Martin Girard

Roch Carrier, écrivain

En 1979, invité par la CBC à disserter sur la question «que veulent les Québécois?», Roch Carrier répond par Le Chandail de hockey, un conte pour enfant  qui a profondément marqué l’imaginaire québécois et dont un passage est reproduit sur nos billets de cinq dollars. Retour dans le temps.

Comment l’idée du livre Mon chandail de hockey est-elle née?
C’est parti d’une réflexion. Je me suis demandé : «Dans ma vie, quand est-ce que je me suis senti quelqu’un? Un individu à part entière?» La réponse m’est apparue très claire: c’était quand j’étais enfant et que j’enfilais mes patins, mes jambières, mes épaulettes et mon chandail.

Quelle place occupe le hockey dans vos souvenirs ?
Le hockey, c’est mon enfance. Il y avait la guerre, mais on n’avait aucune idée où était l’Europe : pour nous, c’était comme la lune. Mon village était sur une colline, on voyait l’horizon et on savait que derrière l’horizon, derrière la mer, il y avait la guerre, mais on n’en savait pas plus. A l’époque, il n’y avait pas tous les moyens de communications, il y avait un journal, une radio. Dans tout ce mystère, la politique, la guerre, il y avait pourtant quelque chose de très clair: ce soir le Canadien joue contre Toronto et on va battre Toronto.

Comment c’était, écouter les matchs à la radio?
C’était un événement religieux. Je me souviens de la première retransmission télé (ndlr : le 11 octobre 1952). Mon grand-père s’était rasé, il avait mis son costume du dimanche qu’il mettait pour la messe. Il s’était assis dans sa chaise, devant la télé. Je pense qu’il était convaincu que les gens dans la télévision le voyaient. Après le match, il a dit : «On voit mieux à la radio qu’à la télévision!»

Le Canadien de votre enfance, c’est celui du Rocket. Quelle image gardez-vous de lui ?
Maurice Richard avait des fans partout. Vingt ans après sa retraite, j’étais avec lui dans les rues de Toronto et les gens le retenaient et le faisaient signer tout ce qu’ils trouvaient dans leurs poches. Lui, il fumait son gros cigare, enfoncé dans sa gabardine… C’était aussi un homme fort, un Canadien français qui n’avait pas peur de l’adversité. Et au Québec, il y a toujours eu une forte valorisation de la force physique.

En parlant de force, le hockey est un espace de lutte «physique», mais à l’époque, c’était aussi un espace de luttes sociales, non?
Le hockey, c’est plus qu’un espace de lutte entre francophones et anglophones, entre propriétaires et ouvriers. Aujourd’hui comme hier, c’est un espace d’affirmation de soi, un endroit pour démontrer ce dont on est capable. Autrefois, par exemple, quand notre club jouait contre la paroisse voisine, on devaient être à la hauteur devant les filles et nos parents qui étaient dans les estrades.

En terminant, qu’est-ce qui a changé entre le hockey des années de votre enfance et celui d’aujourd’hui?
Le hockey est devenu une immense business. On a qu’à regarder les pages sports dans les journaux : elles ressemblent de plus en plus aux pages affaires. Si je regarde moins de matchs, c’est principalement pour cette raison. Aujourd’hui, je suis plus intéressé à aller voir les enfants qui jouent à l’aréna au hockey le samedi. Par contre, tous les matins, je continue de regarder les résultats et quand le Canadien gagne, je sais ca va être une bonne journée!

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