Requiem pour Marie-Claude

Mollo sur les tomates lancées à la chroniqueuse vedette, SVP !

Nous y sommes arrivés, Montréal! Nous avons survécu!

• Plus ou moins 24 heures à faire bouillir de l’eau avant de la consommer… ou encore en acheter en bouteilles.

• Un peu moins d’une journée à endurer des tonnes de blagues douteuses à ce sujet («L’eau est brune! Comme les enveloppes!» T’es le futur Jean-Michel Anctil, en effet!)

• Et, surtout, des minutes interminables à voir défiler «Bravo la Ville», cette fameuse chronique où Marie-Claude Lortie tilte parce qu’elle n’a pas pu nettoyer sa tomate à l’eau courante (oui, oui), sur les murs et fils de discussion de nos contacts Facebook et Twitter.

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai tout d’abord soupiré en lisant ce pavé.

Comment un bête avis d’ébullition peut-il faire «craquer» quelqu’un? Comment faire bouillir de l’eau – pas mal la seule recette culinaire infaillible en plus! – peut pousser quelqu’un à aller plus loin que le statut grognon – ou encore le tweet niaiseux – et rédiger une chronique abordant cette situation aussi inusitée qu’anodine et lier sérieusement cette dernière au contexte politique actuel ainsi qu’aux «ponts et viaducs qui vieillissent désastreusement mal, (aux) paralumes qui tombent, (aux) nids-de-poule chroniques»?

Puis, je me suis ressaisi.

Après tout, bon nombre de bagatelles me mettent hors de moi…

• Les gens qui prennent l’ascenseur que pour un étage ou deux (sauf exception, bien sûr)

• Les pilotes du dimanche qui coupent à la dernière minute au coin De Lorimier et Rachel.

• La photo des Justiciers Masqués qui illustre leurs interventions dans le Métro.

Bien sûr, je ne vais pas signer de billets de blogue là-dessus (quoique…), mais à une époque où bon nombre de médias semblent livrer davantage de contenu «à cliquer» plutôt qu’«à consommer» (par exemple, TVA Nouvelles mettait en ligne ce week-end une nouvelle sur un costume de bain «gothique» alors que, jusqu’à tout récemment, La Presse publiait des condensés de blagues de personnalités glanées sur les réseaux sociaux), des chroniques de la trempe de «Bravo la Ville» font presque figure de doigt d’honneur tant elles sont centrées sur les intérêts particuliers de l’auteure.

Ici, pas question de flatter le lecteur dans le sens du poil dans l’espoir qu’il partagera le texte sur son mur accompagné d’un «Bien dit!», bien senti. Veut-on, au contraire, soulever l’ire des destinataires ou brasser la tweetosphère? Même pas! «Bravo la Ville» est l’histoire d’une dame qui craque momentanément, parce qu’elle ne peut pas laver sa tomate à même l’eau du robinet… et c’est tout!

Alors qu’on nous gave de plus en plus de «contenu camelote» (Un autre exemple : Métro reprenait ce dimanche un articulet de La Presse Canadienne titré «Les billets de banque auraient une odeur d’érable». Who cares, sincèrement?), voici une rubrique à «calories vides», un brulôt quasi impudique tant il tangue vers le nombrilisme; bref, un ego trip du genre est presque un acte de défiance de nos jours.

L’auteure n’a rien à dire et ne propose aucune solution, ni réflexion. Mieux encore : elle est totalement consciente qu’elle se place en marge des enfonceurs de portes ouvertes ainsi que des bien-pensants charmeurs et va jusqu’à le porter sur ses épaulettes. Et pour ça : bravo, madame Lortie, vous êtes vachement punk! En prime, le texte a tout de même fait réagir. Au moment d’écrire ces lignes, «Bravo la Ville» comptait 1 600 «likes» sur Facebook, 38 mentions sur Facebook et pas mal de commentaires – souvent négatifs – suivant la chronique… ce qui m’a fait soupirer une seconde fois.

Tiens, un autre truc mondain qui m’agace : cette propension quasi masochiste que nous avons à mousser du contenu qui nous tombe sur les rognons. Pourquoi le propageons-nous comme un virus non pas parce que le pavé doit être dénoncé ou pour encourager sa lecture tant il est brillant, mais juste parce qu’il est gnochon?

En 2010, le journaliste du New York Times John Tierney révélait les résultats d’une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université de Pennsylvanie qui était basée sur le contenu le plus viral du quotidien mis en ligne sur une période de six mois.

Selon le document, les textes suscitant de l’étonnement ou invitant les internautes à envisager leur univers d’une nouvelle façon (des découvertes scientifiques surprenantes, par exemple) sont plus partagés sur les réseaux sociaux alors que les articles à saveur plus émotionnelle, eux, se répandent davantage en catimini, via les courriels. Bien sûr, d’autres «émotions» stimulent la propagation du contenu. L’anxiété qui se déclenche à la lecture de pavés qui donne froid dans le dos (catastrophes naturelles, terrorisme, etc. ) est un autre inoculant très efficace, par exemple.

Bien que les raisons pour partager sont aussi variées que le contenu (informer chez certains, crâner pour d’autres, etc.), le docteur Jonah Berger – un des chercheurs de l’étude – pointe du doigt une certaine communion émotionnelle comme motivation principale.

Au risque d’être un peu trop hippie en début de semaine, pouvons-nous faire comme Marie-Claude et laisser, par exemple, la suite controversée de sa chronique – où elle dépasse les bornes et lance notamment «Pas envie de me taire. Ni pour les Montréalais, ni pour les autochtones, ni pour tous ceux qui n’ont pas accès à de l’eau propre dans le monde entier» – sur le comptoir, à côté de sa fameuse tomate? Devons-nous vraiment systématiquement communiquer autour d’un mépris pour certains commentateurs de l’actualité locale quand nous pourrions, tout simplement, allez voir, lire et cliquer ailleurs?

PS: Je sais que je viens d’aider à la propagation de deux rubriques de Marie-Claude Lortie. Avis aux détracteurs : ajoutez ça à votre propre liste de trucs gossants… et bon lundi matin quand même!

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