Puncher novembre dans face

Ben oui, novembre vient de débarquer. Qu’est-ce tu veux, c’est la vie, hein? Pas l’choix. Va falloir passer à travers comme à toutes les années. On s’en sortira pas indemne, j’essayerai pas de t’en faire accroire ici, mais on peut se consoler en se disant qu’on est pas seul, que la dépression saisonnière existe pour vrai et est maintenant reconnue par les médecins et les psychologues et non pas juste une fabrication de l’esprit pour les plus émo. Ils vont même jusqu’à appeler ça : “le blues hivernal”.

Je suis pas d’accord, j’ai toujours pensé que les blues, c’était quelque chose qui avait rapport avec ce qui s’est passé avant, une espèce de nostalgie. Les blues du voyage, les blues de Montréal, les blues passent pu dans porte. (Ils passaient AVANT.)

Parlant de blues, un de mes mots préférés, toutes langues confondues, est saudade.

“La saudade est un mot considéré comme intraduisible. On essaie de l’expliquer et de lui donner un sens, mais on n’obtient qu’une idée approximative de ce mot. La saudade ne s’explique pas, elle se vit.” (Selon Wikipédia.)

Résumant tout ce que j’ai lu sur la saudade, y’aurait juste les Portugais, les portugophones en fait (Cap Verde, Brésil, Açores) qui ont le droit d’en souffrir. Et pour ce faire, ils nous crachent leurs émotions saudadesques par le biais du fado, un chant portugais à s’en fendre l’âme.

Pourtant, moi j’aime bien cet état, un mélange de nostalgie et de bonheur, la peine d’avoir perdu quelque chose, mais l’espoir qu’il peut revenir dans un avenir incertain, la saudade est “un mal dont on jouit et un bonheur dont on souffre”. Et je vois pas pourquoi ce ne serait que l’apanage des Portugais, que d’avoir la saudade. Je réclame un statut international pour ce mot, qu’on le mette dans tous les dictionnaires, égalité pour tous, même dans comment on exprime notre souffrance.

Pour en revenir à mon mouton noir de novembre, je m’ennuie déjà de l’été. C’est tellement déprimant de voir tout mourir à l’extérieur, même les couleurs meurent. Tout devient gris-brun et les gens deviennent super ternes avec leur outfit automnal terreux. Les journées qui raccourcissent trop vite après le changement d’heure, le manque de lumière, l’hypersensibilité au froid, le rythme circadien troublé, j’en perds mon mojo et tout ça m’aspire dans un vortex de spleen infini duquel j’ai aucun espoir de sortir avant Noël.

C’est vrai, y’a juste la magie des Fêtes pour me sauver de ce marasme. D’ailleurs, c’est probablement pour ça que des gens mettent leurs décorations de Noël direct après l’Halloween, parce qu’ils le savent que sinon ils sont foutus, que novembre va leur niquer leur moral ben comme faut.

C’est du déni, toute la société vit dans le déni, surtout les pharmacies et les Dollarama.

Pour s’en sortir pas trop amoché, j’ai lu à gauche à droite qu’il fallait bien manger, voir du monde et faire de l’activité physique. Perso y’a juste voir du monde que j’aime dans ces trois trucs-là. Et voir du monde m’amène souvent à boire et les hang over qui s’en suivent font rien pour aider à émerger de la morosité. J’ai même pensé faire Sober November, pour la cause. Arrêter de boire a beaucoup d’avantages : augmentation de l’énergie, les idées plus claires, dormir mieux, perdre du poids, plus belle peau, plus d’argent, meilleure santé en général, etc.

Mais hey, en plus d’être déprimée faudrait que j’me prive d’une des choses que j’aime le plus? Wô menute là, voire que j’vais arriver à la fin de ma semaine pis que tout c’que j’vais avoir droit c’est un gros verre d’eau. En plus, pas boire quand tu travailles dans un bar, ça rend les gens incroyablement insupportables. S’il faut que j’me mette à haïr les gens en plus, j’pas sortie du bois.

Nah, c’est pas une solution intéressante (dit le p’tit démon sur mon épaule).

Et j’ai pas vraiment de solution à t’offrir, c’est novembre, deal avec. Tout va mourir, l’hiver arrive inévitablement, ON EST FAITE!

Sérieusement, de façon plus optimiste, une piste de solution pour pas s’embourber trop profond, à part bien manger, prendre plus de lumière gna gna gna serait de transformer son spleen en saudade. La saudade c’est tellement plus romantique, surtout écrit en italique. C’est enveloppant, on peut s’y vautrer comme un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil. C’est doux et grandiose. Et ce qui la différencie du spleen, c’est l’espoir, aussi infime soit-il, l’espoir sauve des vies.

Soyons tous Portugais, le temps de l’automne. M’en va écouter du fado jour et nuit, pleurer mon été chéri perdu tout en chérissant nos souvenirs heureux, verre de porto à la main. En plus, l’été indien commence aujourd’hui, ça nous fait un p’tit sursis.

Ça fait que fuck you, novembre, tu m’auras pas cette année. Enfin peut-être, mais AU MOINS, au moins, y’aura un peu de beauté dans mon mal-être.

Sur ce, je vous souhaite bonne chance pour les semaines à venir et j’en profite pour vous dire que Amália Rodrigues est vraiment la reine du fado.

Pour lire un autre texte sur la déprime saisonnière: Novembre de Manue des RoseMomz.

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