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⎯ Est-ce que tu peux y aller ?, me demande (m’ordonne) Cip, mon boss flambant neuf, au sujet d’une tournée en caravane des nouveaux (et anciens) restaurants étoilés Michelin annoncés mercredi matin. Un road trip en compagnie de la mairesse et d’autres personnes VIP, notamment la mairesse d’Ahuntsic (et ex-restauratrice) Maude Théroux-Séguin et le PDG de Tourisme Montréal, Yves Lalumière
⎯ Ouin, disons que c’est pas un sujet que je maîtrise…, que je lui réponds, en acceptant néanmoins la mission au nom du droit du public à l’information.
Parler d’anti-casting relève ici de l’euphémisme. Je suis probablement la personne qui en connaît le moins sur le prestige d’une étoile décernée par le Guide Michelin.
Après avoir lu l’article de l’épicurienne Ève Dumas dans La Presse et entendu la frange bourgeoise de mes collègues en débattre, j’ai vite catché que c’était big.
Le réputé Guide Michelin a dévoilé la deuxième mouture locale de sa liste d’adresses étoilées, incluant quatre nouveaux établissements, dont deux à Montréal : Sushi Nishinokaze et Hoogan et Beaufort. À ça s’ajoutent sept tables (dont certaines hors du 514) se méritant la mention « Bib », récompensant le bon rapport qualité-prix.
Quelque chose de même. Un peu d’indulgence, s’il vous plaît. Ça fait beaucoup de nouvelles notions à assimiler pour quelqu’un qui pense qu’aller à la Piazzetta équivaut à un aller-simple en Italie et qui trouve ça frais chié d’aller au Sésame.
Une chance que ma blonde n’est pas regardante non plus.
⎯ Namour, ce soir je me maquille, allons célébrer TA PROMOTION !
⎯ D’accord ! (dring dring) Allô, Trattoria di Mikes ? Votre meilleure table ! Oui, celle près de la fenêtre donnant sur un parking laite !
Mais bon, je vais essayer de mettre ce biais de côté pour documenter cette tournée d’adresses qui contribuent à mettre Montréal sur la mappe des destinations gastronomiques.
Le départ est prévu en après-midi devant l’édifice abritant Tourisme Montréal, sur le boulevard René-Lévesque. Le ciel est gris et l’équipage de la caravane fait connaissance en attendant l’arrivée de Soyara Martinez Ferrada.
Je l’ai reçue quelques fois chez URBANIA et c’est de loin ma mairesse préférée depuis Valérie Plante. Tiens, la voilà qui s’amène, flanquée d’un garde du corps qui tient un parapluie au-dessus de sa tête.
⎯ Ah, mon journaliste préféré ! s’exclame-t-elle (ou pas).
Qu’importe, je suis le seul qui fait la tournée avec elle et sa garde rapprochée. Les vrais journalistes incorruptibles suivent en cortège derrière, loin des GROS SCOOPS que je m’apprête à découvrir.
Sans farce, j’en ai eu un, et je vous le partage tout à l’heure.
Tout le monde s’installe dans la fourgonnette, qui s’ébranle en direction des Shops Angus où réside le Hoogan et Beaufort, récipiendaire d’une première étoile. L’idée est d’aller leur porter un gros bouquet de fleurs en attendant leur plaque officielle Michelin.
Soraya est assise sur la banquette devant moi. Je lui demande si c’est son chapeau de mairesse ou d’ex-ministre fédérale du tourisme qu’elle porte en ce moment. « Les deux », répond-elle du tac au tac, bien consciente de l’impact d’une telle nomination pour le brand de sa ville.
« Quand tu voyages, qu’est-ce que tu fais ? Tu dors, tu manges pis tu fais quelque chose. Ça démontre aussi l’importance de la gastronomie au Québec », philosophe la mairesse, ajoutant que dans un contexte économique incertain, ce type de nouvelle est un baume pour les restaurateurs. « Ils ont beaucoup de pression. Aller au restaurant, ça demeure un luxe. Par contre, le touriste doit manger quelque part », ajoute la mairesse.
