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Certains l’ont découvert à l’émission Les cinq prochains, qui suis le parcours de cinq humoristes de la relève, une émission qui se dévore en rafale sur Illico. Des cinq protagonistes, c’est peut-être Fred Dubé que la série-documentaire met toutefois le moins bien en valeur. On le sent à l’écart de ses collègues qui semblent presque le trouver lourd avec son humour engagé. Les extraits de spectacle présentés dans l’émission ne lui font pas honneur, donnant l’impression que l’humour de Fred Dubé, ça ressemble à un gauchiste fâché qui lit son journal à voix haute en disant «ça’tu du bon sens!». Or, l’humour de Fred Dubé est beaucoup plus brillant (et drôle) et se révèle davantage dans la longueur d’un one-man-show que par clips, ce qu’on a le plaisir de constater dans Radical Pouding, sa troisième prestation solo dans le cadre du Zoofest.
[NDLR: Certains autres l’ont découvert dans ces pages. On les félicite!]
On y retrouve le militant de gauche qu’on attend, nous mettant face à nos aberrations pendant toute l’heure où il passe en revue notre définition du radicalisme, notre semblant de démocratie, notre gestion du terrorisme, notre rapport avec la reine, notre soumission au capitalisme. Ne reculant devant aucun risque, l’auteur du dimanche va même jusqu’à égratigner les principaux commanditaires du Zoofest. Certaines images fonctionnent mieux que d’autres : on rit jaune lorsqu’il nous rappelle que la guerre contre le terrorisme tue plus de civils que le terrorisme lui-même, mais on se demande ce qu’il veut dire lorsqu’il affirme que la reine est plus mortelle que la peste. On comprend qu’il n’aime pas notre adhésion à la monarchie parlementaire, mais de là à dire qu’Élisabeth II est une meurtrière, j’aurais besoin d’explications, même s’il ne s’agit pas d’une conférence, mais bien d’un spectacle d’humour.
Fred Dubé nous rappelle toutefois qu’il ne se prend pas au sérieux en riant de lui et de son intransigeance idéologique : «On se fait des réunions de 10 gauchistes, passé ce nombre, on trouve ça trop commercial». Sa revue des propos tenus par les radios poubelles est brillante : l’humoriste prend son public à partie en lui reprochant de ne pas comprendre la finesse et les nuances contenues dans des phrases comme «le jour où mon lave-vaisselle me suce, fuck la blonde» ou «les pauvres ne payent pas d’impôts, ils ne devraient pas avoir le droit de vote».
Fred Dubé aurait toutefois avantage à prendre un mini cours d’appoint en grammaire parlée. S’il veut rire du français de deuxième année des panélistes de L’antichambre, il devra lui-même renoncer à ses «j’maurais», «le monde sont» et autres erreurs qui font friser les oreilles.
Tout ça est présenté dans une mise en scène plus étoffée que la moyenne des one-man-shows présentés dans le cadre du Zoofest. Fred Dubé habite la scène aussi physiquement qu’il nous rejoint intellectuellement. Un moment intense du spectacle est lorsqu’il incarne le Québécois moyen qui adopte des positions de droite par peur. Vaudrait mieux finir sur ce numéro fort du spectacle que sur une explication de la place de la femme autochtone dans la société, c’est-à-dire loin du premier barreau de l’échelle sociale. On veut bien réfléchir et rire avec toi, Fred, mais ça, c’est beaucoup trop triste.
Encore quatre représentations au Studio Hydro-Québec du Monument National.

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