Catherine Legault

Comment le poulet au beurre est atterri sur Hochelag

On a tous nos p’tites adresses quand vient le temps de proposer un endroit exotique où casser la croûte, qu’il s’agisse de soupe tonkinoise ou de poulet tandoori. Le Lab URBANIA tripe autant bouffe que vous et a décidé d’aller à la rencontre de ces propriétaires de restos d’ailleurs qui ont choisi de combler les appétits d’ici.

Dès le début de notre entretien, Harjas Anand, grand bonhomme tout sourire de 25 ans qui s’étire à l’infini, me corrige :

“On dit pas Zika, mais Zykaa. ZAILLE-KAA.”

J’avoue qu’il y aurait eu un léger malaise si le restaurant avait porté le nom d’un virus. Mais il n’est pas question de microcéphalie ici, c’est juste un mot hindi. “Zykaa, ça évoque quelque chose de si délicieux que tu rêves d’en manger encore”, m’explique-t-il.

Pendant que Harjas me sert du thé et obtient A+ dans sa gestion des refills de mon verre, sa mère Ajeet, charismatique et colorée, 2 têtes en moins à côté de lui, s’affaire à ouvrir le restaurant.

Harjas Anand au centre, sa mère Ajeet à droite, et l’une de ses tantes à gauche.

On a beau être en été, je suis tombée sur la journée la plus froide du mois pour m’aventurer au fin fond de la rue Hochelaga, dans l’est de l’île, à Tétreaultville. (Moi aussi, j’ai dû le googler.) Qu’à cela ne tienne, la bouffe indienne, ça te réconforte en un rien de temps.

“My body loves it when it’s hot, but my business loves it when it’s cold !”, me lance Ajeet depuis les cuisines.

Si Harjas est né ici, ses parents sont tous deux originaires de l’Inde, de Delhi et du nord du Punjab. Ajeet a posé le pied en sol québécois l’année de ses 16 ans. “J’étais trop émerveillée par cette nouvelle culture, cette nouvelle façon de vivre, pour me soucier d’un choc culturel”, me raconte-t-elle.

Une partie de la salle à manger

Dans la restauration depuis… toujours

Zykaa n’est pas le premier projet du duo mère-fils, pour qui les aventures culinaires remontent à douze ans plus tôt, sur la Rive-Sud de Montréal.

La famille Anand était alors propriétaire d’un petit marché à Brossard, nommé Épices de l’Inde, qui sera agrandi pour devenir le restaurant Le Tandoor. “Ça marchait super bien! Après 5 ans, des gens faisaient la file à l’extérieur, et on leur servait de la bière pendant qu’ils attendaient.”

Suite au succès retentissant de leur premier resto, Harjas, Ajeet et leur fidèle chef, qui œuvre encore aujourd’hui dans les cuisines du Zykaa, décident de se lancer un défi de taille : ouvrir Le Mantra, un établissement de deux étages, avec 300 places. “En une soirée, on pouvait accueillir plus de 1000 personnes”, me dit Harjas.

Harjas Anand, propriétaire du restaurant.

L’année de ses 22 ans, sa mère lui suggère de reprendre les rênes du Mantra. “J’étais pas prêt à ça. 22 ans… c’est à peine si je pouvais distinguer ma droite de ma gauche”, plaisante-t-il. Après avoir refusé l’offre, Harjas s’exile à Toronto pour étudier la mécanique. La famille vend le Mantra. Une p’tite pause s’impose alors pour tout le monde.

“Quand tu travailles dans la restauration, c’est une passion. Tu l’as dans le sang”, m’explique Ajeet. “Après avoir vendu, on s’ennuyait à la maison! Alors on a pensé à ouvrir le Zykaa.” Nouveau projet, somme toute plus modeste comparé au Mantra, le restaurant pouvant accueillir environ une soixantaine de personnes.

Compétition de poulets

À l’ouverture de Zykaa, en février 2016, Harjas et Ajeet ont eu la surprise d’avoir pour voisin de l’autre côté de la rue le restaurant Le coq de l’Est. Les hasards de la vie étant parfois cocasses, La Presse venait de publier un article sur la rôtisserie, ventant les mérites de “l’un des meilleurs poulets” de tout Montréal.

Dans la foule de gens en file devant Le coq de l’Est, certains ont peut-être flashé qu’ils n’étaient finalement pas prêts à attendre 2 heures pour des cuisses de poulet rôti.

À la vue de Zykaa, ils ont traversé la rue et sont tombés sous le charme. C’était une belle façon de lancer le bal, et depuis le resto a su créer une clientèle de fidèles amateurs de poulet au beurre.

Parlant de bouffe indienne, Harjas et sa mère ont des étoiles dans les yeux quand il est question de leurs recettes.

Samossas, poulet tandoori, soupe dhal, et SURTOUT le meilleur pain naan de la Terre, sont au menu au Zykaa, et se retrouvent dans mon assiette aussitôt sortis des cuisines. Je vis un rêve.

“La nourriture de notre pays, c’est une explosion de saveurs, d’épices… Rien de moins que la meilleure nourriture au monde”, me disent-ils, pratiquement à l’unisson.

Difficile de ne pas être conquise après être passée chez Zykaa. Une fois l’image de moustique enlevée de la tête, tout ce qui reste n’est qu’un petit goût agréable et épicé dans la bouche, un bedon bien rempli et l’envie de revenir y faire un tour.

Pour lire un autre reportage du #LabURBANIA sur un restaurant ethnique de Montréal : “Poissons et traditions sur de Bullion”

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