Quand les grands-parents achètent trop de cadeaux
Pour certains, devenir grand-parent, c’est profiter du côté le fun des enfants sans avoir à gérer les devoirs, les crises ou les routines. Mais c’est aussi les cadeaux. Parfois, trop de cadeaux.
C’est bien de vouloir gâter les petits-enfants, mais quand on en vient à contrecarrer les valeurs ou les règles que les parents essaient d’inculquer, les tensions ne tardent pas à apparaître. Alors, qui a le dernier mot?
On a recueilli le témoignage de deux mères, qui ont accepté de raconter leur situation… à condition de ne pas être identifiées pour ne pas shamer publiquement des membres de leur famille.
« J’ai un gros hic avec ma mère », confie Annabelle, mère d’un garçon et d’une fille d’âge préscolaire. « Elle a toujours été généreuse, mais on dirait qu’elle ne peut pas s’empêcher de faire des cadeaux à mes enfants! »
Chaque fois qu’elle reçoit ses petits-enfants, la dame, que nous appellerons ici Muriel, offre un présent à chacun d’eux. « C’est comme si c’était nécessaire qu’elle leur fasse un cadeau », déplore Annabelle. Elle achète des jouets usagés dans des boutiques comme Renaissance et des friperies. « Pour elle, parce qu’elle ne paie pas cher, c’est comme si ça ne comptait pas vraiment. »
Adepte de simplicité volontaire, Annabelle use ses objets jusqu’à la corde avant de les remplacer. Cette accumulation de jouets finit donc par lui taper royalement sur les nerfs.
« J’ai essayé de lui expliquer que ça fait en sorte que chaque fois qu’ils vont la visiter ou faire dodo chez elle, les enfants s’attendent à recevoir une nouvelle bébelle », explique la maman. « Mais c’est plus fort qu’elle : on dirait que ça entre dans une oreille et que ça sort tout de suite par l’autre! »
Muriel a aussi développé une autre habitude qui enrage particulièrement sa fille : lors des célébrations d’anniversaire d’un de ses petits-enfants, elle offre systématiquement « un cadeau emballé, avec une carte » à l’autre enfant.
« Elle dit que c’est plate quand un enfant regarde l’autre déballer des cadeaux, mais moi, ça me rend carrément malade », rage Annabelle. « Pour un enfant, c’est un apprentissage important que de comprendre que ce n’est pas toujours ton moment de gloire. Là, c’est rendu que quand c’est la fête de quelqu’un d’autre, mes enfants s’attendent à recevoir un cadeau! »
La quantité plutôt que la qualité
La belle-mère d’Isabelle fait pour sa part partie de la confrérie des grands-parents qui dépensent sans compter sur Shein et Temu pour gâter leurs petits-enfants.
« Avant, elle achetait des vêtements et on lui a interdit parce qu’on a appris que certains pouvaient être inflammables. Maintenant, elle achète des objets bas de gamme : elle cherche à les gâter à tout prix avec le plus de cochonneries possible pour être la meilleure mamie », déplore la mère de trois enfants.
La grand-mère en question prend plaisir à voir ses enfants s’extasier devant chaque cadeau. Ce faisant, elle privilégie la quantité à la qualité. « Au troisième anniversaire de ma fille, elle lui avait acheté plein de cossins qu’elle lui donnait un par un… Le déballage des cadeaux a duré genre 30 minutes », raconte Isabelle.
« Je suis tannée qu’elle arrive avec plein de cochonneries dont [les enfants] n’ont pas besoin. Ça prend de la place et ça casse à rien, c’est dangereux », renchérit-elle. « Le seul aspect positif, c’est que les enfants apprennent à dire merci. »
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, une montagne de jouets ne rend pas un enfant plus heureux. Dans un article du Protégez-Vous, la psychologue Diane Dulude souligne que la surabondance d’objets peut carrément nuire au développement de l’autonomie, du sens critique et de la capacité à faire des choix d’un enfant.
D’ailleurs, une autre étude est arrivée à une conclusion semblable : des enfants ayant moins de jouets faisaient preuve de davantage de créativité.
Du temps plutôt que des objets
Annabelle et Isabelle souhaiteraient qu’au lieu des cadeaux, les mamies offrent des expériences et des souvenirs à leurs enfants.
« J’ai dit à ma mère qu’une soirée au cinéma ou un après-midi à faire des biscuits, ça serait bien mieux que des jouets », explique Annabelle. « Du temps de qualité, c’est le meilleur des cadeaux. »
« Ma mère, elle, prend le temps de choisir des cadeaux qui vont durer dans le temps et qui sont significatifs… pour créer des souvenirs », note Isabelle.
Naître et Grandir propose ici une liste d’activités que les grands-parents peuvent faire avec leurs petits-enfants, simples et gratuites.
Parce que malgré tout l’amour qu’on leur porte, les grands-parents finissent par disparaître : les souvenirs des bons moments passés avec, eux, sont éternels.
Que faire?
D’abord, rappelez-vous que c’est vous, le parent. Vos règles et les valeurs que vous souhaitez inculquer à vos enfants ont préséance, et vous devez le rappeler calmement, mais fermement, aux grands-parents récalcitrants.
Pas besoin de se faire la guerre au prochain réveillon, mais ça vaut la peine d’avoir une vraie conversation. Précisez que le problème n’est pas l’amour qu’ils portent à leurs petits-enfants : c’est plutôt que l’accumulation de cadeaux finit par brouiller les limites que vous tentez d’instaurer.
Expliquez-leur que votre enfant ne se sentira pas moins aimé s’il reçoit moins d’objets, et que l’amour s’exprime aussi à travers des moments de qualité, comme le plaide Annabelle.
S’ils tiennent toujours à leur faire des cadeaux, imposez des limites : un seul cadeau par visite, des livres, une sortie au zoo, une inscription à un cours, une contribution au REEE… Bref, quelque chose qui dure plus longtemps qu’un cossin en plastique qui finira tôt ou tard dans un bac.
« Il est important de reconnaître l’autorité des parents en parlant discutant du cadeau qu’on souhaite offrir avec les parents. Le but est de surprendre l’enfant, pas les parents », écrit Catherine Wilson sur le site Focus Famille Canada.
Les grands-parents n’agissent généralement pas par malice. Le défi consiste simplement à leur rappeler qu’un enfant n’a pas besoin de repartir les bras pleins pour se sentir aimé. Les souvenirs d’un après-midi passé à décorer des biscuits, à faire du bricolage ou à jouer aux cartes risquent de survivre beaucoup plus longtemps qu’un autre jouet oublié au fond d’un coffre.
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