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Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

Sara, la huitième merveille du Lac

Ça prend un village pour faire une étoile (et casser mon cynisme).

17 septembre 2026
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J’ai lu et relu le courriel. Il était très clair, mais l’idée n’avait pas de bon sens.

Voyons donc.

C’est pas que je ne crois pas en Sara Dufour, mais c’est complètement fou de remplir un avion de journalistes pour les inviter à passer la journée en sa compagnie à Dolbeau-Mistassini. Même Charlotte Cardin y penserait à deux fois avant de nous payer le Uber jusque chez elle. Tout ça m’avait l’air d’un guet-apens élaboré par quelqu’un qui voulait se venger de la critique.

Vous me direz que j’ai le cœur pourri et vous aurez raison, mais c’est exactement pour cette raison que j’ai fini par accepter. Cette mystérieuse envergure entourant le lancement du nouvel album de Sara Dufour m’intéressait autant, sinon plus, que l’album en question. Avait-elle conclu une entente avec les motards ? Avait-elle ramené René Angélil d’entre les morts pour lui confier les rênes de sa carrière ? Tant de questions pour stimuler ma mauvaise foi.

Arrivé à l’aérodrome d’Air Creebec, ce qui me semblait une idée destinée à naître et mourir sur papier s’est finalement avéré bien concret. Accompagnés de l’équipe de Sara et de notre charmant, mais très rigoureux agent de bord Julien — qui a géré comme un champion mes angoisses de crasher, le mal des transports de Sabrina Cournoyer et la répartition du poids dans l’avion —, on s’est envolés tous ensemble vers Dolbeau-Mistassini sans trop savoir ce qui nous attendait. J’allais trouver des réponses à mes questions ou une hypothétique mort dans des souffrances atroces.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
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En plus d’être cynique, je suis anxieux. Je suis très le fun dans les partys. Wooh !

Passion Sara

Sur place, la formule ressemblait à celle d’un Club Med.

Dès notre sortie de l’avion, aux alentours de 11 heures du matin, nous sommes accueillis par nos deux G.O. non officiels, Patricia et Dominic (j’allais apprendre plus tard qu’il s’agit en fait de la sœur et du conjoint de Sara, respectivement), avant d’être dirigés vers — je ne vous niaise pas — un autocar aux couleurs de l’album. Un traitement VIP pour la star de la journée et pour nous.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
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En chemin vers l’autobus, je croise un mystérieux monsieur qui porte un t-shirt aux couleurs de Dufour Construction que je reverrai périodiquement au fil de la journée, sans jamais réussir à l’arrêter pour confirmer son identité. Cela dit, cette journée commence à prendre de fortes allures de projet familial. Du moins, c’est la première hypothèse qui me vient à l’esprit.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

Ce qui est évident, c’est que la journée a dû être onéreuse à organiser, mais les partis impliqués n’ont pas compté leurs heures ni leurs heures pour s’impliquer. Ça se voit : c’est un projet auquel tous tiennent à cœur. Ça se sent.

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Encore aucun signe de Sara alors qu’on nous emmène à l’hôtel de ville de Dolbeau-Mistassini, où le maire Rémi Rousseau nous attend pour nous souhaiter la bienvenue. La principale intéressée devrait aussi être présente.

La ville entière est clairement dans le coup, elle aussi très heureuse de toute cette attention médiatique. Sara nous expliquera plus tard que Dolbeau-Mistassini est l’une des dix villes les plus pauvres au Québec. Sa classe politique, tout comme ses résidents, est plus qu’heureuse de bénéficier d’uneoccasion de nous dévoiler ses charmes. Leur fierté est palpable, tout comme leur espoir. Sara n’est pas qu’une vedette : elle est une ambassadrice de la région.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
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Dans la ville, l’ambiance est à la fête. Au fil de nos déplacements, les résidents sortent sur leurs balcons pour être témoins des énergumènes de la ville venus écouter leur Sara. Les gens sont tout sourire, ça fait drôle. On se sent appréciés, comme de la visite qu’on voit trop rarement. Au fond, c’est un peu ça qu’on est.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

Après des allocutions du maire, du préfet de la MRC et de Sara elle-même, on se dirige vers une salle de spectacle où l’on assiste à la projection d’un documentaire réalisé par Philippe-David Gagné (que je salue d’ailleurs. On s’est pas rencontrés, mais je suis chum avec ton frère, Christophe) sur la création de l’album Dolbeau-Mistassini. S’ensuivent une prestation et, finalement, une rencontre avec l’étoile du Lac.

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Bleuet supernova

En toute transparence, Sara Dufour a du star power. Pas mal, même.

Peu importe ce que vous pensez de ses chansons (je l’aime bien, mais elle n’est pas exactement dans mon registre), lorsqu’elle performe sur scène, sa personnalité chaleureuse et magnétique transmet juste assez d’émotions pour aplanir tous les bémols. Elle pourrait chanter la chanson du Fatalatapouette de François Pérusse et réussir à vous émouvoir. C’est une qualité que peu d’artistes québécois possèdent. On comprend mieux sa musique lorsqu’on peut saisir le sens qu’elle fait pour elle.

Pour cette raison, Sara Dufour est l’une de ces artistes qui gagnent à être vue en spectacle.

