Qu’est-ce qu’il y avait entre nous autres ?

J’ai les yeux encore collés.

La tête calée dans l’oreiller.

Je rêve que je dors pour très longtemps… mais pus pour longtemps.

Mon cadran affiche l’heure fatidique en gros néons rouges : 6h30. Déjà, sans même que j’aie rien demandé, le monde vient à moi et me parle:

« Il est 6h30 et vous écoutez votre émission matinale préférée en compagnie de votre animateur préféré sur les ondes de votre station préférée… »

Bon. Disons que c’est pas le monde, mais une partie du monde.

Tout à coup, Alex Nevsky débarque dans ma chambre à coups de

Pa pa pa pa pa

Pa pa pa pa pa

Me semble qu’il est de bonne heure pour être de bonne humeur…

Je me lève d’un coup sec. Prêt à affronter d’abord la douche, puis ma longue journée.

Fripé, la douche va me renipper.

Pendant que je vole de mes propres ailes jusqu’à la salle de bain, le trio matinal parle de cette indépendance qu’ils haïssent. Mais dans la coloc, c’est pas un mot contre la souveraineté: Jean-Denis le prendrait pas. C’est ce que j’me dis, en tassant le rideau orné de fleurs de lys qui me sépare de cette vie nouvelle dans laquelle je serai enfin propre.

Je mange mon bol de céréales, les oreilles parcourues par la voix de Bazzo. J’entends à fréquence régulière « C’est pas trop tôt ».

Ce matin, il est question de harcèlement sexuel à l’UQAM.

Ça m’écoeure.

J’ai pu faim.

Pis oui, il est trop tôt.

Reste que j’étudie à l’UQAM. En comm.

Comme je reste à Longueuil, je me lève tôt même si pour certains « C’est pas trop tôt », et je roule avec ma bagnole un bon 40 minutes avant de voir Ste-Catherine.

Je roule et le trafic est intense, dense, comme à peu près tous les matins. Pendant que je suis coincé dedans, le gars en ondes me le répète. Il ouvre même la ligne à des comme-moi, qui en peuvent pus de pas avancer. Ça l’air de leur faire du bien de s’exprimer.

LIBERTÉ!

Moi, j’écoute et de temps en temps, j’trouve ça drôle. Plus souvent, ben pathétique.

« On voudrait souhaiter bonne fête à Anne-Marie qui célèbre aujourd’hui ses 33 ans, c’est son chum Steve qui a appelé pis il l’aime gros sa cocotte… »

Heureusement, je viens d’arriver.

J’ai cours de radio ce matin. C’est surtout du théorique. On apprend, grosso modo, son histoire, sa pratique et en extra, quelques techniques. On écoute, on note. Quand vient le temps de s’élancer vers le micro, on fait aller nos voix, on faire rouler nos hits préférés. On imite un peu ceux qu’on admire… Pas trop, quand même. On cherche un minimum à être authentiques.

La prof nous dit que ça sera pas facile pour nous, si on veut faire de la radio… Parce qu’avec ce qui se passe à Radio-Can…

C’est déjà une porte de moins, une porte qui se ferme. Restera toujours les radios privées, sans doute ma meilleure opportunité.

De toute façon, je sais pas vraiment si je veux faire de la radio. Peut-être, si j’peux avoir ma chronique dans un style éditorialiste… Sinon, boff.

Reste que j’trouve ça cool de m’entendre. Surtout que ce matin, j’ai repris un bout entendu la veille à la radio. Je l’avais trouvé beau pis, ben j’ouvre ma chronique avec ça…

« Ce n’est pas un monde fantaisiste. Tout notre univers est réel, mais déformé. »

L’après-midi passe pendant que j’suis à moitié sur Facebook, à moitié dans mes travaux. C’est pas facile de se concentrer.

Le local ou je m’installe, y diffuse CHOQ en continu. Afro-Parade, ça a du chien, j’aime bien… Mais Le 7e antiquaire, ça m’empêche d’étudier. Parce que je les écoute jaser de cinéma.

