Se déchirer pour un chiffon ?

Le projet de charte a pointé le bout du nez quand je revenais de voyage, après avoir visité 23 pays, roulé 11 000 km, traversé des tas de cultures, côtoyé plusieurs religions et rencontré des gens de toutes les couleurs et de toutes les confessions. Je ne savais pas vraiment quoi en penser. Mais je savais que ça allait vite déraper.

Moi qui écris beaucoup sur tout, sur rien et surtout sur rien, je n’ai rien écrit sur le sujet. Sauf une fois, pour dire qu’on allait s’enfarger dans les voiles.

Que vouliez-vous que j’écrive d’autre?

Mon malaise face à la montée des intégrismes? Ma curiosité devant les mystères de la religion? Mon intérêt pour les traditions et l’histoire des hommes? Ma foi? Mon Dieu? Mon ouverture à l’autre? Mon regard d’immigrant intégré? Ma crainte de l’inconnu? Ma spiritualité? Mes questions sur la vie et la mort?

J’ai regardé mes amis mécréants grimper aux rideaux et remplir leurs murs Facebook de défenses sans concession des religions. J’ai assisté avec scepticisme à la sortie des Janettes. J’ai suivi avec étonnement des féministes se porter à la défense du symbole le plus visible de la soumission des femmes. J’ai lu des éditoriaux bien sentis qui étaient pour et d’autres tout aussi bien pensés qui étaient contre. Après trois ou quatre articles et chroniques tous aussi redondants les uns que les autres, j’ai arrêté.

J’avais le tournis. Et je ne savais plus quoi penser.

Je n’ai pas osé dire quoi que ce soit. De peur d’être traité de raciste, de crainte de passer pour un hystérique (les gens ont été prompts à injurier ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux), par paresse aussi, par fatigue, par manque d’arguments, par désintérêt.

Malgré tout, le débat que le PQ souhaitait lancer avait lieu. Dans le chaos, mais il avait lieu.

Pourtant, on oubliait l’essentiel. Parler de ce que l’on connaît, s’écouter, se comprendre, s’ouvrir.

La religion ne m’a ni brimé, ni étouffé, ni cassé. Au contraire. Elle m’a inspiré. Mais c’est une question personnelle qui m’appartient.

Et c’est pourquoi je crois normal de vivre dans un état laïc, c’est-à-dire libre de penser et de croire avec ses règles, ses droits et ses devoirs.

Le projet Toi, moi et la Charte permet de croiser d’autres histoires et de découvrir d’autres regards sur cette question importante qui méritait qu’on s’y penche enfin.

À quoi veut-on que la société dans laquelle nous vivons ressemble?

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