Rock, art et filles tannées d’attendre

Découvrir une initiative superbe avant même qu’elle ait une page Facebook, c’est-tu ça l’underground ? J’aime un peu croire que oui.

L’initiative en question s’appelle Girls in the Garage, en hommage à la série de compilations de Romuland Record, présentant des groupes féminins de rock-garage et pop-rock des années 1960 à 1990.

Girls in the Garage c’est des filles tannées d’attendre les invitations qui n’arrivent pas.

En 2017 à Montréal, Girls in the Garage c’est l’idée de deux amies et collaboratrices : l’artiste visuelle et musicienne Léonie Dishaw et l’artiste peintre Ariel Shea. Après deux premiers événements informels en 2016, ébruités par le bouche-à-oreille, le duo prend de l’expansion et monte un happening artistique collectif pour tourner le projecteur vers encore plus d’artistEs émergentes de la scène underground montréalaise. C’était hier, au Matahari Loft, un événement beau et baume.

Happening mêlant performance musicale (raw-rock-garage-pop-psychédélique), DJ, art visuel et (parfois) poésie, Girls in the Garage c’est des filles tannées d’attendre les invitations qui n’arrivent pas. C’est des artistEs tannées de ne pas être bookées sur des shows, tannées du manque de considération, tannées que les gens traquent ce qui est « féminin » dans leurs oeuvres, au lieu de simplement les considérer comme des oeuvres à part entière.

C’est des artistEs tannées que les gens traquent juste ce qui est « féminin » dans leurs oeuvres.

Chloé Soldevila, c’est celle qui compose, mixe, joue du clavier et chante dans son groupe Anemone. Pourtant, c’est chose fréquente qu’on préfère s’adresser à son homologue masculin pour une proposition de spectacle. Sa tactique est alors de prendre part à la conversation, mais, même lorsqu’elle leur fait face et s’adresse à eux, certains interlocuteurs ne la regardent même pas. Comme si elle n’était que parure pour le groupe alors qu’elle en est le coeur. Fâchant? Bien sûr. Un cas isolé? Bien sûr que non.

Même son de cloche du côté de Léonie Dishaw : les filles peuvent composer 90% des classes universitaires d’art visuel.N’en demeure pas moins que c’est le 10% des gars qui prend toute la place. Cette place, elle est donc à revendiquer et à s’approprier et c’est exactement ce que les filles font avec Girls in the Garage. Le projet est d’ailleurs en voie de devenir un collectif (et une page Facebook?) pour mettre en valeur encore plus d’artistEs dans un contexte polyvalent, coopératif et inclusif.

L’amélioration tarde à venir niveau représentation des femmes sur la scène underground musicale et artistique montréalaise.

Note positive : hier la foule était mixte, intéressée, enthousiaste et respectueuse. En dehors de cette soirée au Matahari Loft, l’amélioration tarde à venir niveau représentation des femmes sur la scène underground musicale et artistique montréalaise, c’est un constat unanime pour nos « Girls in the garage ». Alors j’espère qu’elles feront, du fond de leur garage, assez de bruit pour réveiller (et déranger) les gens concernés qui dorment au gaz, bercés par leur sexisme poussiéreux.

Les artistEs visuelles :
Léonie Dishaw(aussi membre de Lemongrab)
Ariel Shea(mon coup de coeur visuel de la soirée)
Fløre de Ris(projet musical: Ada Lea)
Épithumia Rose(Émilie Tremblay)

Les groupes :
Boyhood(bandcamp)
ANEMONE(bandcamp) Ma découverte musicale de la soirée!
LEMONGRAB (bandcamp)

Les DJ :
Djette Crème de menthe
DJ Emilie Laine

Si le sujet vous intéresse, d’autres belles initiatives sont également à découvrir et à encourager:

Slut Island : un projet montréalais queer et D.I.Y. qui a à coeur des valeurs anti-oppression et vise à créer une plateforme où les personnes marginalisées peuvent présenter leur travail dans un environnement solidaire et sans jugement. Le patriarcat nous fait tous du mal et nous invitons qui que ce soit voulant le crier-pleurer-danser-chanter à le faire avec nous. Soyons tous en colère ensemble, avec comme objectif à court terme de passer un bon moment.

PLURI : une plateforme féministe, antiraciste, antidiscriminatoire créant proactivement du changement au sein de la communauté de la musique électronique.

Rock Camp for Girls Montréal et la levée de fond qui y est associée: Riot Grrrl Band Off: deux initiatives qui procurent aux filles du pouvoir d’agir (empowerment) par l’intermédiaire de la musique tout en créant un esprit de communauté fort. C’est un espace qui permet aux filles de découvrir et d’exprimer leurs talents tout en devenant des leaders par la création de leur propre œuvre culturelle.

Pour lire un autre texte de Jade Fraser : « Les recettes pompettes de Milk & Bone : des os, du lait et des biscuits ».

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L’art c’est ma tasse de thé. C’est une très grosse tasse de thé.

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