Depuis que le Québec fait parler ses t-shirts… au-delà du « Prends ça mollo »

Un survol des créateurs québécois de chandails funnés

Quand je regarde mon historique d’achats locaux, ce qui revient le plus souvent ce sont ces chandails cocasses et décomplexants présentant des images ou des phrases qui reflètent un discours rassembleur.

Mon premier contact avec ces « chandails qui parlent » remonte à il y a près de 3 ans, alors que l’artiste Gabrielle Laïla Tittley (alias Pony) imprimait ses premières œuvres sur du prêt-à-porter.  Par un beau dimanche dans une boutique éphémère, j’étais tombée sur ce pull blanc au trait de crayon habile et candide, révélant un dinosaure poursuivi par une météorite et présentant le phylactère « Bitch don’t kill my vibe ».

Déclencheur de conversations et vecteur d’attitude, ce pull me donna la piqûre de la tendance «regarde comment mon chandail reflète mon swag et mon inconscient », et je ne fus certainement pas la seule: dans les dernières années, de plus en plus de Québécois.es, tant des artistes novices que des graphistes seniors, se sont mis à étaler leur propre sens de l’humour sur du textile. Depuis, on dirait que le Québec en entier en redemande: jamais les chandails n’ont autant eu le droit de parole que de nos jours. Car à travers ces vêtements parlants, c’est toute une société et une génération qui s’est mise à parler.

Et dans les paroles les plus arborées, on pourrait mentionner les mantras d’Anabel Roy, particulièrement répandus chez les générations dénonçant la culture du zen. Avec leur fameux « Namaste caliss » ou « Prends ton pouls », les pulls et t-shirts de celle que l’on surnomme Ana fait  un joli fuck you à cette quête boulimique de perfection.

On reconnaît aussi facilement les adorables chandails de Mimi et August, bien connus pour leur commerce équitable, et qui font eux aussi l’éloge de cette non-perfection. Encourageant le « Body diversity », on ne peut que se sentir chez soi dans ces t-shirts faisant surtout l’apologie du confort, même lorsque le chandail slutshame ton chat.

L’apologie du confort

Sans vouloir prêter d’intentions aux chandails de la province, c’est tout de même un peu ça qu’ils nous crient, depuis quelque temps. À un point tel que l’auteure Véronique Grenier a même pensé à leur créer une ligne de vêtement entière dont l’étendard se traduit par ce terme si québécois « linge mou ».  En partenariat avec Les beaux jours, elle est en effet partie de l’idée de vouloir supprimer cette pression de performer: « Le fait d’écrire linge mou avec un point à la fin était pour moi un réel statement. Ça nous ramène à cette mollesse que l’on côtoie dans la vie de tous les jours…et qui est correcte ! »

Parlant de correct, j’ai justement un petit crush pour les produits de Toujours Correct, formé par les soeurs Minner-Barrette, et qui vise aussi à mettre de l’avant la non-obligation d’être toujours « hop la vie » et sans non plus glorifier le pathos. En effet, les deux femmes poussent leurs représentations graphiques à plusieurs niveaux: « On a un chandail où à côté du mot lundi il y a un dessin de main crispée- parce que pour vrai qui aime les lundis- et juste à côté il y a une main placée en signe de perfection représentant le samedi. C’est une vibe autant universelle qu’unisexe, et à l’ère des réseaux où on passe notre vie à se comparer à tout le monde, ça peut faire du bien de mettre de l’avant tout ce qui n’est pas extraordinaire », me raconte l’aînée, Béatrice.

Encenser l’ordinaire, c’est un peu ça, notre nouvelle manière de survivre au quotidien

Un autre de mes coups de coeur dans ce domaine est l’artiste Marc-Antoine Tremblay, alias Maquilin, dont le col roulé « toute est dans toute », calligraphié avec des signes japonais, est un peu une mise en abyme de ces phrases québécoises qui veulent tout et rien dire à la fois. Et Marc-Antoine, dans son style un peu « méta », a cru bon de superposer du japonais sur du québécois. Puisqu’ au fond, toute peut vraiment être dans toute.

Tout le monde aime les chandails qui parlent

Et je pense qu’on aime vraiment ça, sentir qu’on appartient à une culture, lorsqu’on s’habille. C’est un peu ce qu’évoquent les nouveaux chandails  « J’ai survécu à la crise du verglas » de la rédactrice Stef Forcier, en ligne 20 ans pile après l’événement marquant. Faisant un réel hommage à notre patrimoine et à notre mémoire collective, Stef raconte que ce dont elle se souvient surtout,  c’était la route en voiture avec ses parents pour aller constater les pylônes d’électricité qui étaient tombés près de la chaussée. « Il y avait du Sylvain Cossette qui jouait et depuis, j’associe les pilons d’électricité à Sylvain Cossette ».  Étrangement, ce que Stéphanie raconte est en fait une représentation un peu trop juste de la culture québécoise: des référents si précis de notre paysage médiatique microscopique qu’ils en sont drôles.

Justement, je ne peux terminer ce portrait sans faire la mention de ces chandails humoristiques mettant en scène des célébrités québécoises sur le site de Confortable Worlds. Cette compagnie a eu la bonne idée de demander à des humoristes d’ici de transposer leur dérision sur textile, et ça donne des résultats comme: Guy Jodoin body-builder dans l’espace ou Céline Dion sur un dragon punissant Grégory Charles, gracieusetés de l’acadien Daniel Pinet.

En vous quittant, les chandails drôles du Québec m’ont laissé un message que je vous transmets à l’instant : « On est contents d’être des véritables vecteurs de culture, et tant mieux si on vous aide à prendre ça mollo! Mais ce qui nous rend particulièrement contents, c’est quand vous nous portez et exposez avec tant de fierté! »

Merci, chandails drôles du Québec. #ACHATLOCAL

Crédit photo: Ana Roy, Studio Couleur Vive et Comfortable World.

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