Records Insolites

BALLOUNES MEURTRIÈRES

Le record de l’événement le plus joyeux qui a viré le plus rapidement en tragédie va sans contredit à l’épisode des « ballounes de la mort », survenu à Cleveland, en 1986. Pour amasser des fonds et faire un coup de pub, un organisme de charité avait alors entrepris de battre le record du plus grand nombre de ballons relâchés en même temps. Des bénévoles ont donc passé toute une nuit à gonfler 1,5 million de ballounes à l’hélium.

Tout allait bien… jusqu’à ce que la météo décide de ne pas coopérer. Au moment de libérer les ballons, une tempête a soufflé ces derniers vers le centre-ville, provoquant une série de dommages assez coûteux, merci. Pire : le méganuage de ballons a cloué au sol des hélicoptères de la Garde côtière, les empêchant de secourir deux personnes dont le bateau avait chaviré sur le lac Érié. Quand les secours sont finalement arrivés sur les lieux de l’accident, les milliers de ballons qui flottaient sur le lac ont empêché l’équipe de repérer les victimes, qui ont péri noyées. Faque c’est ben beau, partir sur une balloune pis établir des records, mais partez donc sur juste UNE balloune, pas 1,5 million. Ce sera plus prudent…

LE MEILLEUR DU PIRE

En théorie, un record, c’est la gloire et la consécration (#lifegoals). Mais, en pratique, c’est clairement possible de passer à l’histoire pour les mauvaises raisons. Pour ces personnes, par exemple, « record » rime assurément avec « pas fort ».

Reggie Strickland, alias Reggie Raglin / Reggie Buse, détient le record du nombre de défaites — 276 — en boxe professionnelle. L’Américain n’était pas un mauvais boxeur : c’est juste qu’il était passé maître dans l’art de ne pas se faire mal, et non dans celui de gagner. Pendant près de 20 ans, il a donc servi d’adversaire professionnel : on l’opposait aux jeunes boxeurs pour voir ce qu’ils avaient dans le ventre. S’ils gagnaient, on pouvait leur faire confiance. Reggie, lui, récoltait son chèque de paye, gagnant ou perdant.

Dhanraj Wadile, un commerçant indien, s’est fait retirer un nombre record de pierres au rein (172 155 !), toutes logées dans son rein gauche. Le pire, c’est que le record Guinness est allé à son médecin, qui, aidé par un bijoutier habitué à manipuler les pierres un peu plus précieuses, a mis un mois à les compter.

Les habitants de la Terre, à force de glander dans leurs efforts pour contrer le réchauffement climatique, ont contribué à amener le taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère à 403,3 parties par million en 2016 — un nouveau record. Sérieux, pas bravo à nous.

VIEUX ET VITE SUR LE PITON

Identifier le vrai doyen de l’humanité, c’est pas évident, vu que les supercentenaires ont la fâcheuse manie d’être nés à la fin du 19e siècle, quand les certificats de naissance étaient rares. Même si un Indonésien décédé en 2017 prétendait avoir 146 ans, officiellement, la personne ayant vécu le plus longtemps (et dont la date de naissance est certifiée) est Jeanne Calment, qui avait 122 ans à son décès, en 1997.

En plus de ce pas pire fait d’armes, cette sympathique Française — elle s’est mise à l’escrime à 85 ans et mangeait un kilo de chocolat par semaine — a aussi fait un des meilleurs deals au monde, ever. Comme elle n’avait plus d’héritier, en 1965, elle a vendu son appartement en viager à son notaire, ce qui veut dire qu’elle s’engageait à lui léguer son logement à sa mort. En attendant, ce professionnel lui versait une rente mensuelle de 2 500 francs (environ 4 700 $ en dollars d’aujourd’hui). Comme elle avait déjà 90 ans à l’époque, le notaire pensait faire une maudite bonne affaire.

Or, la petite madame Calment a vécu 32 ans de plus. Le notaire, lui, est mort au bout de cinq ans. Sa femme a dû continuer à verser la rente jusqu’au décès de Calment, qui, rendue là, avait empoché plus que deux fois le prix de l’appartement. Comment vivre longtemps avec le beurre… et l’argent du beurre.

COURIR COMME EN 1936

Selon bien des experts, ce n’est qu’une question de temps avant que le sprinteur ontarien André De Grasse — celui dont la bromance avec Usain Bolt aux Jeux olympiques de Rio avait réchauffé nos cœurs — batte un record canadien, voire mondial.

En attendant ce moment de grâce (scusez-la), l’émission The Nature of Things, diffusée sur CBC, a voulu voir comment l’athlète se serait mesuré à Jesse Owens — ce légendaire sprinteur américain dont le record au 100 m (établi aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936) a tenu pendant 20 ans.

Pour ce faire, ils ont chaussé ce bon André d’une réplique des souliers en cuir d’Owens, puis ils l’ont fait courir sur une piste en terre battue, avec des petits trous creusés à la truelle en guise de blocs de départ. Une performance mesurée à l’aide d’un vieux chrono à aiguilles, naturellement.

Résultat : De Grasse a couru le 100 mètres en 11 secondes, contre 10,3 secondes pour Owens. Mais la vraie question, c’est : si De Grasse avait couru aux côtés de Jesse Owens, lui aurait-il fait d’aussi beaux sourires qu’au « Lightning » Bolt ?

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