Présidentielle française 2017 : Tinder ou l’art de faire des vox pops 2.0

En route vers l’élection un match à la fois

Vous savez, ce n’est pas toujours évident de rencontrer des gens qui, surtout quand on est journaliste, ont envie de parler politique. Alors, pour contrecarrer ça, j’ai décidé de faire pareil que quand je me sens seul à Montréal. J’ai ouvert Tinder et Bumble!

Mais là, on se calme la hausse de sexualité printanière, ce n’est pas un texte de chasse amoureuse-ish. C’est un texte de blabla politique. Parce qu’honnêtement, ça fonctionne plutôt bien pour faire des vox pop ou des «micros-trottoirs» (c’est ça qu’on dit ici). Et ça tombe bien cette expression, parce qu’à force de «swipper» à droite, je me sens un peu comme les rues de la métropole au printemps, sale.

J’ai eu un «autour d’une bouteille de vin, je parle de ce que tu veux ?». Mais pas de «dick pic» encore!

Bon, comment je fonctionne? C’est simple. J’arrive dans une ville, j’ouvre les applications et je prends un 10 minutes pour «matcher» avec le plus de monde possible en leur annonçant que je suis journaliste et que je cherche uniquement à faire des vox pop.

Je dois avouer avoir vécu sur ces apps l’intensité masculine, à petite dose, que plusieurs filles doivent vivre constamment, soit d’innombrables messages, des non qui veulent dire des oui pour eux et des relances du genre; «autour d’une bouteille de vin, je parle de ce que tu veux ?». Mais pas de «dick pic» encore!

«C’est juste une fucking mascarade, comme toutes les campagnes.»

Bon, si vous êtes brillants un peu, vous avez tout de suite compris que je ne rencontre pas d’hommes hétéros ni de femmes lesbiennes avec ça. Mais, je travaille fort sur un profil féminin, ça viendra. En attendant, voici donc quelques réponses que j’ai depuis 1 mois.

Question: Que pensez-vous de la campagne actuelle?


Mandy – 32 ans – Paris: le pas content.

C’est juste une fucking mascarade, comme toutes les campagnes. C’est triste, car très peu de personnes en ont pris conscience. C’est inintéressant, ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas intéressé par la politique. Il faut juste savoir comprendre ce qu’elle est vraiment, la repenser, la vivre autrement, avec les bonnes personnes et pas juste à travers une pure mascarade. On inculque aux gens ce que c’est d’être un «bon citoyen», etc. Mais, tout ça, c’est de la bullshit. Et en jouant le jeu, je suis inquiet si certaines personnes qui se présentent arrivent au pouvoir.

BeuBeu – 20 ans – Tours: le suspicieux.

Ben moi, j’ai 20 ans. Je me souviens vaguement de la présidentielle de 2007, plus de celle de 2012. Par rapport aux précédentes, je la trouve assez ouf. Mais pas forcément dans le sens politique. J’ai l’impression que cette année on va devoir choisir pour celui qui aura enfreint le moins la loi.

Clémence – 20 ans – Saint-Étienne: celle qui veut du changement.

Je suis plutôt déçue et écoeurée par le comportement de certains candidats. Je crois que cette campagne marque vraiment un tournant dans le monde politique français. On ne veut plus de cette politique-là et du clivage gauche-droite.

Ber – 28 ans – Paris: pas de zone grise.

Elle est très particulière, limite excitante et voir grave. C’est soit croire les sondages qui montrent des novices du pouvoir en tête ou laisser son cœur choisir un parti traditionnel en déroute.

Louche – 50 ans – Chambéry: le connaisseur.

C’est la pire qu’on ait eue. Tout le monde est indécis. Des candidats mis en examen, la honte! Peu de fond, beaucoup de propositions qui vont dans le même sens.

Romina – 19 ans – Paris: pour moins de télé 24/7.

Je regrette vraiment la surmédiatisation de quelques candidats au détriment d’autres. Je pense que c’est un des problèmes majeurs des campagnes depuis que les médias sont aussi «actualisés», dans le sens «information en continu».

Ces quelques exemples sont un petit aperçu de bien des rencontres que j’ai eues, sur Tinder et lors de mes déplacements. De nombreux Français sont un peu désillusionnés par la politique et, surtout, leurs politiciens.

En France, on vote par habitude ou par défaut.

On sent qu’il ne semble pas avoir un ou une candidate qui est assez bien pour le poste, comme si les Français choisissent pour le moins pire. On m’a avoué que certains partis ont de la difficulté à se renouveler et que d’autres ne parviennent pas à rallier complètement l’électorat. Alors, ici, on vote par habitude ou par défaut.  

Et vous, vous en pensez quoi de cette campagne présidentielle?

Prendre le Détour pour la présidentielle 2017

Pour les prochaines semaines, je me déplace en France à la rencontre des gens avec un projet appelé Le Détour. Mon objectif est simple, c’est de proposer un angle différent sur cette présidentielle en me promenant sur les routes de France sur le pouce, en covoiturage et en dormant chez des Français question de découvrir la vision de chacun.

Pour lire un autre texte de Xavier Savard-Fournier: «Le premier débat de la présidentielle française expliqué aux Québécois».

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