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Vous êtes capable de courir trois kilomètres en 17 minutes, faire 30 push-ups et 3 pull-ups sans arrêt ? Vous pouvez « bencher » 155 livres à cinq reprises et « deadlift » 255 livres à trois reprises ?
Félicitations, vous rencontrez les exigences physiques pour adhérer à Second Sons Canada. Pour les exigences de valeurs, c’est un autre débat.
Le groupe nationaliste d’extrême droite a revendiqué la manifestation raciste du 31 mai dernier à Shawinigan, lors de laquelle une banderole proclamant « Je me souviens d’un Québec blanc » a été déployée.
Très médiatisés au cours des derniers jours, les Second Sons se présentent comme un club d’hommes axé sur l’entraînement physique et la camaraderie. Mais qui sont-ils réellement ?
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Fondé en 2024 par le vétéran et podcasteur canadien d’extrême droite Jeremy MacKenzie, Second Sons se qualifie comme une « organisation fraternelle consacrée à la santé et à la forme physique, à la camaraderie, au militantisme et au soutien amical envers ceux qui partagent nos valeurs ».
Pour joindre leurs rangs, il suffit de rencontrer les exigences physiques et d’être un citoyen canadien, bien que les citoyens américains, anglais, australiens, norvégiens et irlandais soient aussi admissibles, apprend-on sur le site internet du groupe. En revanche, les policiers et les hommes inculpés d’agressions sexuelles ou de crimes sur des enfants ne sont pas acceptés.
Le groupe fait partie d’une « tendance organisationnelle et idéologique que l’on appelle, de manière plus large, le réseau des active clubs », explique Mathieu Colin, professeur associé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directeur scientifique de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents.
Selon lui, il s’agit de « la tendance d’extrême droite la plus dynamique », leur nombre étant en pleine expansion au Canada depuis 2023. Un phénomène que l’on observerait aussi aux États-Unis et en Europe, selon l’expert.
On estime à une trentaine le nombre d’active clubs au Canada.
Leur stratégie : recruter grâce à la dimension sportive, masculine et communautaire, avant d’injecter l’idéologie suprémaciste blanche, souligne Colin. Dans l’espace public, ces groupes « vont éviter de trop choquer » et « cachent les discours les plus violents et extrémistes ». Ensuite, c’est sur des chaînes de communication et des chaînes privées que sont diffusés les contenus néonazis et suprémacistes blancs.
Ces active clubs, précise le professeur, accueillent d’anciens membres de groupes qui ont été placés sur la liste des entités terroristes au Canada, comme les Proud Boys.
Le fondateur du club, Jeremy MacKenzie, est aussi à l’origine de Diagolon, un groupe canadien créé en opposition aux mesures sanitaires durant la COVID-19, composé de vétérans, dont certains possédaient des armes. L’organisation a été identifiée comme extrémiste, violente et à motivation idéologique par la Chambre des communes du Canada en 2022.
Quant à la branche québécoise de Second Sons Canada, elle se trouve à Montréal, et est connue sous le nom de Frontenac Active Club. Auparavant indépendant, le club s’est joint à Second Sons Canada il y a quelques mois, explique Mathieu Colin.
L’intimidation peut faire partie du modus operandi des active clubs, confirme Mathieu Colin. Alors que les groupes d’extrême droite étaient auparavant plus présents en ligne, « il y a cette volonté d’être présent dans l’espace public et de recréer une présence physique ».
Un des hommes qui a intimidé Gilmore, Shawn Beauvais MacDonald, est un leader du club québécois, ainsi qu’un néonazi très actif au sein de l’extrême droite québécoise. Cette semaine, il s’est attribué les mérites de la récente manifestation à Shawinigan via la plateforme Telegram.
Ancien administrateur de la page Facebook anglophone du groupe d’extrême droite québécois La Meute, il a aussi été impliqué dans des groupes comme Atalante Québec (dont des membres étaient entrés par effraction dans les bureaux de Vice Québec en 2018), les Soldats d’Odin et Storm Alliance.
Il était aussi présent au rassemblement d’extrême droite Unite the Right ayant eu lieu en 2017 à Charlottesville, en Virginie. Cet événement s’était soldé par la mort d’une contre-manifestante de 32 ans, renversée par un néonazi qui avait foncé dans la foule avec sa voiture.
Dans un Canada « profondément polarisé, politisé et divisé », « les individus qui se trouvent en dehors des normes sociales “acceptées” en raison de leur vision du monde ou de leurs convictions politiques peuvent s’attendre à être menacés et harcelés », peut-on lire sur le site de Second Sons Canada. C’est pourquoi leurs visages sont toujours masqués ou floutés lorsqu’ils publient des photos.
« Il y a une volonté de faire peur », explique Mathieu Colin, qui ajoute que le groupe canadien s’inspire de l’esthétisme des organisations du genre aux États-Unis, dont les membres sont aussi cagoulés. Les leaders du groupe, figures bien connues de l’extrême droite, sont toutefois rarement anonymes.
Et quelle est la signification derrière le nom « Second Sons » ?
Le groupe écrit sur son site que dans « l’histoire européenne », le fils aîné de la famille était l’héritier du père, alors que le deuxième fils, s’il souhaitait acquérir un nom ou une fortune, « devait partir de son côté et bâtir [son avenir] lui-même ».
« Dans le Canada de 2024, de nombreux hommes ont le sentiment que le droit de naissance et l’héritage familial que leurs ancêtres ont travaillé si fort à construire leur sont retirés et donnés à d’autres. Ils se sentent abandonnés, trahis et seuls. Ils s’inquiètent pour leur avenir », peut-on y lire.
En Mauricie, c’est plutôt eux qui ont semé l’inquiétude, menant les élus à condamner la manifestation et son message.
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Après avoir mené une enquête sur le Frontenac Active Club en mars dernier, la journaliste Rachel Gilmore a été victime d’intimidation de la part de deux membres du club, alors qu’elle assistait à un concert donné par son conjoint, altercation qu’elle a détaillée dans un texte publié dans The Tyee.
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