On est où?

Rénaldo ou apprendre le bonheur

Chroniques d'un (pas si vieux) « camper van ».

Sur les routes du Mexique, 12 mars 2019

Cher Rénaldo,

Je t’écris cette lettre que tu ne liras sans doute jamais. Mais je te dois au moins ça. Ça va sortir comme ça va sortir, donc un peu carré, un peu croche, mais ça va sortir vrai.  Tu m’impressionnes et tu me laisses dubitative.

À tes côtés, j’apprends la résilience : passer par-dessus les séismes, la violence, la souffrance, la perte, la criminalité et s’en remettre à l’autre. Moi je suis plus du type à m’en remettre à la vie, toi, à Dieu. Dieu que tu gratifies et tiens responsable de tout, surtout du beau et de la magnificence.

Tu n’as été que de passage dans ma vie, mais tu as été toute là. Sans le savoir. Tu étais seul quand nous sommes arrivés sur le terrain en bord de mer dont tu es le gardien. Tu gardes le bien d’autrui, comme s’il était le tien. Tu passes tes longues journées  sur ce terrain, face à la mer. Seul. Même ta femme ne t’accompagne pas, elle qui préfère rester à la maison et t’attendre pour ta visite hebdomadaire. Tu te lèves le matin pour attendre que la journée passe et tu te couches pour attendre le petit matin. Ça peut faire long longtemps… Pour moi ce serait interminable. Mais toi tu es serein. Tu es bien. Je n’invente rien. Je te questionne, je te scrute, je t’analyse. Tu me chamboules le coeur de tes yeux bleus clairs et tu me montres à sourire davantage. À l’image des tiens.  Sourire à pleines dents. Sourire édenté. Sourire de plomb et de faux or, mais sourire, tout le temps. Parce qu’on est chanceux d’être en vie.  Chanceux d’avoir le ciel avec ses spectacles solaires quotidiens au lever et au coucher. Sourire parce que dans le fond, pourquoi pas? Facile de même.

À tes côtés, j’apprends la résilience : passer par-dessus les séismes, la violence, la souffrance, la perte, la criminalité et s’en remettre à l’autre. Moi je suis plus du type à m’en remettre à la vie, toi, à Dieu. Dieu que tu gratifies et tiens responsable de tout, surtout du beau et de la magnificence. Ainsi, tu l’enveloppes dans une marée de réconfort face à la mort : c’est Dieu qui le voulait près de lui. Dieu l’a choisi et l’a appelé, il est privilégié, réjouissons-nous. Et tu m’enseignes l’insouciance, tu me répètes ¡no te preocupes! (ne t’en fais pas).  

Moi, à ta place, je crèverais, mais au contraire, j’apprends la vie. J’apprends à vivre. Beaucoup grâce à toi.

« Tu sembles songeuse » me dis-tu.  Tu essaies de comprendre ce qui me dessine des rides au front. « As-tu froid? As-tu faim? Sais-tu où tu dormiras ce soir? » Non, non, oui. C’est pas mal ça, l’essentiel, quand on y pense, hein? Ben oui c’est cliché. Ben oui c’est peut-être même racoleur. Et pourquoi pas? C’est la base, pis c’est beau.  Serais-tu plus heureux chez nous, Rénaldo, avec trois écrans 4K, une saison du CH pas si pire finalement et le « trottoir gate » de la Mairesse Plante? Je sais pas. Toi non plus et on ne le saura jamais. Mais ce que je sais, c’est que je te regarde et tu m’apaises. Moi, à ta place, je crèverais, mais au contraire, j’apprends la vie. J’apprends à vivre. Beaucoup grâce à toi. Je ne t’ai connu que quelques jours, mais peu importe où je me trouverai sur la planète, je saurai revenir à cet endroit précis où tu m’as chamboulée. Cet endroit précis où le déclic s’est senti. Je sais pas trop quel déclic. J’ai un peu vomi ce texte et ces mots. Doucement, tu ouvres ma conscience.  Christophe Maé, arrête de chercher, le bonheur est dans le cœur de Rénaldo. Pis ça se peut que le bonheur ne se nourrisse pas d’hypothèque sur 25 ans, de REER et à coup de 100 000 followers.

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