Profession : « tour guide » en Ontario

Je peux vous dire le pourcentage de population asiatique à Toronto. Je peux vous faire une visite guidée détaillée du musée de la guerre à Ottawa. Je connais tous les secrets de la grosse pomme rouge sur le bord de la 401 à Colborne. Pourquoi?

Parce que j’ai été tour guide en Ontario.

On les voit parfois dans les haltes routières avec leur t-shirt de couleurs vives : comme des GO de basse catégorie, les guides touristiques sont les leaders des classes d’enfants hyperactifs buzzés sur les Iced Cappucinos du Tim Hortons. Experts du gueulage dans le micro d’autobus, clowns à leurs heures, les tour guides en voient de toutes les couleurs. Mais à la fin d’un weekend, les tympans éclatés et la patience à boutte, ils mettent la main sur une liasse de billets et sourient sur le chemin du retour.

J’avais vu une annonce dans le journal pour un emploi étudiant qui consistait à voyager.

C’était en 2008 et je venais de quitter une job qui payait mal, en espérant me tourner vers un avenir meilleur. J’ai appliqué en même temps que mon meilleur ami. Tous les deux, nous avons été retenus pour passer à l’étape suivante : une entrevue de groupe dans un hôtel du centre-ville de Montréal. Miraculeusement, j’ai été choisie, alors que mon ami n’a jamais connu les joies de la vie de guide touristique.

L’emploi consistait à accompagner des jeunes des écoles du Québec dans des destinations en Ontario : Ottawa pour les plus jeunes (4e à 6e année) et Toronto pour les plus vieux (secondaire 1 à 5). Je préférais de loin Toronto et je préférais de loin les plus vieux, ce qui était une combinaison assez rare que j’ai vécue une fois seulement.

Une classe de 5e secondaire de la Gaspésie est venue me chercher dans deux autobus voyageurs à la station Crémazie. C’était souvent là que je me faisais ramasser. Cellulaire en main, un prof me textait leur ETA (estimated time of arrival) et je continuais la route avec eux. En général, c’était un tour guide par autobus, mais parfois un seul tour guide pour deux autobus. C’était évidemment bien plus facile et bien plus plaisant lorsque j’avais un compagnon de voyage (sauf pour le partage de la chambre d’hôtel quand ledit compagnon de voyage décide de se ramener un one-night ontarien – true story).

Les bons côtés de la job?

Les soupers gratuits à la Maison du Spaghetti, la possibilité d’essayer le menu Tim Hortons au complet VS la possibilité de jeûner et garder l’argent des repas, manger un Baconator au Wendy’s, voir la ville de Toronto du haut de la tour du CN, aller magasiner au Aritzia (dans le temps où il n’avait pas encore ouvert ses portes à Montréal), les bonnes conversations avec des profs cool.

Les mauvais côtés de la job?

Voir la ville de Toronto du haut de la tour du CN pour la 15e fois, manger un Baconator pour la 15e fois, dépenser toute sa paye au Aritzia, endurer des enfants criards, énervés, dépensiers, bébés gâtés.

Parce que je dois ici avouer quelque chose : je n’aime pas particulièrement les enfants. Je m’entends par contre super bien avec les ados, c’est donc pour cela que mon meilleur trip a été avec la classe de secondaire 5 de la Gaspésie. Non seulement ils étaient plus calmes et polis que des ti-culs de 4e année, mais ils étaient aussi super énervés de voir autre chose que leur Gaspésie natale. Ils capotaient de voir des stands à hot-dogs et des Starbucks.

(Fait weird à noter : les kids adorent le Starbucks. C’était habituellement le premier arrêt qu’ils faisaient au Centre Eaton, un Frapuccino triple chocolat méga Venti au Starbucks. Après le Disney Store. Toujours le Disney Store. Puis le Hockey Hall of Fame. Puis la chambre d’hôtel avec des milliers de cochonneries amenées de la maison : chips, bonbons, plus de chips, chocolat, et une seule et unique fois j’ai eu un cas de weed. Mais dans ces cas-là, ce n’était pas moi qui avais à gérer, mais bien les profs. Moi, je m’emmurais dans ma chambre d’hôtel avec mes reruns de Buffy).

Quand j’y repense, je me dis que j’étais assez jeune.

Laisser une soixantaine de kids à une fille de 19 ans qui fait 100 livres mouillée, c’était un peu un drôle de choix. À chaque tour, j’étais stressée. À chaque tour, je rentrais chez moi soulagée. Pause. Repeat. Je faisais environ un tour par semaine, revenant à la maison à Montréal entre les tours. Ce qui suppose beaucoup d’heures de route. J’ai en masse busté mon forfait Bell à écrire des messages textes à mes amis : signé Marie Darsigny, Ontario, en direct du boredom.

Je vous laisse avec un top 5 des choses à faire sur la route Montréal-Toronto :

1- Arrêter à Ottawa pour aller voir les tulipes, l’araignée géante, le marché By, notre Colline parlementaire où on peut faire la roue devant les manifestants, si manifestation il y a. Points boni si c’est le premier juillet et que vous avez notre Spécial Canada en main. ;)

2- Ne pas arrêter à la grosse pomme rouge puisque toute la bouffe y est franchement dégueulasse.

3- Arrêter dans toutes les haltes routières et payer un Baconator aux tour guides que vous croisez, ils vous en seront reconnaissants.

4- Défi : ne pas arrêter sur le Don Valley Parkway à 8 voies (surnommé Don Valley Parkingway à cause du trafic intense, vous risquez donc de vous y arrêter malgré vous).

5- Chanter la comptine : en Ontario-ah-oh-ah-oh… Quoi, vous l’avez oubliée? On peut alors y aller avec le classique de notre thème Voyage, Voyage Voyage de Desireless.

Allez, HAVE FUN!

Pour lire un autre texte de Marie Darsigny : “Dis-moi quel parfum tu portes, je te dirai qui tu es”

Rédactrice, poète, artiste, féministe

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