.s, qu’il installe ensuite dans divers paysages politiques un peu partout dans le monde. Les milliers de vestes fixées sont ensemble, dressées tel un mur, évoquant les délimitations frontalières, une image qui nous confronte à la réalité et à l’amplitude de la crise migratoire.
Cet été, Life Jackets recouvrira les fortifications de la Batterie royale du Vieux-Québec, une première nord-américaine. Ce contexte n’est pas anodin : la fortification militaire est un ouvrage de défense construit en 1691 pour contrecarrer l’invasion anglaise, un symbole d’exclusion territoriale qui, en plus de faire écho aux racines migratoires de la colonisation européenne, vient renforcer le propos de l’artiste.
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Le 18 avril 2015, un bateau de pêche conçu pour 20 passager.ère.s transporte plus de 800 réfugié.e.s subsaharien.ne.s sur le canal de Sicile. L’embarcation chavire et coule à la suite d’une collision avec un navire marchand portugais qui tentait de venir à son secours. Sur les centaines de réfugié.e.s à bord, seulement 28 personnes survivront. Cet événement tragique est considéré encore aujourd’hui comme le pire naufrage de la Méditerranée.
The Son of a Migrant from Syria apparaît sur les murs de Calais, en France, où se trouve un campement comptant plus de 5 000 réfugié.e.s et demandeur.euse.s d’asile en provenance de Syrie, d’Afghanistan, du Darfour, d’Irak et de l’Érythrée. À l’époque, le campement, surnommé « La jungle de Calais », héberge depuis plus de 30 ans des milliers de migrant.e.s qui tentent d’entrer au Royaume-Uni par le port de Calais.
Son œuvre se démarque par son approche humaine et intimiste et nous permet d’être témoins, à travers sa lentille, de la réalité accablante des réfugié.e.s forcé.e.s. Les années passent et la mission du photographe perdure : Etter est actuellement en Ukraine, où il documente la réalité des soldats et du peuple ukrainien.
On vous invite d’ailleurs à consulter l’entièreté de son projet ici.
Artiste multidisciplinaire et architecte de formation, Alfredo Jaar fait ses débuts dans le monde de l’art à la fin des années 1970. Reconnu pour ses œuvres engagées et sa démarche particulièrement politisée, Jaar s’immisce dans des environnements socialement et politiquement précaires afin d’en faire la documentation.
En 1991, il visite une série de camps de détention pour les réfugié.e.s vietnamien.ne.s en recherche d’asile situés à Hong Kong, un environnement qu’il documente pendant des années dans le cadre de son projet The Hong Kong Project. Au moyen de diverses installations et expérimentations photographiques, l’artiste tente d’éveiller la conscience collective en critiquant les rapports de force et l’injustice de la situation.
Yoko Ono et sa mère fuient le Japon pour immigrer en Amérique dans les années 1950, juste après la Seconde Guerre mondiale, une expérience identitaire qui teintera sa démarche artistique tout au long de sa carrière. Elle consacre sa vie à l’activisme, au féminisme et à l’art conceptuel, une précurseure dans le monde de l’art performatif.
L’œuvre collective prend vie pendant 50 ans, combinant la pensée collective du passé à celle du présent, le tout dans une marée de peinture bleue qui donne l’impression que l’embarcation est désormais sous l’eau.
Felix Nussbaum, un peintre juif né en Allemagne en 1904, est reconnu pour ses œuvres surréalistes et ses autoportraits lourds de sens. Il s’installe en Belgique à la veille de la Seconde Guerre mondiale, où il peint The Refugee, une œuvre qui témoigne de son désespoir face à l’ombre grandissante de l’Allemagne nazie sur l’Europe et de l’absence de refuge pour ses victimes.
En 1940, l’artiste est arrêté et envoyé dans le sud de la France, dans un camp de concentration dont il réussit à s’enfuir pour vivre caché à Bruxelles. En 1944, après avoir peint deux autres de ses œuvres les plus évocatrices, Self Portrait with Jewish Identity Card (1943) et Triumph of Death (1944), il est capturé et envoyé à Auschwitz, où il décède.
Ses œuvres sont actuellement exposées au Felix Nussbaum Haus, un musée érigé en son honneur à Osnabrück, en Allemagne.
