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Quoi regarder en fin de semaine : En tête de ligne
Dans son plus récent ouvrage The Infinite Game, l’auteur et conférencier Simon Sinek explore l’idée de la compétitivité dans le monde des affaires. Empruntant les concepts du professeur James P. Carse, il établit deux types de compétitions: finies et infinies. Le premier type comprend des règles claires, un début, une fin, un gagnant et un perdant. Le deuxième n’a pas de règles, pas de début, pas de fin et le principe c’est d’essayer de continuer de jouer le plus longtemps possible.
Un peu comme dans la vraie vie, en affaires… ou à l’arcade.
Le principe du livre de Sinek, c’est qu’en affaires il n’y a jamais de vainqueurs ou de perdants. Essayer d’écraser son concurrent et viser le maximum de profit au point d’oublier la raison d’être de son entreprise, c’est courir à sa perte. J’ai beaucoup pensé à The Infinite Game en écoutant le documentaire de Joëlle Arseneau et Garance Chagnon-Grégoire En tête de ligne, qui retrace la vie et l’héritage du fondateur de Vidéotron André Chagnon. Ça m’a aussi beaucoup fait réfléchir sur la culture de l’entrepreneuriat et comment on la perçoit au Québec.
Dans la vie, j’suis quelqu’un qui croit très fort en l’idée de faire les choses pour les bonnes raisons et j’ai trouvé ça inspirant de regarder la célébration de la vie d’un homme qui pensait plus loin que le fond de ses poches. Parfois il faut regarder en arrière pour mieux savoir où on s’en va et c’est pour ça que cette semaine, je vous invite à sortir de chez vous (!) pour aller voir En tête de ligne en salles!
La cause juste
Dans The Infinite Game, Simon Sinek affirme qu’une entreprise saine doit, d’abord et avant tout, avoir une cause juste. Une raison d’être qui contribue à l’avancement de la société. Celle d’André Chagnon était très claire: connecter le Québec sur le monde à l’aide de la technologie.
Des débuts de l’entreprise et l’implantation de la câblodistribution au Québec en 1964 jusqu’à l’implantation de la console Vidéoway au début des années 1990, En tête de ligne retrace non seulement la naissance et l’expansion d’un fleuron de l’économie québécoise, mais également d’une vision avant-gardiste des nouvelles technologies.
Comme l’affirme un intervenant du documentaire, le fondateur de Vidéotron avait vu et compris le monde de possibilités que pouvait offrir un réseau informatique avant tout le monde.
La location vidéo sur demande dès les années 70 et la fameuse télé interactive d’André Chagnon étaient des expressions embryonnaires de formes de commerce qui sont au coeur de nos vies aujourd’hui, plus de 30 ans après leur idéation. Comme l’affirme un intervenant du documentaire, le fondateur de Vidéotron avait vu et compris le monde de possibilités que pouvait offrir un réseau informatique bien avant tout le monde. L’idée même qui est au coeur du fonctionnement d’internet aujourd’hui.
André Chagnon n’avait peut-être pas eu l’idée expansive d’un réseau mondial, mais il était des années-lumière avant son temps. Oui, c’est un monsieur qui a fait fortune, mais son succès est le produit de ses idées et de son désir de connecter le Québec sur le monde. C’était d’abord et avant tout un passionné et quelqu’un qui a beaucoup fait pour sortir le Québec de ses vieilles habitudes.
La flexibilité existentielle
Un autre point important d’En tête de ligne qui se rattache à The Infinite Game, c’est le concept de flexibilité existentielle. C’est-à-dire une capacité à complètement changer la raison d’être de son entreprise. À la base une entreprise de câblodistribution, Vidéotron a toujours su s’adapter aux besoins d’un marché qui change de plus en plus rapidement.
En tête de ligne est d’ailleurs bourré d’anecdotes de visites de conventions technologiques d’idées d’André Chagnon qui semblaient farfelues, mais qui se sont révélées comme étant visionnaires. Bien qu’il ait vendu la compagnie à Québécor en 2001, Vidéotron a gardé l’esprit d’innovation de son prédécesseur et offre des services avant-gardistes comme le service de commande vocale Helix.
Bon, un peu comme à l’époque de Vidéoway, ça ne fonctionne pas toujours comme ça le devrait. Ça vient avec le territoire quand on essaie continuellement de nouvelles affaires.
Apprendre de la vie d’André Chagnon
La culture de l’entrepreneuriat est plus en santé que jamais. Nous sommes de plus en plus à essayer de transformer nos rêves les plus fous en de grandes ambitions. On veut tous faire de l’argent. Être notre propre patron et avoir le contrôle absolu sur notre vie.
Pour ça, il faut fournir quelque chose de valeur au monde. Un produit ou un service qui change la vie des gens ou qui, tout de moins, y contribue. Si la vie d’André Chagnon, telle que raconté par En tête de ligne, nous apprend quelque chose, c’est que le mode de vie tant rêvé par de jeunes entrepreneurs est le résultat d’un travail acharné et d’innovations. Si c’est la source de motivation, ça devient un problème parce qu’une fois qu’on devient riche et important, l’entreprise continue de tourner. C’est un jeu qui ne finit jamais, comme l’explique si bien Sinek.
André Chagnon n’avait d’ailleurs que peu d’intérêt pour le lifestyle design qui vient avec l’entrepreneuriat. Il passait la plupart de ses temps libres avec sa femme et ses enfants.
André Chagnon n’avait d’ailleurs que peu d’intérêt pour le lifestyle design qui vient avec l’entrepreneuriat. Il passait la plupart de ses temps libres avec sa femme et ses enfants à rattraper les longues heures passées loin d’eux. Bien que ses innovations appartiennent au passé et qu’il est facile de les tenir pour acquises, le parcours de cet homme nous rappelle que si la cause juste n’y est pas, un entrepreneur ne changera pas le monde. Il fera peut-être de l’argent mais on ne se souviendra pas de lui dans 30 ans.
L’entrepreneuriat, ce n’est pas un jeu qu’on gagne. André Chagnon a simplement tiré sa révérence au bon moment et laissé derrière lui un héritage à l’image de ses valeurs.
En tête de ligne est disponible dans les salles suivantes dès aujourd’hui. Bon cinéma, tout le monde!
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