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Se joindre au 1 % par une gosse

Se joindre au 1 % sur une gosse

Attendre que ça fasse mal n'est pas un plan.

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J’aimerais bien penser que ce 1 % fait référence à être ultra riche, mais il n’en est rien. Ce texte tomberait à point pendant le mois de novembre, alors que la moustache est à l’honneur pour la sensibilisation aux cancers typiquement masculins, mais le cancer se fiche pas mal du calendrier.

Si ce texte vous arrive en janvier, ce n’est ni à cause de la moustache ni du calendrier, mais bien parce que je viens d’apprendre que mon unique bijou de famille restant a maintenant lui aussi l’allure d’une tumeur.

Fragment de vie

En 2013, c’est en regardant un match de l’Impact de Montréal que j’ai subitement ressenti des douleurs intenses et incessantes à l’entrejambe. Le lendemain, une médecin d’une clinique sans rendez-vous un peu mal à l’aise m’inspectait la poche pour conclure : « Si j’étais vous, j’irais à l’urgence. »

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On m’a conseillé de me rendre au Centre hospitalier St Mary, où l’attente était supposément moins longue. Douze heures plus tard, je quittais les lieux, les larmes aux yeux de douleur après des injections d’antibiotiques, une dans chaque fesse. Je ne me souviens plus trop pourquoi, mais je crois que c’était à titre préventif.

Le lendemain, on me convoque pour une consultation avec un urologue-oncologue, « présentez-vous au deuxième étage et demandez la cystoscopie ». En faisant une recherche en ligne, j’ai paniqué à l’idée de subir une telle procédure. Finalement, cette panique était inutile, car l’urologue-oncologue passait sa journée dans cette salle d’examen et souhaitait simplement me voir entre deux patients. Je l’ai rencontré pour la première fois, les culottes baissées dans une pièce de fournitures adjacente à ladite salle d’examen. Une consultation express s’en est suivie, entre les jaquettes d’hôpital et des boîtes de gants chirurgicaux.

Après une échographie, c’est le lendemain qu’il m’a convoqué dans son bureau. L’imagerie ne laissait aucun doute : sur l’écran d’ordinateur, mon testicule droit n’était qu’une masse noire informe. Ma couille zombie était remplie d’un cancer non-séminome, un cancer non agressif et commun pouvant apparaître chez les hommes entre l’adolescence et la trentaine. « Si t’étais obligé d’avoir un cancer et que tu pouvais le choisir, c’est celui que tu prendrais », m’a-t-on dit, en guise de réconfort.

J’étais donc chanceux dans ma malchance et 36 heures après la tombée du verdict, je passais sous le bistouri.

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Par la suite, j’ai été suivi pendant 10 ans à coups de scans, rayons x et prises de sang. En décembre 2023, voyant que tout allait bien, mon médecin a jugé qu’on pouvait arrêter de se voir.

À tâtons

Cette rupture ne signifiait toutefois pas que j’étais sorti du bois. À la suite de notre dernier rendez-vous, mon médecin m’a recommandé d’inspecter régulièrement mon bijou de famille restant en prenant ma douche. Au fil des ans, je l’ai fait avec de moins en moins d’assiduité. On m’a dit que tout allait bien, donc je n’y pensais plus trop.

Puis, il y a quelques semaines, en prenant ma douche, une voix m’a enjoint de m’inspecter la gosse. Je l’ai trouvée grosse. Plus intrigant encore, je la trouvais dure et je ne ressentais aucune douleur alors que cet examen n’était habituellement pas la chose la plus confortable.

« C’est weird. Ma couille, j’la trouve grosse et dure comme une roche », ai-je lancé banalement à mon épouse.

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« Appelle ton doc lundi », m’a-t-elle répété tel un mantra et allant jusqu’à le slider dans mes DMs une fois de retour au bureau après les Fêtes. J’ai fini par abdiquer mon rôle de dude typique qui ne donne aucune suite à ses observations médicales anormales pour prendre le téléphone. Aucune réponse, juste un message préenregistré me proposant de rappeler. Je l’ai fait à quelques reprises, sans jamais réussir à avoir la ligne.

Le lendemain, c’est mon épouse qui m’appelle et m’avise que la secrétaire va me rappeler. « Tu fais ça dans mon dos ? », dis-je à la blague, comme s’il s’agissait d’un acte répréhensible. Quelques minutes plus tard, j’avais un rendez-vous pour une échographie et un suivi avec le doc quelques jours après.

Dans la marge du 1 %

Ça fait plusieurs jours que je ne dors que très peu. « L’imagerie de l’échographie est très anormale. » J’ai encaissé la phrase sans broncher dans la chaise peu confortable du bureau de mon doc. Les chances que mon testicule subisse le même sort que l’autre sont de 1 à 2 %. Une marge tellement minime qu’elle me remplit d’inquiétude.

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J’ai aussi passé des prises de sang et j’attends un appel pour un scan qui devrait arriver dans les prochaines 48 heures. Entretemps, je me questionne : et si c’était une récidive ? Si c’est anormal, ai-je du cancer ailleurs dans le corps ? Est-ce une autre sorte de cancer, cette fois plus agressif ? Avions-nous des assurances voyages ? Parce que le 3 février, je devais partir dans le Sud pendant une semaine. Mon doc, lui, aimerait que tout soit réglé d’ici 10 à 14 jours.

C’est évident que je serai bientôt de retour dans la salle d’opération, la signature des papiers pour une biopsie laisse peu de doutes. On voudra analyser le caillou aussitôt qu’il sera sorti du sac afin de déterminer la suite, le type de suivi et/ou les thérapies.

Égoïsme d’œuvre utile

Chez URBANIA, je ne fais pas partie de l’équipe qui écrit. Je suis plutôt celui qui coordonne des talents en postproduction au département des productions originales.

Mais je sentais un besoin d’exutoire pour tout ce qui m’habite en ce moment. Si ça peut pousser des gars comme moi qui attendent d’être en douleur pour enquêter sur leur état de santé, tant mieux. Soyez égoïstes, mes frères ; votre santé n’est pas macho et chercher de l’aide ne fait pas de vous des sous-hommes. Je ne suis pas artisan de mon malheur médical, mais je suis responsable de ma santé.

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Y’a rien de faible là-dedans. On connaît tous un ami qui « aurait dû en parler plus tôt ».

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