Logo

Qu’est-ce qu’ils veulent… les groupes pro-armes?

Et si, finalement, on n’était pas si différents des Américains?

Par
Pier-Luc Ouellet
Publicité

À chaque fois qu’il y a une tuerie aux États-Unis, nos voisins du sud relancent le débat sur le contrôle des armes à feu… pour finalement ne rien faire du tout. Et c’est l’influence de la NRA, le puissant lobby pro-armes américain, qui est pointée du doigt pour cet immobilisme (ça pis le fait que les Américains trippent vraiment sur les cowboys).

Mais au Canada aussi on a nos groupes de pression pro-armes. Les plus importants au niveau pancanadien sont probablement la NFA et la CCFR, issue d’un schisme au sein de la NFA. Au Québec, le groupe Tous contre un registre Québécois des armes à feu est probablement l’un des groupes les plus importants, avec 25 000 likes sur Facebook (et on le sait, tout se mesure en likes.)

Je me suis donc entretenu avec son vice-président, Guy Morin, pour répondre à la question « Mais qu’est-ce qu’ils veulent les groupes pro-armes? »

La différence entre les États-Unis et le Québec

Les États-Unis traînent cette réputation de maniaques des armes à feu. Et c’est pas complètement sans fondement : il y aurait plus d’une arme par personne aux États-Unis en ce moment, de loin la proportion la plus élevée au monde (au Canada, on parle de 0.3 armes par habitant).

Publicité

Mais les groupes québécois insistent pour dire que notre rapport aux armes n’est pas le même qu’au pays de l’oncle Donald : « Il y a une différence, c’est qu’ils ont le 2e amendement, qui protège le droit de tous les citoyens de posséder une arme à feu », dit Guy Morin, de Tous contre un registre Québécois des armes à feu.

Les armes seraient donc vues aux États-Unis comme un moyen de se défendre et de protéger sa propriété alors qu’ici, les armes serviraient davantage à la chasse et aux loisirs.

Le registre des armes à feu : l’ennemi déjà abattu

Ce à quoi s’opposent avec le plus de vigueur les groupes pro-armes au Québec, c’est surtout le registre des armes à feu. Il a été aboli au fédéral en 2012 par le gouvernement de Stephen Harper (je sais pas si vous vous en souvenez, il était comme Justin Trudeau mais il trippait plus sur le pétrole que sur Star Wars?) Le Québec tente en ce moment d’ouvrir son propre registre, ce qui suscite une forte opposition de la part des propriétaires d’armes.

Pourquoi?

Publicité

« On a eu un registre fédéral qui a coûté très cher et qui a prouvé qu’il était complètement inutile » déclare fermement Guy Morin. Les coûts pour un registre québécois sont estimés à 17 millions pour la mise en place et à 5 millions par année par la suite.

Et pourquoi inutile? Parce que pour Guy Morin, le PPA (Permis de port d’armes) suffit déjà amplement. Sans ce permis, on ne peut pas posséder d’armes à feu. On s’assure donc que les propriétaires aient les qualifications requises. Et selon M. Morin, les policiers seraient déjà forcés lors de leurs interventions de faire comme si le suspect est armé en tout temps, puisqu’il pourrait posséder une arme illégale de toute façon.

On juge qu’un registre servirait surtout à faire l’inventaire des armes qui existent légalement au pays, et monsieur Morin craint qu’on ne s’en serve pour bannir des armes plus tard : « Un registre, ça sauve aucune vie, ça fait rien, c’est simplement une question de faire des saisies à long terme. »

Publicité

Comment diminuer le nombre de victimes, alors?

Pour M. Morin (difficile de connaître l’avis de la NFA et de la CCFR puisqu’ils ont ignoré nos demandes d’entrevue), la solution ne passe pas par davantage de réglementation, mais bien par davantage de suivi des individus à risque. Il me raconte par exemple que Kimveer Gill avait un parcours bien connu en santé mentale, et que selon lui, un suivi plus serré aurait pu aider à prévenir la tragédie.

Il souligne aussi que la plupart des morts par balle sont en fait des suicides. Selon sa réflexion, même si on enlevait toutes les armes, ces suicides se feraient autrement. On réduirait le nombre de morts par armes à feu, parce qu’il n’y aurait plus d’armes à feu, mais pas le nombre de morts.

Vraiment une question d’argent?

Reste qu’au terme de la discussion, l’argument qui revenait le plus contre le registre, c’était l’argent. Mais j’avais de la misère à croire que c’était tout. Même si la mesure ne sauvait qu’une poignée de vies au final, cela ne vaut-il pas les quelques dollars par citoyens que ça coûterait? Je sentais qu’il y avait autre chose.

Publicité

Je vais à la pêche : est-ce que ça se pourrait qu’il y a derrière ça un enjeu de liberté? Bingo. « Je suis un petit peu libertarien. À partir du moment où tu désarmes une population, la population n’est plus en moyen de se défendre. »

Et si finalement, nous n’étions pas si différents des Américains… en dehors de nos lois?

Fait que là, qu’est-ce qu’ils veulent les groupes pro-armes?

Et si, finalement, on n’était pas si différents des Américains?

Pour lire un autre texte de Pier-Luc Ouellet, c’est ici!

Publicité