La motion M 312 a été rejetée, à 203 contre 91. 87 députés conservateurs ont voté pour, dont Rona Amborse, la ministre responsable de la Condition féminine.
De même pour les statuts facebook outrés, du genre : « LA MINISTRE DE LA CONDITION FÉMININE QUI VOTE POUR CRIMINALISER L’AVORTEMENT, HONTE À VOUS!»
Parce qu’il faut préciser: la ministre de la Condition féminine n’a pas « voté pour criminaliser l’avortement », elle a voté en faveur de la motion M 312, demandant la création d’un comité spécial à la Chambre des communes, chargé de se pencher sur la définition d’être humain, dans le Code criminel. Ce qui, de manière détournée, permettrait de rouvrir le débat sur l’avortement.
« Ouais ben c’est la même affaire, chose » me direz-vous.
On ne peut pas s’aliéner les faits impunément. Parce qu’on crée une panique qui masque la réelle source d’agacement ou d’inquiétude.
Je suis bien d’accord, en effet, qu’une ministre de la Condition féminine qui voterait pour criminaliser l’avortement serait bien malvenue. Surtout au Québec, où les acquis en matière de féminisme sont de véritables vaches sacrées – non sans raison.
Il est vrai que la femme pleinement émancipée, jouissant de sa « condition féminine » de manière optimale, devrait pouvoir disposer de son propre corps. Et il est rassurant de voir que les groupes féministes québécois soient aussi réactifs, dès que l’ombre d’une dérive point à l’horizon.
Les chiens de garde de la condition féminine auront toujours leur raison d’être, même (surtout?) dans une époque où l’on tend à croire que les luttes féministes sont dépassées.
Toujours est-il qu’en grimpant dans les rideaux parce que Rona Ambrose, ministre impie de la Condition féminine, a appuyé en chambre la motion M 312, on crée un écran de fumée devant ce qui est réellement alarmant.
It is interesting that this is the first question that I have received on the status of women file this year. In fact, I think this is the first question I have received since last year as well
Mais cessons de nous détourner du noeud de l’affaire! À mon avis, l’acharnement sur Rona Ambrose fait oublier l’attitude perfide qu’a eu Stephen Harper, en tentant de rouvrir le débat sur l’avortement, tout en se délestant du poids de l’initiative.
Elle venait de Stephen Woodworth, l’idée! Pas de M. Harper – non jamais! Il a même voté contre, notre Premier ministre. ..
Toujours est-il qu’il a bel et bien été rouvert, le fichu débat sur l’avortement. Par ricochet, bien sûr. Et par raccourcis comme celui énoncé en début de billet. Voilà: la graine est semée dans l’esprit des gens; ou plutôt « re semée ».
Et les Conservateurs ont eu l’habileté effroyable d’aborder la question d’un angle éthique et législatif, plutôt que religieux ou traditionnel. Au Québec particulièrement, le stigmate religieux est encore si vif et les valeurs progressistes tellement en vogue que l’idée même de débattre serait systématiquement abattue par l’opinion publique, présentée sous ces derniers angles.
Mais en piquant ainsi les gens dans leur sentiment éthique, prétextant devoir remédier au « flou juridique » qui entoure les droits du fœtus, il est fort à parier qu’on se questionnera davantage.
Et ça, ça me donne froid dans le dos. Lorsqu’on soulève ce genre de pierre, on ne sait jamais ce qu’on pourrait trouver en dessous.
Et même si la motion a été rejetée, je pense que les Conservateurs ont ouvert une brèche, et que le dossier est loin d’être clos. Malheureusement.
Ah oui et j’ai décidé un truc. Dans la vie, j’aime dessiner, et j’aime faire des blagues des fois. Alors pourquoi ne pas faire les deux en même temps, et agrémenter mon billet hebdomaire d’une caricature d’apprentie?
Pour commencer, boutade sur ce bon Jean-Marc Fournier, qui a enfin mis le doigt sur notre grand mal de société: