« Pourquoi vous les Français vous utilisez plein de mots anglais ? »

C'est comme ça : les Français se garent dans un parking… et les Québécois se parquent dans un stationnement.

Cher ami québécois, permets-moi de prendre quelques minutes de ton temps pour te parler d’un sujet qui me tient à cœur depuis longtemps. Promis, ce ne sera pas relou, et il se pourrait même que tu apprennes 2-3 trucs vraiment cool à sortir en soirée (oui, oui) sur les mots anglais dans le français d’ici et de France.

Avant tout, permets-moi de me présenter. Je m’appelle Arnaud, et comme mon prénom te l’aura sûrement indiqué, je ne suis pas Québécois, mais Français, débarqué dans notre belle Montréal il y a de ça maintenant 4 ans.

Mon mini-tracas du moment, c’est lorsque j’entends autour de moi (de moins en moins souvent, certes) que « vous autres les Français, vous utilisez bien plus de mots anglais que nous autres ». Ça, ça me tape légèrement sur les nerfs,  pour ne pas dire « élargir mon ulcère de un ou deux millimètres de plus à chaque fois. » (Mon médecin s’en inquiète d’ailleurs fortement : c’est même lui qui m’a recommandé d’écrire cet article).

En France, personne ne parle anglais. PERSONNE.

Soyons clairs : je ne m’attarderai pas sur le nombre EXACT d’anglicismes dans le français d’ici ou de France (je suis pas mal sûr que ça s’équivaut (quelqu’un de l’OQLF dans le public?), mais plutôt sur leur nature, ou plutôt sur leur utilisation.

Voilà ce que j’ai remarqué en 4 ans passés ici, et en revenant en France.

Attention, scoop total : entre mon petit cousin de 10 ans et ma maman de 50 et quelques, devine qui utilise le plus d’anglicismes, en France ?

BEN OUI, toi, ma chère môman. Pourquoi ? Car en France, personne ne parle anglais. PERSONNE. Au mieux, les gens marmonnent une langue bizarre avec des mots anglais, mais qui sonne comme du français qui sortirait comme quand tu lisais une cassette à l’envers dans les années 90. À cela, une raison évidente : on n’entend jamais d’anglais en France (hormis depuis l’arrivée des séries sous-titrées sur le net, il y a quelques années, mais disons que ma maman ne rentre pas vraiment dans cette catégorie). Il n’y a aucun poste en anglais (à part BBC1, donc hormis si tu es fan de Eastenders, peu de chance que tu l’écoutes), et même Obama se voit rajouter une voix en français lorsqu’il parle au 20h.

Alors, d’où sortent ces mots anglais dans la bouche de ma maman ? Réponse : des deux-trois connards qui travaillent dans la com’ à Paris (tu sais, ceux qui font des brainstormings pour aboutir à un branding très impactant). On parle de ces êtres imbuvables que tu as peut-être découvert dans 99 Francs et qui décident que ma maman ira chercher sa pasta-box (1)  (ou son wrap) et son déo roll-on (2) au Auchan drive (3), avant de rentrer chez elle écouter son film en replay (4) sur le site de MyTF1 ou sur sa freebox (5).

Par contre, mon petit cousin m’a déjà sorti des mots colorés comme boloss, bombasse, chelou, kéké, kiffer, taffer.

Je n’invente rien, elle m’a déjà quasiment sorti cette phrase telle quelle. Et ma maman, tu sais comment elle est : quand elle découvre quelque chose de nouveau, et qu’il y a un mot dessus, elle se dit qu’elle va l’appeler comme c’est marqué. Parce que c’est juste PLUS SIMPLE, pas parce qu’elle veut avoir l’air de péter plus haut que son cul, comme on dit chez nous (c’est une femme bien, je te le jure).

Par contre, mon petit cousin, en rentrant de l’école, m’a déjà sorti des mots colorés comme boloss, bombasse, chelou, kéké, kiffer, taffer, grave, le seum, venère (et heureusement que je retourne le voir régulièrement, pour me mettre à jour, sinon je serais totalement perdu).

Tu l’auras remarqué, pas l’ombre d’une intrusion shakespearienne dans tout ça. Les mots cool en français-de-France ne sont que rarement issus de l’anglais (à part le twerk, mais ça, c’est comme Céline, ça dépasse les frontières et l’entendement humain du même coup).

Revenons de ce côté-ci de l’océan, et écoutons donc mon pote Jean-François me parler de son bon ami Renaud (d’avance, je te préviens, j’ai beaucoup condensé pour concentrer le plus de mots anglais dans la phrase):

«Man, m’as lui lâcher un call, mais check ben : chu pas mal sûr qu’il va chocker. Anyways, ce gars-là il est full sketch, il joue au soccer tous les jours, pis il rentre raqué, ses shorts tout scrap’, pis s’en retourne chez eux pour vedger avec sa gang en buvant des coolers. Il est ben chill et ben smat mais oublie ça, il répond jamais à son cell. »

« Check-donc ça! » a pas mal plus de peps que « eh, regarde ça! »

Si tu veux rire deux minutes : sors ça à un Français fraîchement débarqué ici, et contemple son regard vide. Car il ne comprendra RIEN DU TOUT. Que dalle. Peanuts. Nada.

D’où ma grande conclusion à cet article (félicitations, tu as tenu jusqu’au bout, je pensais être plus chiant que ça) : les Français se font imposer des mots anglais par des cons en marketing à Paris (on s’entendra sur le fait que les Parisiens sont rarement les gens les plus avisés du monde…), alors que les Québécois ont recours à des mots anglais qu’ils entendent à l’année longue et qui finissent par s’immiscer dans le langage quand ça sonne bien. « Check-donc ça! » a pas mal plus de peps (ou de oumf) (deux emprunts à l’anglais !) que « eh, regarde ça! »

Et j’irais même plus loin en te disant que j’aime bien mieux entendre des transfuges anglais, simplement (mais joliment) ramenés en français comme on fait ici, que des mots anglais la plupart du temps inventés de toute part, qui ne veulent même rien dire en anglais comme j’entends en France.

Cher ami québécois, donc, si tu me le permets, je te demanderai de ne plus dire que nous utilisons trop de mots anglais en français-de-France.

Suggestion : on en utilise autant, mais ce ne sont pas les mêmes.

Encore mieux : on en utilise autant, mais ils ne sont pas arrivés pour les mêmes raisons.

Voilà, tu peux t’en aller briller dans une soirée de ton choix. Enfin, faire ton show-off dans un party de ton choix.

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1.  Boîte de pâtes déjà cuisinées à réchauffer au micro-ondes

2. Déodorant à bille

3. Système dans lequel les clients magasinent en ligne, et viennent chercher leurs courses en voiture

4. Système de rediffusion des émissions télé déjà passées

5. Sorte de décodeur/enregistreur pour le câble, généralement combiné avec un routeur Wi-Fi

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