« C’est majeur, même pour une ville. Des chasseurs d’étoiles choisissent leur destination de voyage en fonction de ça », renchérit de la banquette arrière Sarah-Justine Leduc Villeneuve de Tourisme Montréal.
Quant à l’impact pour un restaurant, il est instantané. « Leur carnet de réservation sera rempli pour les prochains mois. C’est aussi attrayant au niveau de la main-d’œuvre », ajoute Sarah-Justine, soulignant que la métropole figure déjà en très bonne posture dans le palmarès Canada’s 100 Best.
« 30 % des meilleurs restos au pays sont à Montréal ! »
On philosophe ensuite sur le dernier resto où on voudrait manger avant de mourir. La mairesse ne sait pas trop où elle irait, mais sait qu’elle y mangerait un tartare de saumon. D’ailleurs, elle adore celui du Bagatelle.
Maude Théroux-Séguin (ex-proprio du restaurant Les Cavistes) opterait pour le Jun I sur Laurier ou Umami avec ses ramens végans. Moi, j’irais probablement chez La Lune ou manger des ribs au Bistro Chez Roger.
Notre convoi approche du Hoogan et Beaufort. Soraya me confie y être venue récemment avec son chum. Ce dernier avait apporté une bague pour la demander en mariage, mais a fini par se désister, ne souhaitant pas faire ça devant tout le monde. « Il a fait ça à genoux dans la cuisine, finalement. Il souhaitait quelque chose de privé. »
Dans votre face, ceux qui disent que j’ai jamais sorti un seul scoop de ma carrière : j’ai la primeur des épousailles de notre mairesse !
Je sais pas si la principale intéressée voulait que je vous raconte ça, par contre… En tout cas, mon téléphone n’a pas encore sonné.
Notre équipage fonce vers notre première escale avec deux immenses bouquets, le Guide Michelin leur octroyant aussi un prix en sommellerie.
À l’intérieur, c’est le branle-bas de combat. À travers les effusions de joie, les photos de groupe et autres concerts d’éloges, se faufilent journalistes et caméras. Notre arrivée surprend un peu tout le monde, mais la bonne humeur règne.
« C’est incroyable sur le plan de la visibilité et pour stabiliser le restaurant dans les prochaines années », admet le chef Marc-André Jetté, qui compte improviser le soir même un party avec son staff pour célébrer ça.
« C’est pas juste le restaurant qui mérite une étoile, mais les producteurs aussi », se réjouit le sommelier Hugo Duchesne. « On est choyés. »
Avant de reprendre la route, le cortège va porter un autre bouquet au Annette bar à vin, qui s’est mérité un Bib. Chemin faisant, on croise une succursale de la boulangerie artisanale Mamie Clafoutis, mais pas celle qui s’est fait Robindesruellisée la semaine dernière.
On poursuit notre pèlerinage vers la rue Bélanger pour notre deuxième escale, le Mastard, qui se mérite une étoile pour la deuxième année consécutive.
Je bougonne un peu intérieurement en réalisant que ce voyage n’inclut aucune dégustation. J’ai presque rien pris au comptoir des prêts-à-manger du IGA — mon restaurant préf — en prévision de cette tournée. Aucune chance que je réussisse à réserver aux endroits qu’on visite si je veux souper avant 2028.
Ça brasse en chemin, alors j’en profite pour demander à la mairesse ce qui se passe avec les nids-de-poule. Celle-ci me rabroue aussitôt. « T’étais où, ce matin ? J’ai annoncé trois mesures ! »
Notre fourgonnette se gare en face du Mastard. « Oh ! Je m’attendais pas à ça ! », s’exclame le chef-propriétaire Simon Mathys, en nous voyant débarquer dans son établissement comme des hooligans.
« On est bien contents, c’est une belle tape dans le dos. L’an dernier, ça avait rempli notre année au complet », admet-il, en acceptant le bouquet de la mairesse.
« Bravo, on est vraiment fiers ! » rétorque-t-elle.
Au téléphone, elle ne mâche pas ses mots pour dénoncer la campagne de peur mise de l’avant par des promoteurs torontois qui agitent le spectre référendaire pour attirer le siège chez eux.
