La rockstar de la fermette

Vous avez une envie irrépressible de manier la fourche ? Jean-Martin Fortier, véritable posterboy de la fermette, est là pour vous aiguiller.

Vos rêves éveillés sont faits de retours à la terre ? Vous passez des heures à enrichir un tableau Pinterest nommé « jardinage et tiny houses » ?  On a demandé à son bon ami, l’artiste Marc Séguin, de nous présenter ce leader de l’agriculture bio-intensive.

Cet article est tiré du magazine Spécial Extraordinaire, disponible sur notre boutique en ligne.

Saint-Bruno-de-Montarville, 1978. Jean-Martin voit le jour. C’est aussi l’année où la voisine d’à côté me pogne à voler des tomates dans son jardin (j’avais huit ans). La même année encore, et c’est non négligeable pour la suite des choses, deux papes meurent (Paul VI et Jean-Paul I). Quand on dit que tout est dans tout ! Enfant sensible de banlieue, une fois plus grand, Jean-Martin écoute les conseils de la grande conscience sociale et s’inscrit en Sciences de l’environnement et de l’écologie à McGill.

Avant de devenir une rockstar des légumes et du maraîchage, il s’est découragé et a voulu changer le monde en crissant toutte là pour aller construire des maisons en pneus de char au Mexique. J’imagine que ce n’était pas des pneus d’hiver mexicain, mais j’ai oublié de le lui demander. S’en est suivie une remontée des enfers du Mexique (où il y avait trop de « los Tabarnacos » à son goût), et je le cite : « On décrisse ». Jusqu’au Nouveau-Mexique, où il est devenu volontaire sur une ferme bio. Ça, c’était évidemment bien avant le mur de Donald, si on a suivi un peu la discrète histoire de la civilisation américaine.

C’est ainsi que Jean-Martin a su qu’il allait devenir fermier de famille. Puis, avec sa Maude-Hélène, un jour, ils décident de revenir être des prodiges près de chez eux. En remontant le continent vers la terre qu’ils se sont promise, ils s’arrêtent dans le Maine, chez Eliot Coleman, le pape de l’agriculture biologique quatre saisons. Profession de foi. Ils fondent ensuite la ferme de La Grelinette, à Saint-Armand, avec trois fois rien (trois fois rien, c’est vraiment beaucoup de rien).

Avant de devenir une rockstar des légumes et du maraîchage, il s’est découragé et a voulu changer le monde en crissant toutte là pour aller construire des maisons en pneus de char au Mexique.

La Grelinette devient un véritable phare de l’agriculture bio-intensive. En 2012, Jean-Martin publie Le jardinier-maraîcher, une encyclique — NDLR : ça, dans le langage religieux, c’est une lettre que le pape adresse à ses évêques, mais dans le cas de Jean-Martin, c’est un manuel pour apprentis — pour faire de l’agriculture biologique sur petite surface. Un best-seller et un ouvrage de référence pour une agriculture durable et alternative. Leur ferme est souvent citée. Partout. Dans le monde et sur la Lune.

Depuis quelques années, Jean-Martin gère la Ferme des Quatre-Temps, à Hemmingford. Une ferme intégrée, expérimentale et d’éducation, qui tente de redéfinir avec éthique et espoir un modèle agroalimentaire d’avenir, économiquement viable, pour son pays. Mais c’est pas facile. Avec l’aide de quelques Tabarnacos dans la fonction publique et de certains syndicats (il y en a ici aussi), il est en train de prouver qu’avec un peu de foi, dans le respect de l’environnement, et avec un peu de terre, on peut faire pousser des montagnes.

Jean-Martin Fortier est aussi l’un des personnages principaux du film que je viens de faire sur l’agriculture au Québec : La ferme et son État.

Qu’est-ce que l’agriculture bio-intensive ?

C’est une méthode qui permet un espacement très serré des cultures et, donc, un meilleur rendement par surface, ainsi qu’une meilleure efficacité. On a besoin de moins d’un hectare pour faire pousser des légumes ! C’est possible grâce à une grande attention portée à l’amélioration constante du sol. Je n’ai rien inventé : ces idées datent d’au moins 40 ans (sinon plus en Orient).

Ton approche a-t-elle un effet sur la qualité des aliments ?

Notre approche est de cultiver dans des sols vivants, de nourrir le sol et de stimuler ses éléments pour mieux nourrir les plantes. TOUS les nutriments qui se trouvent dans une plante, et qu’on ingère lorsqu’on mange les plantes, proviennent de la symbiose des éléments du sol. Mieux nourrir les sols = mieux nourrir la plante = mieux nourrir l’humain. L’inverse est également vrai.

Comment expliquerais-tu la stimulation des sols au néophyte qui lit URBANIA dans son trois et demi ?

Les sols sont vivants : une poignée de terre contient plus d’un milliard de bactéries ! Il faut avoir du sol près de soi… Trouvez un spot en ville et chérissez-le. C’est tellement, tellement cool de faire pousser des légumes !

Est-ce que tout le monde peut utiliser tes techniques ?

Oui ! J’ai rédigé un manuel pratique qui décrit toutes nos techniques. Tout le monde qui veut travailler (sérieusement) et qui est prêt à investir son enthousiasme et son temps pour apprendre le métier peut y arriver.

Faire de l’agriculture en hiver, au Québec, c’est un défi qui se réalise bien, ou le gage d’un choix très restreint d’aliments ?

Ce n’est pas sans défis, mais c’est possible. En fait, le froid fait sortir le sucre des légumes. Et on est quand même allé sur la Lune…

De quoi a besoin l’agriculture québécoise, en 2017 ?

D’une révolution totale de la façon dont on mange ! Les gens doivent exiger des aliments sans pesticides, issus d’une agriculture qui nourrit nos communautés et les campagnes (et non pas le marché)… En gros, je dis qu’il faut sortir les gens des supermarchés et les faire acheter leur nourriture par des artisans du terroir. C’est le bien-vivre. Moins de supermarchés et plus de supermaraîchers !

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