Plaidoyer pour plus de diversité animée chez Disney

Un pas à la fois…

La nuit dernière, j’ai regardé Mulan, sorti en 1998, alors que j’avais 3 ans. Il y a clairement des passages que je n’avais pas saisis devant la vieille VHS et je n’ai fait que l’apprécier davantage à mon âge. Une femme qui dénonce le système misogyne de l’Empire chinois et qui sauve le pays et l’honneur de sa famille autrement qu’en se mariant, c’est beau.

Et c’est surtout un sujet qui est toujours d’actualité, la beauté de ces films persiste grâce à la nostalgie qu’ils nous font ressentir ainsi que par leur intemporalité. Naturellement, la question m’est venue et je sais que je ne suis pas la seule à me la poser : quand est-ce que Disney va nous proposer un héros qui assume son homosexualité ? Un personnage central là, pas seulement un personnage de second rang dans une situation anecdotique ?

C’est vrai que Disney a fait du chemin depuis 1938 où Blanche-Neige avait besoin qu’un homme la sauve contre sa méchante belle-mère, jalouse de sa beauté. J’en ai discuté avec Sébastien Roffat, historien spécialiste du cinéma d’animation. « Le prince dans Blanche Neige a posé quelques soucis aux créateurs puisqu’il ne faisait pas assez «  viril ». Plusieurs scènes ont été coupées à cause du comportement « efféminé » qui ne collait pas avec l’époque. Quelques années plus tard, Disney sortait Le dragon récalcitrant, un stéréotype de l’homosexualité, peu glorieux », me confie-t-il.

Dessine-moi un.e homo

Et vous, vous vous l’imaginerez comment ce héros? Déjà, un homme ou une femme ? Bizarrement, le public a plus de facilité avec les femmes. Le cliché du fantasme ? Il a déjà fait ses preuves …

La force de la dynastie Disney s’est construite grâce à l’étude minutieuse des demandes de la société. La création des héros est donc le résultat direct de cette même société qui fait preuve d’un peu plus d’ouverture d’esprit. C’est ce qui a donné le personnage secondaire Lefou, du remake de la Belle et la Bête de 2017, qui revendique plus ou moins avoir des sentiments pour un autre personnage, Gaston. Un moment furtif dans le film, mais sur lequel le réalisateur Bill Condon a tenu à attirer l’attention. Un petit pas pour l’entreprise, ternie par la Malaisie qui a censuré « le moment gai » du film, par la Russie qui l’a interdit aux moins de 16 et par les États-Unis où plusieurs religieux ont appelé au boycott. On est loin d’un monde animé où deux personnages de même sexe échangeront un baiser sur écran géant.

Selon la rumeur, la Reine des Neiges serait homosexuelle. Notre premier réflexe c’est de se réjouir : enfin de la diversité ! Mais quand on comprend que la rumeur est principalement alimentée par une conception plutôt rigide des genres, on déchante.

Et même quand on a affaire à des sociétés dites plus ouvertes, les stéréotypes sont tenaces. Par exemple, selon la rumeur, la Reine des Neiges serait homosexuelle. Notre premier réflexe c’est de se réjouir : enfin de la diversité ! Mais quand on comprend que la rumeur est principalement alimentée par une conception plutôt rigide des genres, on déchante. C’est que l’intrigue du film s’éloigne des princesses en quête d’amour, Elsa étant sauvée par sa sœur plutôt que par un prince. Sébastien Roffat remarque : « Dès qu’une femme ne cherche pas le prince charmant, elle est lesbienne. On lui assigne un rôle. » Drôle d’amalgame qui nous rappelle à quel point une femme qui ne cherche pas l’amour, ça titille, ça dérange. Le prochain volet, prévu pour novembre, sera à cet égard particulièrement attendu.

Rêver mieux

L’espoir se situe peut-être du côté des filiales de la compagnie. Pensons notamment à Disney Channel, sorti de sa zone de confort en 2017, avec la saison 2 de « Andi Mack » où on suit tout le processus d’acceptation d’un adolescent sur son homosexualité. Petit bémol : ça reste sur une chaîne télévisée qui touche un moins large public. L’autre grand pas a été remarqué quand Marvel (qui appartient à Disney) a annoncé ces derniers jours l’arrivée d’une superhéroïne de la communauté LGBTQ qu’on aura bientôt l’occasion de rencontrer au cinéma.

Pensons notamment à Disney Channel, sorti de sa zone de confort en 2017, avec la saison 2 de « Andi Mack » où on suit tout le processus d’acceptation d’un adolescent sur son homosexualité.

Mais bon, tout n’est pas gagné. Elle n’est pas loin l’époque où les jeunes acteurs des séries de l’entreprise arboraient fièrement leur anneau de pureté. Celle des clichés culturels avec Sébastien le crabe ou les siamois dans la Belle et le Clochard est aussi vibrante dans nos mémoires. Plus récemment, l’identité de la nouvelle petite sirène a dérangé. La sublime chanteuse Halle Bailey est loin d’avoir fait l’unanimité à cause de la couleur de sa peau, le #NotMyAriel sur Twitter ayant été accompagné de nombreux messages racistes.

Pourtant, un monde féérique est censé nous faire rêver. Quand pourrons-nous rêver avec plus de diversité ?

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