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Vous vous rappelez la pas si lointaine époque où votre feed Instagram était rempli de boulangers du dimanche, s’évertuant à confectionner des pains de toutes sortes faute d’avoir autre chose à faire en confinement? Eh bien, semblerait-il qu’avec la deuxième vague de COVID-19 qui arrive à nos portes, une autre tendance culinaire est en train de faire son apparition: la préparation de conserves.
On sait qu’un trend de pandémie est bel et bien réel quand on assiste à une pénurie d’un certain produit. On n’a qu’à penser au #papierdetoilettegate ou au vide sidéral dans les étagères de bouffe en canne au début de la crise sanitaire dans les épiceries.
Cette fois, ce sont les pots Mason qui semblent avoir disparu des allées, si on se fit à Elena Faita de la Quincaillerie Dante. Elle a affirmé, en entrevue au 15-18 sur ICI Première le 7 septembre dernier, que son commerce s’est fait dévaliser ses petits contenants en verre à cause «d’un engouement marqué pour les conserves cette année».
«C’est vrai, cette année, c’est la folie», a confié la commerçante au 15-18.
Mais qu’est-ce qui explique qu’on se pitch comme ça dans la préparation de conserves? Pour le savoir, on s’est entretenu avec Geneviève Sicotte, professeure en études françaises à Concordia et spécialiste en représentation des aliments.
Si vous vous demandez ce que ça mange en hiver une spécialiste en représentation des aliments, Geneviève Sicotte a une explication assez simple. «Je m’intéresse à l’imaginaire collectif autour de la nourriture. J’examine plusieurs documents de la culture populaire (des romans, des livres de recettes, des séries télé, des films, etc.) sur un thème précis et je fais des analyses.»
Par exemple, la professeure d’université s’est intéressée à la place de la chasse et la sauvagerie dans l’imaginaire collectif québécois pour «comprendre pourquoi ça nous parle en tant que société».
La pandémie des derniers mois a donné pas mal de jus analytique à la chercheuse avec les tendances culinaires qui ont émergé, à commencer par la confection de pain maison, «qu’on a abordé en long et en large».
Depuis les dernières semaines, ce sont les conserves qui attirent l’experte en interprétation. «C’est un phénomène fascinant qu’on peut analyser sous quatre axes différents», explique-t-elle.
«Mettre dans un contenant des aliments propres à une saison qui seront consommés plus tard permet de suspendre en quelque sorte le passage du temps.»
Ensuite, il y a le côté technique qui peut représenter un attrait pour certains. «Il y a un rapport quasiment scientifique dans la maîtrise de faire des conserves. Il faut bien stériliser les pots, faire bouillir les légumes, etc. Il y a quelque chose de très sécurisant de suivre toutes ces étapes claires. On sent qu’on a le contrôle sur quelque chose.»
«L’aspect autosuffisance est également très important là-dedans, poursuit Geneviève Sicotte. On a vu récemment qu’on ne peut pas toujours dépendre des épiceries pour nous approvisionner donc de savoir qu’on est indépendant alimentairement parlant, c’est valorisant et sécurisant.»
Le dernier aspect mais non le moindre est celui du don et du partage. «Traditionnellement, on fait des conserves en groupe puisqu’on produit des grandes quantités. Il y a donc naturellement une forme de partage et de don de soi qui aide à tisser des liens avec sa communauté, ce qui est important dans un contexte où on peut facilement se sentir isolé», amène l’experte.
Si elle reconnaît que cuisiner peut être un bon moyen de se changer les idées quand tout semble tourner au vinaigre, Geneviève Sicotte estime qu’il ne faut pas faire l’autruche dans ses poêles et ses chaudrons pour autant. «Ça ne doit pas devenir une façon de fuir des enjeux graves. Oui ça peut servir de valeur refuge pour se faire du bien, mais on ne peut pas utiliser la cuisine comme thérapie non plus. Il faut trouver un juste équilibre», dit-elle.
«Ça ne doit pas devenir une façon de fuir des enjeux graves. Oui ça peut servir de valeur refuge pour se faire du bien, mais on ne peut pas utiliser la cuisine comme thérapie non plus.»
Selon la professeure, pouvoir régler ses tracas de pandémie en concoctant une miche de pain ou des conserves de betteraves représente un luxe. «Il y a en pour qui la pandémie a mené à de graves conséquences, comme de l’insécurité économique et alimentaire et je crois qu’on ne doit pas minimiser ça non plus.»
Pour ce qui est de la prochaine tendance culinaire sur le menu, Geneviève Sicotte n’en a aucune idée pour le moment. «Mais mon petit doigt me dit que le temps des Fêtes va être intéressant à analyser cette année», conclut la chercheuse avec un léger sourire dans la voix.
En espérant que cet article ne vous a pas laissé sur votre faim.
Le premier est l’aspect spatio-temporel des conserves. «Mettre dans un contenant des aliments propres à une saison qui seront consommés plus tard permet de suspendre en quelque sorte le passage du temps. Par exemple, une pêche dans son état naturel va pourrir au bout de quelques jours et ne sera plus comestible. Mais une fois en conserve, on lui procure une vie plus longue, explique-t-elle. Quand on se sent menacé, comme en contexte de pandémie, ça peut être très puissant comme baume sur nos bobos.»