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Qu’est-ce qu’ils veulent… les électeurs de Trump?
Dans sa chronique, Pier-Luc Ouellet parle avec des gens qui défendent des idées différentes des siennes, et il tente de répondre à la question : « mais qu’est-ce qu’ils veulent? » Ce mois-ci, qu’est-ce qu’ils veulent les électeurs de Donald Trump?
Ça fait déjà un an que Donald Trump a été élu. Je sais, ça en a paru comme 10, mais non, ça fait seulement un an. La bonne nouvelle, c’est que si le président américain nous mène à l’apocalypse nucléaire, au moins le temps jusque-là nous aura paru très long.
Mais reste qu’un an plus tard, beaucoup d’entre nous se demandent encore comment un candidat qui proposait de faire un mur géant pour régler le « problème » de l’immigration, qui avouait attraper les femmes par les parties génitales sans honte, qui se moquait des vétérans et des handicapés, a pu être élu au plus haut poste du gouvernement américain.
Pour essayer de comprendre, j’ai parlé à Andréanne Bissonnette, chercheuse à l’Observatoire de géopolitique et Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Je sais, c’est un petit peu différent de d’habitude où je parle à une personne qui défend une idée, mais ça ne me tentait pas de demander à un américain « Ouaille dou you vote for Donald Trompe? » pis de toute façon, ça m’aurait coûté ben trop cher d’interurbain.
C’est qui le genre de monde qui vote pour Trump?
D’emblée, je demande à madame Bissonnette qui sont ces gens qui ont élu Trump. La première chose qu’elle me répond, c’est qu’on a sondé les électeurs à la sortie des bureaux de vote en 2016, et qu’un constat s’imposait : les électeurs du président à la coiffure mystérieuse étaient principalement des hommes blancs : « Donald Trump a remporté le vote blanc, mais il a perdu le vote de toutes les autres ethnies. »
Mais pour être plus précis, Andréanne Bissonnette compte cinq grandes catégories d’électeurs qui ont donné leur appui au président : il y a tout d’abord les gens désengagés, le genre de personnes qui se disaient « moi je vote pas, les politiciens sont tous pareils » et qui ont trouvé en Donald Trump un politicien vraiment pas pareil.
Il y a ensuite les conservateurs, ces gens qui croient que les valeurs américaines sont en danger et qu’il faut les défendre. C’est probablement eux les grands acheteurs de casquettes « Make America great again » (eux et les gens qui se cherchaient un costume d’Halloween vraiment inapproprié.
Viennent ensuite les gens qui sans être nécessairement des conservateurs fiscaux sont des conservateurs sociaux. Des gens qui trouvent que les affaires de pot pis de LGBT et tout ça, ça va trop loin.
On a ensuite les gens appelés par les discours machistes et anti-immigration, bref, le genre de monde qui se tient sur 4chan. Pour eux, les histoires de mur et de « Grab her by the pussy », c’était des arguments convaincants.
Et finalement, la grande donnée mystérieuse de cet électorat, les femmes qui ont voté pour Donald Trump. Avec ce qu’il incarnait, on se serait dit que les femmes, comme les amateurs de coupes de cheveux de bon goût, le verraient comme leur ennemi naturel. Or, un bon nombre de femmes ont décidé de lui donner leur appui. Pourquoi? Ce sont des femmes qui prônent un certain conservatisme moral. Elles sont religieuses [d’ailleurs, madame Bissonnette nous souligne que Trump a fait l’un des meilleurs scores chez les évangéliques parmi les candidats républicains des dernières années], elles s’opposent à la contraception et surtout à l’avortement.
Est-ce que ça va changer?
Mais là, maintenant qu’on sait qui a voté pour Trump, est-ce qu’on sait si ces gens-là risquent de changer d’idée? Comme quand on essaie de deviner le prochain tweet du président, c’est dur à prédire.
Déjà, l’analyse que font les experts a changé dans la dernière année. Le temps leur a permis de mieux comprendre l’importance de cet électorat blanc fragilisé par la crise économique, le genre de monde qui travaillait chez Ford pis qui est aujourd’hui en maudit.
Mais surtout, ce qu’on s’est rendu compte, selon Mme Bissonnette, c’est que « le géant latino » ne s’est pas réveillé. On s’attendait à ce que les électeurs latinos, qui sont habituellement peu mobilisés, décident de voter, à force de se faire traiter de violeurs à chaque conférence de presse de Trump. Mais ce n’est pas arrivé. Le « géant latino » est resté endormi. Il y aurait une blague de siesta à faire, mais je vais m’abstenir dans les circonstances. Reste à savoir si ça va changer aux prochaines élections.