Dans nos interactions avec les autres, il y a des formalités de base que l’on s’échange généralement par automatisme. Souvent, il arrive même que nous les récitions avec une synchronisation parfaite et l’on trouve ça un peu drôle. On se dit alors qu’on est en stéréo. Je ne sais pas pourquoi on dit en stéréo, j’imagine que je dis ça par conditionnement aussi.
Avec beaucoup de gens, mes interactions se résument ainsi :
— Très bien. Et puis toi, quoi de neuf?
— Bah, pas grand-chose toi?
Bien qu’il m’arrive réellement d’avoir l’impression qu’il n’y a pas grand-chose de neuf dans ma vie et que je n’ai rien de spécifique à raconter, une conversation du genre ne sert pas une grande utilité mise à part de se sentir adéquat socialement.
À force de parler, j’ai remarqué qu’une conversation devient proportionnellement plus intéressante plus l’on dit grand-chose. Dorénavant, quand je parle, je vais donc essayer de dire de quoi. (Ce n’est pas bête du tout ça!)
« Et puis toi, quoi de neuf?
– Ah! Grand-chose et toi.
Pas nécessairement, comme ça, mais vous voyez le genre.
La semaine dernière, au bar où je travaille, il y avait une fille qui fréquentait l’endroit il y a quelques années, mais qui n’était pas revenue depuis au moins 3 ans. Après l’échange des formalités, vint le moment de répondre à la question : Et puis, quoi de neuf? Au lieu de répondre, pour me débarrasser, le traditionnel : pas grand-chose. Je décide de mentionner quelque chose de neuf. Même s’il ne se passe que peu d’événements dignes de mention dans ma vie, en trois ans j’ai sûrement quelque chose à dire. (Du moins, j’ose espérer.) Je mentionne donc un fait de ma vie qui est neuf, mais que je considère banal pour quelqu’un qui n’est pas dans mon cercle immédiat (même pour ceux qui sont dans mon cercle immédiat, c’est un peu banal) :
« Je finis la formation de conditionnement physique du YMCA bientôt, pour devenir entraîneur personnel.
— Ah oui, vers quelle branche tu veux t’enligner?
— Je ne sais pas trop encore je vais finir la session et je vais regarder ça après.
— Bien moi, je suis coach en préparation mentale pour les athlètes et parfois il arrive qu’on cherche des entraîneurs. Je te laisse ma carte et on se met en contact.
— Crime, c’est cool ça, merci! »
« Excuse-moi, est-ce que je t’emmerde avec ce que je fais de bon?
C’est pour cela que dire ce qui se passe de bon, même si ce n’est pas grand-chose, c’est toujours mieux que de dire littéralement : pas grand-chose.