Savoir quitter la table

L’an dernier, une entreprise pour laquelle je travaille a annoncé qu’elle mettait 800 personnes à la porte. Évidemment, ce sont en grande majorité les jeunes travaillant dans cette entreprise fortement syndiquée qui ont écopé de ces restrictions budgétaires.

Pour éviter de sabrer trop fort dans cette force de travail, l’entreprise a offert aux « vieux » d’avantageux plans de mise à la retraite. Plusieurs ont accepté de quitter la table pour aller jardiner, jouer au golf, réaliser des documentaires. Bref, ils sont partis sans se retourner. Mais ce n’est pas tout le monde qui a accepté.

C’est dans ce contexte particulièrement difficile qu’un de mes collègues à tête blanche a accordé une entrevue au Journal de Montréal et a confié au « journaliste » (à l’époque, le journal était déjà rédigé par des briseurs de grève) qu’il n’accepterait pas l’offre; que c’était triste pour les jeunes, mais que même à 65 ans passés et après plus de trente ans au service de la société, il avait encore beaucoup à dire et beaucoup à apprendre. En lisant l’article, je suis tombée des nues. J’étais insultée. Écœurée. Personnellement. Beaucoup à apprendre ? Beaucoup à dire ? Même si je comprenais son souhait intime, j’ai reçu cette déclaration comme un message collectif, comme si les gens de ma génération n’avaient, eux, rien à dire et devaient attendre sur le banc ? ou, pire, dans le vestiaire ? que les baby-boomers tout-puissants aient terminé de se faire plaisir sur la patinoire pour qu’ils aient enfin le droit d’enfiler leurs patins et de compter quelques buts avec leurs mots, leurs idées et leur identité, avant d’avoir les cheveux blancs.

J’étais frustrée.

—-

Retrouvez l’intégrale de cette chronique dans le dernier numéro d’Urbania, Spécial Âge d’Or, en kiosque maintenant.

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