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Quatre ans plus tard, à l’occasion de la 58e Biennale d’art de Venise, l’artiste Christoph Büchel expose l’épave du bateau sur l’un des quais de l’Arsenal. L’installation est percutante. Les 50 tonnes d’acier éventrées parlent d’elles-mêmes : il s’agit d’une importante critique du régime italien, qui ferme les yeux sur une crise politique d’importance. L’installation est qualifiée de monument de la migration contemporaine et sera considérée comme l’une des œuvres les plus percutantes du monde de l’art en 2019. À ce jour, elle demeure un éternel symbole de la tragédie humaine et du traumatisme de la migration forcée en Europe.
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L’œuvre de Banksy dépeint une représentation de Steve Jobs dérivée d’une photo d’Albert Watson. On y observe le fondateur d’Apple, sac baluchon à l’épaule et ordinateur Macintosh à la main, représentant un migrant syrien. Cette critique du traitement reçu par les réfugié.e.s de Calais est une référence directe aux antécédents familiaux de Steve Jobs, ce dernier étant le fils d’un réfugié syrien immigré en Amérique après la Seconde Guerre mondiale.
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Dans la même série, Banksy réinterprète Le Radeau de la Méduse (1819), le célèbre chef-d’œuvre de Théodore Géricault, qui a su saisir la violence et le désespoir d’un terrifiant moment historique du 19e siècle. Les thématiques de la toile d’origine s’entremêlent parfaitement aux enjeux sociaux soulevés dans la réinterprétation de Banksy, qui se trouve à quelques mètres du bureau de l’Immigration à Calais, ce qui la rend d’autant plus porteuse que l’œuvre originale. On y observe un luxueux yacht naviguant aux côtés d’une pyramide de corps entremêlés et en détresse, critique d’une société matérialiste qui s’entête à ignorer l’existence et la souffrance des réfugié.e.s.
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Le photojournaliste et lauréat du prix Pulitzer Daniel Etter consacre jusqu’à ce jour sa carrière à documenter divers enjeux sociaux politiques majeurs. En 2010, diplôme de sciences politiques en poche et appareil photo en main, il se lance dans un long projet photojournalistique sur le grand thème de l’inégalité sociale. Son projet Exodus – Stories of Migration, mené sur cinq ans, documente la crise des réfugié.e.s en Europe à l’aide d’une série de photos complètement déchirante.
Lors de sa visite au centre de détention pour réfugié.e.s de Pillar Point, Jaar se fait suivre par une jeune réfugiée vietnamienne nommée Nguyen Thi Thuy, dont il prend quatre portraits. A Hundred Times Nguyen, l’œuvre la plus importante du projet, est simple mais d’une grande puissance. De la pluralité et la répétition des portraits de l’enfant résulte une composition à la fois douce et percutante. Une installation qui deviendra emblématique pour sa forte symbolique et son message de conscientisation aux enjeux des réfugié.e.s du monde entier. Jaar est aussi reconnu pour son projet Rwanda Project, une série d’œuvres portant sur le génocide rwandais, sur lequel il travaillera de 1994 à 2000.
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En 1960, soit 10 ans après son arrivée aux États-Unis, Ono expose sa sculpture interactive And Color (Refugee Boat) au port de Manhattan, autrefois reconnu comme un épicentre pour les immigrant.e.s, réfugié.e.s, marchands et travailleurs de la ville. L’installation comporte une chaloupe complètement blanche placée dans un espace vide. Le public est invité à y peindre ou écrire ce qu’il veut, transformant tranquillement l’espace épuré en chaos graphique.
Yoko Ono – Add Color (Refugee Boat) (1960/2019)
LAST TWO DAYS – June 28 & 29, 12-8pm
203 Front Street, Seaport District, New York, NY 10038Add Color (Refugee Boat) (1960/2019) is an interactive installation conceived of by visual artist Yoko Ono. pic.twitter.com/6sayICPvWe
— Yoko Ono ☮️🏳️ (@yokoono) June 28, 2019
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En plus de l’incroyable œuvre de Ai Weiwei qui sera exposée à Québec de juillet à octobre, PASSAGES INSOLITES propose pour sa 9e édition un programme grandiose et engagé à ne pas manquer. Découvrez le parcours d’œuvres extérieures, le musée Bad Art regroupant une soixantaine d’œuvres à l’esthétique douteuse, ainsi que le tout nouveau balado Soif d’insolites animé par l’ambassadrice de l’événement, PONY. Les œuvres du parcours permettront d’ouvrir des espaces de rencontre, de réflexion et de réconciliation autour de questions touchant, entre autres, l’environnement, la décolonisation et la géopolitique. Pour en savoir plus sur tout le programme, c’est juste ici!