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Sara interprète quatre chansons, puis prend le temps de discuter quelques minutes avec nous avant de nous laisser partir pour une pause dîner. J’en ai profité pour lui demander, à la lumière de tout le succès qu’elle connaît depuis quelques années, ce qui lui permettrait de qualifier son nouvel album de succès. « J’ai pas pensé à ça encore, mais ta question me rappelle une conversation que j’ai eue avec une dame qui m’a confié être une personne très anxieuse. Pour elle, sortir en public est très difficile, mais elle m’a vue en spectacle plus de 70 fois et s’est toujours bien sentie. J’aimerais que mon album contribue à ce feeling-là. »

Alors que je me pète les bretelles d’avoir vu Napalm Death six fois en spectacle, Sara Dufour est vingt ans plus jeune, et a des fans qui l’ont vue 70 fois. C’est le genre de lien qu’elle entretient avec son public.

Pause dîner bien méritée après notre échange, où j’ai partagé une baguette jambon-beurre avec mes nouvelles amies Laurie Dupont et Mélissa Maya Falkenberg. Égoportrait obligatoire pour rendre Hugo Meunier jaloux.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
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Le périple se poursuit en après-midi avec un premier arrêt au mythique Dépanneur Chez Pierrette, très présent dans l’imaginaire de Sara. Laurie et quelques autres membres du consortium en profitent pour se procurer des casquettes au nom du dépanneur et de leur maman ainsi qu’une quantité industrielle de bonbons. C’était le plus grand événement pour les Pierrette du Québec depuis la retraite de Pierrette Robitaille. L’association du diabète risque aussi d’en tirer profit.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

On poursuit vers les Halles du Bleuet, où nous sommes accueillis avec sourires, crèmes molles et divers produits dérivés à thématique bleuet. Si vous l’ignoriez, Sara est également ambassadrice du bleuet sauvage (elle en connaît un tabarslack de coup sur le sujet) et ses partenaires tenaient à prendre part à la journée. Mon confrère Louis-Philippe Labrèche du Canal Auditif tenait d’ailleurs à partager son appréciation de leur crème glacée aux bleuets. C’est vrai qu’elle est pas mal bonne.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

Finalement, la réponse à mon questionnement existentiel à savoir qui se trouve derrière cette journée s’impose d’elle-même.

Un peu tout le monde.

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Sara Dufour, c’est un monument public de Dolbeau-Mistassini. Elle incarne l’image et les aspirations de la région et, avec un album nommé en l’honneur de sa ville, elle livre la poésie du lieu sous son meilleur jour. Personne ne m’a donné de réponse claire à savoir si cette journée avait été financée par un discret mécène, mais j’ai la vague impression que tout le monde a fait son bout de chemin, désireux de faire partie de ce beau projet complètement fou.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA

Offrir du vrai

La journée se termine dans la bleuetière familiale où Sara, Dominic et leur chien Gibson — le plus beau Caniche Royal de la Terre — ont élu résidence. On nous convie d’abord à un moment d’écoute sur la plage, dans un décor enchanteur qui tire les larmes à quelques confrères et consœurs. On avait l’impression de se trouver à l’intérieur d’une chanson. Le moment plonge même Louis-Philippe et le toujours très émotionnellement minimaliste Philippe Renaud du Devoir dans un silence contemplatif.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
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L’immersion dans l’univers de Sara se conclut chez elle, à même le décor qu’on retrouve sur la couverture de son album, pour un cocktail (aux bleuets, bien sûr) et une prestation intime à même son garage en compagnie de son complice de toujours et réalisateur de l’album Dany Placard. J’ai profité de l’occasion pour me prendre en photo avec un personnage mythique de l’univers de Sara, son ski-doo.

Photo : Patricia Dufour
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA (prise par Patricia Dufour)
Photo : Patricia Dufour

Les fans de François Pérusse (encore lui !) qui lisent cet article se rendront à l’évidence qu’à Dolbeau-Mistassini, un ski-doo, on peut très bien laisser ça dans la cour.

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Alors, qu’est-ce qu’on a vécu, au juste ? Selon Sara, ça aurait été bizarre de faire le lancement d’un album intitulé Dolbeau-Mistassini à Montréal et inviter les médias sans leur fournir le lift aurait été contreproductif. Sara et son équipe voulaient nous faire vivre Dolbeau-Mistassini l’espace d’une journée, tout en offrant une couverture médiatique à une ville qui en a bien besoin.

La journée est même venue à bout de la jeune VJ de MusiquePlus 2.0 Pascale DeBlois, qui roupillait sur le balcon à quatre heures.

Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre/URBANIA
Photo : Benoît Lelièvre, URBANIA
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S’il est difficile d’offrir du vrai dans un contexte promotionnel, j’avoue qu’ici, c’est réussi. L’exercice était mené de bonne foi et avec beaucoup d’enthousiasme. J’en repars avec l’impression de mieux comprendre Sara Dufour et tout ce que sa région représente pour elle. C’est le fun qu’une artiste réussisse sans être forcée de s’expatrier dans une grande ville. Non seulement Sara Dufour connaît beaucoup de succès, elle tient à en faire bénéficier son patelin et ça, c’est cool en tabarouette.

C’est possible de faire des choses folles et formidables quand tout le monde y met du sien.

Il est un peu passé 17 heures quand on repart à la maison accompagnés de mon boy Julien. Je n’avais plus assez de batterie pour le prendre en photo (et commander un Uber) et je regrette encore de ne pas avoir immortalisé la deuxième étoile de la journée. J’ai cherché de midi à 14 h sur la page Facebook d’Air Creebec et LinkedIn le portrait de cette icône de l’hospitalité et je l’ai finalement trouvé, dans toute sa splendeur, sur un cliché de la photographe de l’événement, en sandwich entre Louis-Philippe et la sœur de Sara.

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T’es cool, Julien ! Merci d’avoir géré une classe verte de journalistes surstimulés.

Photo fournie par Annie Diotte
Photo fournie par : Annie Diotte
Photo fournie par Annie Diotte
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