Portfranc

Portfranc : importer des produits de France… grâce au vent

Une compagnie montréalaise importe des pantoufles par voilier. Idée romantique, ou nouveau modèle d'affaires ? Discussion avec le cofondateur Fabien Loszach…

Des pantoufles faites à la main en France et importées au Québec… en voilier. Ça ne sonne pas très 21e siècle, vous trouvez?

Pourtant, pour Fabien Loszach et Clément Sabourin, cofondateurs de l’entreprise Portfranc, il ne s’agit pas d’une idée dépassée, mais bien de l’avenir. Il y a quelques semaines, leur compagnie a inauguré la première route commerciale transatlantique sans pétrole de notre siècle.

« On se fait beaucoup dire que c’est une idée romantique. Mais nous, on n’est pas des romantiques : ce premier voyage était une phase préliminaire pour montrer que ça fonctionne. On est en train de travailler avec de grosses compagnies qui développent des bateaux à voile performants, qui seront plus rapides, et dans lesquels on pourra mettre plus de matériel. On veut aller chercher des partenaires, conscientiser les gens et utiliser l’innovation technologique qui se fait sur les nouveaux bateaux », explique Fabien Loszach (qui est aussi chroniqueur à La Sphère, pour ceux qui se demandent où ils ont déjà entendu ce nom-là).

La première traversée a duré une soixantaine de jours : la goélette Avontuur, chargée de 17 tonnes de matériel, a quitté en août le port de La Rochelle, en France, pour arriver à Montréal en octobre.

Une fois sur la terre ferme, la marchandise est transportée par des véhicules électriques entre les ports, les usines et les boutiques.

La slow fashion, livrée tranquillement

Opter pour une route carboneutre, c’est bon pour l’environnement. Comme ils sont cohérents, les fondateurs de Portfranc n’importent évidemment pas des objets cheap et des vêtements qui tiendront deux lavages et dont on se débarrassera rapidement, comme on le voit dans plusieurs magasins de fast fashion. « Les gens qui achètent chez nous veulent des produits qui vont durer toute la vie, qu’ils ne vont acheter qu’une seule fois. On dit qu’on fait dans la slow fashion, puisque c’est l’inverse de la fast fashion », ajoute Fabien Loszach.

En fait, l’importation et la vente de ces produits est venue avant l’idée du système de transport carboneutre. « On a créé Portfranc il y a deux ans, alors qu’on voulait importer les meilleurs produits du patrimoine français. Notre cahier de charges était strict : il fallait que ce soit fait en France, avec des produits naturels, par des entreprises qui n’ont jamais délocalisé leur production. C’est après qu’on s’est dit que si on voulait être en raccord avec nos idéaux, il fallait penser à faire une importation écologique. »

Mais au fait, ces fameux produits d’importation, quels sont-ils ?

« Il y a nos charentaises Rondinaud, des pantoufles iconiques qui sont un peu les chouchous du public. Sinon, les chandails de style marinière sont aussi dans les plus vendus; on n’aurait jamais cru que les Québécois se jetteraient dessus à ce point-là, mais les gens les adorent… Il faut dire qu’ils sont fait en coton bio, et que nous avons diffusé une vidéo qui explique leur fabrication », donne en exemple Fabien Loszach.

C’est que oui, évidemment, les clients de Portfranc aiment bien savoir exactement comment l’objet qu’ils achètent a été produit. « Les gens sont très intéressés par cela, que ce soit nos cirés garantis à vie ou nos objets de poterie. »

Le gouvernement à bord

L’entreprise montréalaise est maintenant scindée en deux compagnies : il y a Portfranc le détaillant, et Portfranc logistique, qui s’occupe spécifiquement du transport carboneutre. L’objectif est aussi d’importer pour d’autres compagnies : le Cirque du Soleil, la SAQ et Simons ont notamment bénéficié du premier voyage fait par Portfranc logistique.

Les fondateurs et les clients de Portfranc ne sont pas les seuls à trouver que c’est une bonne idée : le gouvernement du Québec a accordé une subvention de près d’un million de dollars à l’entreprise pour cette initiative, à partir du Fonds vert. Et l’aventure est loin d’être finie : les premiers produits arrivés ici par la seule force du vent constituent la première phase, « celle qui fait rêver », avant que le projet prenne de l’expansion, soutient Fabien Loszach.

Quatre autres traversées sont d’ailleurs prévues d’ici la fin 2019.

Le voilier Avontuur n’est pas retourné vide en Europe : il a rempli ses cales de produits québécois avant de partir. « Tout ce qu’on envoie est fait à la main dans la région de Montréal, et sera vendu dans un pop up store nommé La Belle Province, installé dans le quartier parisien du Marais. Il y a des vêtements, des magazines, et bien sûr du sirop d’érable. »

Pour découvrir les nouveaux produits fraîchement sortis des cales du Avontuur, cliquez ici.

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