Michał Parzuchowski

Bienvenue chez nous !

Les relations hommes-femmes devraient être si simples, et pourtant..

Salut Billie-Rose,

On ne se connait pas vraiment. Tu viens d’arriver chez nous et, comme le gouvernement fait pour tous les nouveaux arrivants, je vais essayer de t’aider à t’acclimater à notre mode de vie.

J’ai envie de te parler des relations homme-femme ici.

J’ai envie de te parler des relations homme-femme ici. Ça m’inquiète parce que je trouve ça un peu compliqué ces temps-ci. Pas parce que je suis un gars, mais parce que je me mets à la place de mes chums de fille (qui constitue la grande majorité de mon groupe d’amis).

J’essaye des fois d’imaginer c’est quoi être une fille et je me dis que ça ne doit pas être facile. C’est vrai que les femmes ont le droit de vote au Québec et au Canada (depuis 1940, au Québec), mais en date d’aujourd’hui les femmes font 88,6 % du salaire des hommes. Pour être plus clair, les femmes font 2,93 $ de moins à l’heure que les hommes. Est-ce que le fait d’avoir des ovaires au lieu de testicules a une incidence sur la capacité de faire le travail? Je ne pense pas, mais les statistiques parlent fort.

J’essaye des fois d’imaginer c’est quoi être une fille et je me dis que ça ne doit pas être facile.

En t’appelant Billie et non Billy, ne sois pas surprise si tu découvres que tu es moins payée que ton homonyme du même prénom, du même âge et des mêmes compétences. Ça, c’est si on t’engage même si tu décides d’occuper un emploi qui n’est pas traditionnellement occupé par des femmes. Parce que si tu as le malheur de vouloir un emploi qui est majoritairement occupé par des hommes, comme ingénieur, camionneur ou journaliste sportif, tu risques de devoir vivre avec des commentaires sexistes, misogynes et/ou un peu colons.

Je te souhaite presque de ne pas être une personnalité publique. Si tu souhaites le devenir, sache qu’il se peut que tu reçoives des commentaires et des insultes dégradants de la part de gens qui ne sont pas d’accord avec ton opinion (Allô Safia Nolin) ou encore avec ton apparence physique et tes choix vestimentaires. Tu pourrais, comme c’est arrivé à une collègue, recevoir une lettre manuscrite de la part d’un téléspectateur qui n’aime pas ta coiffure, ta repousse ou tes « cheveux de paille ». Tu peux te demander, comme moi, qui a le temps d’écrire une telle critique à la main. À mon avis, il faut vraiment en avoir contre quelqu’un pour prendre le temps d’écrire une telle lettre, acheter un timbre et l’envoyer à la station de télévision.

Je suis peut-être alarmiste

Je suis peut-être alarmiste. Quand je regarde notre Québec, je me dis qu’on prône tout de même l’égalité des sexes et que la violence conjugale n’est pas tolérée. Mais dans ma vie, quand je jase avec mes chums de fille, les échos que j’entends, c’est qu’une fille qui repousse les avances d’un gars, des fois, ça se passe mal. Des crétins, il y en a partout, ça reste que je n’ai pas envie que tu vives ça. Une femme avertie… sera sur ses gardes. La maudite statistique qu’une femme sur trois au Canada sera victime d’agression sexuelle au cours de sa vie reste coincée dans ma tête.

Je te parle de mes angoisses, des choses plates, mais il y a aussi des belles choses.

Je te parle de mes angoisses, des choses plates, mais il y a aussi des belles choses. Tu auras aussi la chance d’être bien entourée. Par des hommes qui te protégeront. Par des femmes fortes. Par mes amis féministes. Tu auras l’exemple de mes collègues dans le monde des médias qui continuent de donner leur opinion même si elles sont souvent intimidées. Tu auras l’exemple de ta mère. Une Gaspésienne qui ne s’en laisse pas imposer. Une femme qui a déjà projeté un gars en bas des marches avec un coup de poing parce qu’il essayait de s’en prendre physiquement à un de ses amis. Tu as aussi l’exemple de ta grand-mère. Une Haïtienne qui est arrivée au Québec au début de sa vingtaine. Qui a franchi les obstacles posés devant la plupart des femmes immigrantes de l’époque, grâce à son caractère et sa persévérance.

Tu as aussi l’exemple de ton grand-père, qui n’a jamais tenté de contrôler ta grand-mère. Ils sont mariés depuis 40 ans et leur relation a toujours été basée sur l’amour, le respect et la liberté. Il y a aussi ma meilleure amie. Une femme de tête, une ingénieure. Une femme a qui on confie des projets difficiles. Une femme qui va en Afrique travailler sur des chantiers avec des entrepreneurs chinois.

J’ai espoir de t’offrir une nouvelle terre d’accueil où il fait bon vivre pour les femmes.

Avant de savoir que tu t’appelles Billie-Rose, je me disais que si tu étais Billy-Joe, j’aurais pu t’aider à devenir un homme respectable qui contribuerait à changer les relations homme-femme. J’aurais pu faire de toi un gentleman. Mais, je réalise qu’avec l’aide de mon entourage, ma bonne volonté, j’ai espoir de t’offrir une nouvelle terre d’accueil où il fait bon vivre pour les femmes.

En attendant que tu puisses lire tout ça, je te laisse arriver et retrouver tes repères. Moi je vais simplement laisser aller les choses et faire confiance à la vie.

Je t’aime Billie-Rose.

Ton père, Meeker

Pour lire un autre article de Meeker Guerrier: «J’ai perdu un oeil, pis c’est ça»

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