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Maintenant que les températures plus douces semblent enfin installées, on en profite pour dormir les fenêtres ouvertes, et se faire réveiller par le concert d’oiseaux annonçant le matin. Si ce petit marqueur du printemps fait plaisir à plusieurs, il y en a que ça enthousiasme encore plus : les amateur.rice.s d’ornithologie.
Longtemps perçue comme une activité réservée aux personnes plus âgées, l’observation des oiseaux connaît pourtant une hausse de popularité chez les jeunes depuis quelques années. Plusieurs médias ont d’ailleurs couvert le phénomène, certains allant même jusqu’à qualifier l’ornithologie de « Hot-Girl Hobby of the Year. » En Grande-Bretagne notamment, près de 750 000 membres de la génération Z pratiqueraient l’observation d’oiseaux, soit une hausse de 1 088 % (oui, oui) entre 2018 et 2026.
Et le Québec ne fait pas exception. Par exemple, la page Instagram « ebirds_meme », gérée par un créateur de la Rive-Sud de Montréal, cumule près de 29 000 abonnés et semble surtout attirer un jeune public.
Mais qu’est-ce qui explique cet engouement soudain de la génération Z pour les jumelles, les carnets de notes et les chants d’oiseaux ? Pour mieux comprendre, j’ai discuté avec Éloi, un ancien collègue qui pratique l’ornithologie depuis plusieurs années.
Éloi a commencé à observer les oiseaux très jeune avec ses parents, mais il m’explique prendre ce passe-temps « plus au sérieux » depuis environ deux ou trois ans. C’est lors d’un séjour à l’Isle-aux-Grues qu’il a eu un déclic. En marchant en forêt, il est tombé sur plusieurs espèces dont il ignorait l’existence.« En revenant chez moi, j’ai fait des recherches sur les espèces que j’avais vues et je n’en revenais pas. Elles se retrouvaient littéralement toutes près de moi », me raconte-t-il.
Au Québec, on retrouve près de 470 différentes espèces d’oiseaux. Et pour les passionné.e.s, ajouter une nouvelle espèce à sa liste d’observation procure un véritable sentiment d’accomplissement. « Je rentre chez moi super content. J’en parle à ma blonde, à mes collègues… », déclare Éloi.
Peut-être que ce qui attire autant les jeunes vers l’ornithologie, c’est justement cette petite montée de dopamine ressentie lorsqu’on aperçoit enfin une espèce qu’on cherchait depuis longtemps. Et, ça tombe pile dans une tendance plus large chez la Gen Z : la recherche de plaisirs plus en phase avec la nature. On le voit, entre autres, avec les événements croissounds (ces raves matinaux où le café remplace l’alcool).
Observer des oiseaux, au fond, c’est un peu ça : une quête de stimulation, version nature !
L’autre raison qui pourrait expliquer la popularité grandissante de l’ornithologie chez les jeunes, c’est son accessibilité.
Contrairement à d’autres hobbies qui demandent un abonnement, de l’équipement coûteux ou des déplacements, l’observation d’oiseaux peut se pratiquer presque partout. « Il y a moyen de faire ça dans n’importe quel quartier », explique Éloi. « Même dans des endroits qu’on sous-estime complètement : devant chez soi, dans le stationnement d’un centre commercial ou près d’une station de métro : les oiseaux sont partout. »
Et, dans un contexte où le coût de la vie explose, les jeunes cherchent des façons de se divertir sans vider leur compte bancaire. Parce que, quand on y pense, l’ornithologie reste un hobby relativement abordable. Une paire de jumelles de base, une application pour identifier les espèces et un peu de patience suffisent pour s’y mettre.
Cet engouement pour l’ornithologie s’inscrit aussi dans ce virage analogue qu’on observe chez plusieurs jeunes depuis le début de l’année. Après avoir grandi avec les réseaux sociaux, le doomscrolling et les notifications constantes, plusieurs ressentent maintenant le besoin de ralentir. L’ornithologie force littéralement cette présence-là.
« Ça permet de décrocher. D’oublier le stress de la vie », me dit Éloi. Parce que, pour observer un oiseau, il faut être attentif… vraiment attentif.
La vue, l’ouïe et même les mouvements deviennent importants. « Parfois, je peux savoir qu’un oiseau est là juste par la façon dont une branche bouge. Mais pour remarquer ça, il faut être présent à 100 %. »
Dans une époque où notre attention est constamment fragmentée, il y a quelque chose de presque méditatif dans le fait de rester immobile un moment pour écouter les sons autour de soi.
Vers la fin de notre discussion, Éloi fait un parallèle particulièrement intéressant : « Ça me fait penser à l’engouement pour Pokémon Go pendant la pandémie. Tout le monde sortait, découvrait son quartier, marchait, prenait l’air… ». Sauf que, cette fois-ci, la quête se passe loin des écrans.
Au fond, ce n’est peut-être pas si surprenant que ce passe-temps longtemps associé aux retraité.e.s gagne en popularité chez les jeunes. L’ornithologie répond à plusieurs besoins très contemporains : ralentir, décrocher, trouver des loisirs abordables et de reconnecter avec la nature.
Honnêtement, la passion avec laquelle Éloi me parle de l’ornithologie est carrément contagieuse. Même si vous n’avez jamais touché à une paire de jumelles de votre vie, ça vaut la peine d’essayer. Ne serait-ce qu’en observant les oiseaux dans votre cour ou dans le stationnement du centre d’achat le plus près. Comme dirait Éloi : « C’est le fun. Ça te fait apprécier l’extérieur et devenir plus conscient de ce qui t’entoure. »