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Qu’est devenue la scène vintage montréalaise?
Photo: Salomé Maari

Qu’est devenue la scène vintage montréalaise?

Entre vêtements et vinyles, la métropole reste unique.

10 juillet 2026
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À son kiosque perdu quelque part dans l’allée 10 du Marché aux puces Saint-Michel, Carmen Chandonnet vend de la nostalgie depuis 15 ans. Forte d’un quart de siècle d’expérience dans la vente seconde main, elle a vu sa clientèle se transformer au fil du temps.

« C’est ma meilleure année », lance du tac au tac l’octogénaire, qui a vu ses ventes bondir d’au moins 20 % depuis l’an dernier. L’ancienne propriétaire d’une friperie à Bois-des-Filion a remarqué un intérêt croissant des jeunes pour le vintage au cours des dernières années.

Et elle est loin d’être la seule. On est allés à la rencontre de vétérans du milieu pour savoir comment celui-ci a évolué.

Carmen Chandonnet, vendeuse au marché aux puces Saint-Michel depuis 15 ans.
Carmen Chandonnet, vendeuse au marché aux puces Saint-Michel depuis 15 ans.
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UNE CLIENTÈLE DE PLUS EN PLUS JEUNE

« Le vintage, c’est vraiment ça que [les jeunes] cherchent », laisse tomber Carmen Chandonnet. « Le cuir, la fourrure, ils adorent ça. »

Et pourquoi cet intérêt renouvelé ? « Je leur ai demandé. Ils auraient voulu être dans notre époque », répond-elle.

Un peu plus loin, la vendeuse de « petites bébelles » du stand 234, Chantal Pelletier, a elle aussi vu sa clientèle évoluer.

Chantal Pelletier, vendeuse au Marché aux puces Saint-Michel.
Chantal Pelletier, vendeuse au Marché aux puces Saint-Michel.

« Avec la pandémie, on a perdu beaucoup de clients habituels d’un certain âge. Après, on a eu beaucoup plus de jeunes », explique-t-elle. Elle précise que s’ils sont plus nombreux, ces derniers ont toutefois moins d’argent à dépenser.

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DE LA NICHE AU MAINSTREAM

Quand Mélissa Turgeon, propriétaire de la boutique CUL-DE-SAC, a ouvert les portes de sa friperie située sur le boulevard Saint-Laurent il y a une vingtaine d’années, le paysage vintage était bien différent.

« Il y avait quelques friperies sur Mont-Royal et ici, sur Saint-Laurent, et c’était à peu près tout », se souvient-elle. « Là, depuis récemment, c’est juste fou. »

Depuis, la propriétaire a vu le nombre de boutiques de vêtements vintage exploser sur le territoire montréalais.

Mélissa Turgeon, propriétaire de la friperie CUL-DE-SAC, située sur le boulevard Saint-Laurent.
Mélissa Turgeon, propriétaire de la friperie CUL-DE-SAC, située sur le boulevard Saint-Laurent.
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Vestes en jeans, t-shirts de groupes de musique et attirail fluo : CUL-DE-SAC regorge de pièces des années 1980 et 1990. « Igloofest, pour moi, c’est un bon moment », plaisante la vendeuse.

Plus haut, sur la Main, la boutique Kitsch’n Swell vous transporte encore plus loin dans le temps, avec ses robes à pois, ses jupes évasées et ses lunettes « œil de chat ».

Karine Gauthier, propriétaire du Kitsch‘n Swell, sur le boulevard Saint-Laurent.
Karine Gauthier, propriétaire du Kitsch‘N Swell, sur le boulevard Saint-Laurent.

LE « VRAI RÉTRO » : DE PLUS EN PLUS RARE

C’est en 2008 que la passionnée de rockabilly Karine Gauthier a racheté une friperie qui s’apprêtait à mettre la clé sous la porte. Près de deux décennies plus tard, son commerce s’est imposé comme la plus grande boutique rétro du Québec, selon elle.

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« Il y a 20 ans, tu allais dans les boutiques vintage, tu trouvais vraiment des trésors », souligne l’amoureuse du style pin-up. Par « trésors », elle veut dire : de vrais vêtements des années 1950. Malheureusement, ces derniers se font de plus en plus rares, déplore-t-elle.

Alors qu’à ses débuts, le commerce se spécialisait dans le vintage, il s’est mis à offrir de plus en plus de vêtements neufs respectant toutefois style de l’époque. Aujourd’hui, tout est neuf.

Parallèlement, la définition du vintage a évolué avec les années. Alors que les années 2000 n’en faisaient pas partie, elles sont désormais mises de l’avant. Des commerces montréalais, comme le Club 777 et le Cyber Vintage, misent entièrement sur cette esthétique surnommée « Y2K », qui séduit particulièrement la génération Z.

LES VENTES TOURNENT BIEN CHEZ LES DISQUAIRES

Aux 33 tours, un disquaire situé sur la rue Mont-Royal, les ventes de produits usagés sont en pleine croissance. « Pour nous, ça n’a jamais aussi bien été », laisse tomber Nicolas Goulet, responsable du département audio.

Nicolas Goulet, responsable du département audio chez Aux 33 tours.
Nicolas Goulet, responsable du département audio chez Aux 33 tours.
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Le nombre de réparations de tables tournantes et autres équipements de son usagés y a plus que doublé en cinq ans.

Si la qualité et les prix du seconde main attirent les amateurs de musique, c’est surtout le look vintage qui les convainc, croit le technicien de son. « On a beaucoup de trucs noirs, mais, en général, des petits amplis avec un coffret de bois et des haut-parleurs en bois, ça pogne. Ça fait un sale look dans le salon. »

Les ventes de disques suivent la même tendance. L’an passé, la boutique a vendu 100 000 copies usagées, alors qu’il y a cinq ans, ce nombre s’élevait plutôt aux alentours de 50 000 ou 60 000.

Nicolas Goulet explique qu’il rencontre régulièrement de jeunes clients qui souhaitent se bâtir une collection de vinyles à partir de rien. Le pro du son doit cependant les ramener à la réalité : ce hobby coûte cher et ne se finance pas avec une « job d’ado ».

S’ils veulent collectionner les 33 tours, certains devront vraisemblablement continuer à s’habiller de seconde main… mais pas juste pour le look.

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