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Santé mentale dans le milieu du hockey : les tabous laissés au vestiaire?
Une bombe dans le monde du hockey. « Carey Price s’absente pour se refaire une santé mentale », titrait La Presse, en référence au célèbre cerbère des Canadiens de Montréal reconnu pour son sang-froid qui devra s’absenter pour une période indéterminée.
Si la raison de son départ demeure confidentielle selon le DG de l’équipe Marc Bergevin, ému aux larmes en parlant de son gardien de but en conférence de presse, la femme de Carey Price a laissé tomber que son mari aurait choisi de « mettre sa santé mentale en premier » en prenant cette décision.
Tomas Plekanec, ancien coéquipier du numéro 31, est d’ailleurs venu appuyer la démarche de Price sur Twitter.
Il y a quelques semaines, Jonathan Drouin, une autre star de la Sainte-Flanelle, est sorti d’un silence qui durait depuis des mois pour parler de son anxiété et de ses problèmes d’insomnie, qui l’ont écarté du jeu pendant une bonne partie de la dernière saison.
« Je suis tombé malade, je n’avais aucune énergie pour jouer au hockey. Je me rappelle encore que je suis sorti de la période d’échauffement cette journée-là, je n’avais aucune énergie pour jouer au hockey, aucune force dans mon physique, mentalement aussi », a-t-il déclaré au journaliste de TVA Sports Renaud Lavoie durant une entrevue sur le sujet.
Si le hockey est la chasse gardée de la masculinité exprimée à coups de placages et de bagarres sanglantes, où en sont rendus les tabous entourant la santé mentale dans ce milieu?
Une passion nationale, pour le meilleur et pour le pire
« C’est un sport qui a longtemps été gouverné par des valeurs hégémoniques, où les joueurs doivent toujours se montrer forts, tough et sans faiblesse », estime d’emblée Véronique Boudreault, Ph. D. en psychologie du sport.
«C’est un sport qui a longtemps été gouverné par des valeurs hégémoniques, où les joueurs doivent toujours se montrer forts, tough et sans faiblesse»
« C’est notre sport national. Pratiquement tout le monde se sent concerné par le hockey et a une opinion sur le sujet, et les médias en parlent abondamment. C’est également très axé sur la performance. À la longue, tout ça crée beaucoup de pression pour les joueurs et leur santé mentale en prend un coup. »
Mis sur des piédestaux en raison de leur statut, les athlètes professionnels sont souvent vus comme des personnes pour qui les problèmes du quotidien de monsieur et madame Tout-le-Monde sont inexistants. Or, ces soucis peuvent être bien présents et parfois même exacerbés par la pression, et tout ça sous les yeux du public.
« On a souvent l’impression que ces personnes n’ont pas le droit de vivre des moments plus difficiles parce qu’ils font beaucoup d’argent ou qu’ils réalisent des exploits, souligne Dre Boudreault. Lorsque quelque chose sort dans les médias comme c’est le cas présentement avec Carey Price, on est étonné et on ne comprend pas. Pourtant, les athlètes sont des êtres humains comme vous et moi et leurs émotions sont légitimes. »
Des tabous qui suivent lentement la puck du changement
Même si elle considère qu’il y a un « début d’ouverture » en ce qui a trait aux enjeux entourant la santé mentale dans le milieu du hockey, la professeure à l’Université de Sherbrooke considère qu’il reste beaucoup de chemin à faire pour changer la « culture du dur à cuire » qui colle autant à la discipline que du tape sur une palette.
«Lorsque quelque chose sort dans les médias […] on est étonné et on ne comprend pas. Pourtant, les athlètes sont des êtres humains comme vous et moi et leurs émotions sont légitimes.»
« Je vois beaucoup d’athlètes qui, même s’ils voient ces sorties médiatiques d’un bon oeil, n’estiment pas être en mesure de faire la même chose parce qu’ils ne veulent pas décevoir leur coach, leurs fans, leurs parents ou paraître en détresse. Il y a encore énormément de tabous par rapport à aller chercher de l’aide en santé mentale pour eux. »
La spécialiste relève en ce sens une sorte de situation à « double tranchant » concernant les sorties de ce genre. « Pour certains ça peut être inspirant, mais pour d’autres, voir comment les confrères ou consoeurs sont traités après une sortie peut les freiner encore plus dans leurs démarches de “s’exposer au grand jour”. »
Sans avoir de chiffres concrets ou de statistiques pour appuyer ses propos, la psychologue remarque qu’elle reçoit de plus en plus de demandes de clients masculins, une tendance qui risque de s’accentuer dans les prochaines années selon elle.
Pour espérer vraiment changer le vent de direction, il faudrait d’abord se concentrer sur la relève de demain, croit Véronique Boudreault. « En ce moment, les standards que l’on montre aux jeunes sont très élevés, ce qui leur met déjà beaucoup de pression pour le futur. Il faudrait plutôt voir le sport comme un moteur de développement positif avant toute chose et voir en temps et lieu quels sont les objectifs du joueur ou de la joueuse. »
La spécialiste aimerait également qu’on utilise davantage des outils de soutien, comme les stratégies de régulation des émotions, de cohésion d’équipe et de soutien social, et une meilleure littératie de la santé mentale plus tôt dans le développement des athlètes.
Avec tout ça, on peut se demander si un jour l’image des goons aux multiples cicatrices laissera tranquillement place aux êtres humains sensibles et complexes que sont réellement les joueurs de hockey. Décideurs, coachs, parents et autres acteurs du milieu : la puck est dans votre camp.
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