Au Jérome Ferrer Europea, le personnel s’apprête à manger avant d’amorcer leur quart de travail. Ça sent divinement bon autour de la cuisine, où notre délégation vient remettre un bouquet au chef.
« C’est le fun pour nous, pour Montréal et la gastronomie. Nos clients sont super contents. Mais c’est toujours complet, alors ça n’a pas changé la donne », commente M. Ferrer.
La tournée achève, ne reste qu’une escale, cette fois chez Sabayon dans Pointe-Saint-Charles. On devait aussi faire un pit-stop au Sushi Nishinokaze — nouvellement étoilé —, mais ç’a l’air qu’ils n’étaient pas disponibles.
L’heure avance et tout le monde commence à avoir la tête ailleurs ; la série opposant le Canadien de Montréal aux Sabres de Buffalo s’amorce dans deux heures. Soraya prévoit une victoire de Montréal en 6.
« J’avais dit Montréal en 7 contre Tampa ! », se targue-t-elle, confiant par la bande avoir un faible pour Lane Hutson.
Après que la porte-parole de Tourisme Montréal, Aurélie de Blois, m’ait montré les archives de son saut en bungee dans le Vieux-Port, on jase des enfants qui poussent trop vite avec Geneviève Cantin et la mairesse.
À entendre les restaurateurs du Sabayon, on comprend vite que l’étoile est une cerise sur un sundae déjà bien généreux.
« Depuis l’an passé, ça prend cinq secondes par mois avant d’être réservé au complet. Avant le Michelin, ça prenait deux minutes », estime Patrice Demers.
Geneviève Cantin m’informe que la gastronomie est la deuxième raison qui attire les touristes au Québec.
Et la première ? Les grands espaces, mentionne-t-elle. Ça doit inclure le Montréal souterrain, ça.
La tournée prend fin, notre communauté est dissoute, Soraya repart à bord d’une autre voiture. Je rentre chez moi en métro, juste à temps pour la game.
On commande une pizza extra-large all dressed de Chez la Mère, à mon sens la meilleure sur Terre, même si le Guide Michelin s’hara-kirirait en entendant ça.
Chacun ses institutions.
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En gros, son administration compte accorder plus d’argent aux arrondissements, à la réfection de la rue Notre-Dame, et offrira même des contrats manuels ouverts à tous. Une réponse directe au dude qui a récemment fait jaser en s’attaquant lui-même aux nids-de-poule sans l’aval de la Ville. « Il va pouvoir soumissionner s’il le veut », invite-t-elle.
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On prend à bord une auto-stoppeuse : la présidente de l’Alliance de l’institut touristique du Québec, Geneviève Cantin, avant de mettre le cap vers le centre-ville pour remettre un bouquet au Europea. L’établissement s’illustre pour la deuxième année, même si son chef, Jérôme Ferrer, a mis l’établissement en vente en février après avoir souffert d’un double infarctus. Ça, et une enquête exhaustive de La Presse publiée en juillet 2025 faisant état d’un climat de travail toxique qui régnerait entre les murs de l’institution.
Avant d’arriver, Soraya termine une entrevue avec un collègue au sujet du siège social de la future Banque de la défense.
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Avant de reprendre la route, pas le choix de lui demander de réagir à l’enquête de La Presse, qui n’a visiblement pas eu d’incidence sur l’achalandage de son établissement. Depuis sa publication, le chef réfute l’ensemble des allégations du reportage de La Presse. « Je t’invite à parler avec tout le monde ici et ils te diront si c’est vrai ou faux. Moi, en tout cas, j’ai la conscience tranquille », réplique Jérôme Ferrer, ajoutant que sa plus belle récompense est d’avoir une équipe fidèle depuis des années. « J’ai un plongeur avec moi depuis 17 ans », cite-t-il en exemple.
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Chez Sabayon, on est accueilli par le chef pâtissier/cuisinier Patrice Demers et sa conjointe, la sommelière Marie-Josée Beaudoin. « Tantôt, le maire de Québec a déclaré sa ville “capitale gourmande “. Faudra répliquer! » badine cette dernière, qui prévoit célébrer cette deuxième étoile avec la gang du Hoogan et Beaufort.
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