J’aurais peut-être dû étudier là-dedans…

Je laisse le trafic passer, mais vers 18 heures, c’est le temps de rentrer.

Retour à mon char: je suis accueilli par une multitude d’émissions du retour à la maison qui me parlent de sorties weekend, de musiques nostalgiques et des pires atrocités qu’a encore subi le monde aujourd’hui. On me parle de moi, pogné dans le trafic. De moi et de mon weekend. De moi et de mon couple. De moi et de ma santé.

Très peu de « nous ».

J’ai remarqué.

Longueuil, p’tite banlieue, tu m’accueilles sur un air de « J’pas un cowboy ». J’ai l’impression que ça fitte.

Dans l’appart, les ondes radios se mêlent pis en même temps, c’est notre diversité qui se reflète, c’est nos existences qui s’entremêlent, ça crée une musique plutôt étrange à laquelle je me suis habitué. J’avais laissée la mienne ouverte. On me parle de bouquins en faisant le tour de la planète.

La soirée passe pendant qu’on écoute le monde qui vient à nous. Je baisse le volume. Mais j’ai perdu l’habitude du silence vu que j’passe mes journées avec elle.

Je remonte le volume.

« 400 postes vont être éliminés par le radiodiffuseur public, apprend-t-on ce soir de la bouche de son président Hubert T. Lacroix… »

Silence radio.

Là, c’est gros.

C’est de celles avec qui j’ai passé ma vie dont on parle. Silence radio.

Mais dans l’fond, qu’est-ce qu’y’avait entre nous autres ?

Le discours sur l’avenir des médias est récurrent et important : aujourd’hui, les médias sont amenés à se réorganiser, à se renouveler, sous peine d’expirer. Cela dit, plus rarement discute-t-on spécifiquement de radiophonie.

En organisant la Journée d’étude sur la radiophonie québécoise, l’objectif est de se tenir debout dans la masse, car vouloir informer, c’est lutter, croire que le monde peut changer. Les questions économiques ne sont qu’un pan de ce qui affecte aujourd’hui la  radiophonie. Au-delà de ces considérations, c’est le constat d’un certain manque de vision qui devrait davantage encore nous inquiéter : comment nous raconte-t-on aujourd’hui et à quel monde nouveau nous invite-t-on à participer ? Ce n’est pas tout de pogner dans l’ici et maintenant ; il faut savoir s’adapter en ne vendant pas son âme au plus offrant. Être populaire ne dure qu’un temps ; l’estime se construit sur des saisons et la radio, élément sonore par excellence, a plus que jamais besoin qu’on lui prête nos visions.

Le vendredi 28 novembre à l’Université Laval, théoriciens ou artisans de la radio s’exprimeront sur différents aspects de la radiophonie : son histoire, ses fonctions et les pratiques qu’elle recoupe. Il sera également question des figures qui composent le paysage radiophonique québécois, notamment de la radio publique et des radios de confrontation. On discutera de création radiophonique, en s’attardant d’une façon particulière au documentaire radio et à la création sonore.

Le co-fondateur d’ARTE-Radio (une Web radio franco-allemande qui se démarque par l’originalité de son contenu et l’audace de ses formats) M. Christophe Rault, sera présent afin de traiter de l’alliance entre la radio et le Web. Des interventions permettront également de réfléchir au rôle du Québec en matière de radiodiffusion. Une plénière mettra fin au cycle des conférences et sera l’occasion de soulever des pistes pour un renouvellement du paysage radiophonique québécois. Tout au long de la journée, les participants pourront également s’immiscer dans un univers d’archives sonores répertoriées dans différentes radios québécoises. Une salle sera réservée à ces séances d’écoute.

La journée se termine par une soirée d’écoute collective ouverte à tous, organisée par Olivier Ginest et et Cédric Chabuel, évènement qui aura lieu au Bar-coop L’Agitée (251 rue Dorchester).

Pour plus d’informations, consultez le http://radioactif.weebly.com

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